Id., lùc. cit
modèles aux pauvres Welches. Mais ce qui, par contre, peut causer aux CauadiôQs un préjudice grave, c'est quand ou voit Raynal célébrer avec une émotion, où la sincérité éclate sous la rhétorique, les vertus d'autres Français du nouveau monde, ceux de l'Acadie. Le morceau de Raynal sur les Acadiens, encore qu'il ait été fréquemment cité, vaut la peine d'être donné en entier.
« Leurs mœurs étaient extrêmement simples. Il n'y eut jamais de cause civile ou criminelle assez importante pour être portée à la cour de justice établie à Annapolis. Les petits différends qui pouvaient s'élever de loin en loin entre les colons, étaient toujours terminés à l'amiable par les anciens. C'étaient les pasteurs religieux qui dressaient tous les actes, qui recevaient tous les testaments. Pour ces fonctions profanes, pour celles de l'église, on leur donnait volontairement la vingt-septième partie des récoltes. Elles étaient assez abondantes pour laisser plus de facultés que d'exercice à la générosité. On ne connaissait pas la misère et la bienfaisance prévenait la mendicité. Les malheurs étaient pour ainsi dire réparés avant d'être sentis. Les secours étaient offerts sans ostentation d'une part; ils étaient acceptés sans humiliation de l'autre. C'était une société de frères, également prêts à donner ou à recevoir ce qu'ils croyaient commun à tous les hommes.
« Cette précieuse harmonie écartait jusqu'à ces liaisons de galanterie qui troublent si souvent la paix des familles. On ne vit jamais dans cette société de commerce illicite entre les deux sexes. C'est que personne n'y languissait dans le célibat. Dès qu'un jeune homme avait atteint l'âge convenable au ménage, on lui bâtissait une maison, ou défrichait, on ensemençait des terres autour de sa demeure; on y mettait les vivres dont il avait besoin pour une année. 11 y recevait la compagne qu'il avait choisie, et qui lui apportait en dot des troupeaux. Cette nouvell»3 famille croissait et prospérait, à
GUILLAUilE RAYX.\L
l'exempie des autres. Qui est-ce qui ne sera pas touché de l'innocence des mœurs et de la tranquillité de cette heureuse peuphide? Qui e^t-ce qui ne fera pas des vœux pour la durée de son bonheur ' ? »
Ces pages attendries où Raynal croyait, sans doute, prononcer l'oraison funèbre de la petite nation acadienne française n'ont-elles pas été la source où a puisé l'inspiration de Longfellow?
Certes, le grand poète qui devait élever aux innocentes victimes de Lawrence le monument expiatoire, a vécu dans kl partie de la Nouvelle-Angleterre qui est la plus voisine de l'Acadie. Il a pu recueillir sur place les cruels souvenirs du « grand dérangement <>, rencontrer- les fils de ces « errants qui sont revenus à leur pays natal pour y mourir dans son sein )). Il est p.natant vraisemblable que c'est à l'Histoire philosophi/jue qu"il doit d'avoir connu, sinon le martyre des Acadiens. du moins ce qu'était l'Acadie au temps où elle méritait d'être nommée u la douieure des heureux ». Il ne faut pas aller biea loin dans la ptemlère {)artie iïEcangeline pour découvrir c-e que l'biatoriea {philosophe a donné au poète.
ÉVA-NGSirSE
L'Acadie cette -Jr^iîeufe tifts heureux. ^Prouçie, vers 19 )
De vastes prair.r<... servant de pâturages à de? tr-Dupeaux sans nombre (1" p?-r::ê, vers 3-4)-
De> digues que :-s mains des fermiers avaient érr'-rs par un travail incessant i~>jrceptaient les turbulentes martV>-
ÎI., vers 5-6.;
HISTOIRE PH1LOSOPHIQ0E
Qui pst-CH- qui ne sera pas touché de l'innoceace des mœurs et de la tranquillité de cette lieureuse peuplade ?
D'immenses prairies étaient couvertes de troupeauA nombreux.
L'agriculture était son occupation. On l'avait établie dans des terres basses, en repoussant, à force de digues, la mer et les rivières...