‹ Guillaume Raynal, historien du Canada; étude critiqueChapitre 57 sur 68 · Mémoires de M. le duc de Choiseul, 1790, t. I, p · texte numérisé non relu

Mémoires de M. le duc de Choiseul, 1790, t. I, p

2. Mémoire sur la manière dont la France et l'Espagne devraient envisager les suites de la querelle entre la Grande-Bretagne et ses colonies. Turgot. Œuvres. Guillaume, t. II, pp. 551-585.

, 3. Desandrouins. Mémoire sur le Canada. Sarrelouis, 26 août 1778. CoUect. Levis. Lettres et pièces militaires, pp. 319-340.

gneurs, aux magistrats, aux prêtres, aux capitaines de milice.

Après cela, on croit pressentir ce que sera la conclusion de l'ingénieur militaire. Il va revendiquer le Canada pour la France. Aucunement. Desandrouins est tout résigné à ce qu'on laisse passer cette occasion sans en profiter. Il a entendu dire que le roi avait promis de ne point réclamer la colonie perdue. Il approuve le roi qui a agi <^ par les vues d'une sage politique». En cas de victoire, il demande que le Canada soit libre, et, au besoin, allié des Américains.

Avec lui, et cela est capital, Raynal a encore celui-là mênie qui, au moment de cette crise, dirige notre action extérieure. S'il y eut jamais en France un ministre des affaires étrangères qui fut résolu à pratiquer la politique des mains nettes, ce fut Vergennes. Vergennes « rejetait comme de dangereuses chimères les projets qui tendaient à étendre les frontières de la France^ ». A la vérité, il admettait bien que, par suite des événements, nous pourrions recouvrer une partie des possessions que les Anglais nous avaient enlevées en Amérique, comme la pêche de Terre-Neuve, celle du golfe Saint-Laurent, et l'île Royale; mais, dans les notes que Girard rédigeait par son ordre, il ajoutait : « on ne parle pas du Canada ^ » .

De cette renonciation au Canada, Vergennes a, du reste, donné la raison. Le représentant espagnol à Philadelphie, Miralès, avait déclaré qu'il serait d'une bonne politique que la France « serrât » les colonies émancipées par le Nord tandis que l'Espagne les serrerait par le Sud. Vergennes se hâte de décliner l'invitation. Il est convaincu que

1. Papiers de Hennin. — Doniol. Politiques d'autrefois : le comte de Vergennes, pp. 98-100.

2. Réflexions sur la situation actuelle des colonies anglaises et sur la conduite qu'il convient à la France de tenir à leur égard, rédigées par Gérard sur Tordre de Vergennes en 1775. Cité par Doneol. Histoire de la participation de la France à l'établissement des États-Unis d'Amérique, t. I, p. 242.

« nos possessions sur le continent américain ne seraient propres qu'à inspirer de la méfiance aux Américains et qu'à les rapprocher insensiblement de la Grrande-Bretagne * ».

Mais toute la France ne pense pas comme Choiseul, Turgot, Desandrouins et Vergennes. Sans doute, avant Chateaubriand ^, il n'y a personne dans notre pays pour comprendre la gravité du désastre que nous avons subi en Amérique. On est pourtant certain que les débuts de la Révolution américaine avaient paru à la cour de Versailles « une occasion heureuse pour récupérer le Canada, la Louisiane et le cours du Mississipi^. » Et la preuve que ce sentiment existe et qu'il peut déterminer un courant d'opinion c'est que les Américains en prennent ombrage. En 1778, lorsque Lafayette lui offre des soldats français pour la conquête du Canada, Washington fait part de ses inquiétudes au président du Congrès. Le général en chef a peur que la proposition ne soit inspirée par le cabinet de Versailles. Il se demande si l'appel ne partira pas des Canadiens eux-mêmes ; enfin « il croyait lire dans la figure de quelques personnes autre chose que le zèle désintéressé de simples alliés* ».

L'opinion publique a besoin d'être éclairée, dirigée. D'ins-

1. DoNiOL. Histoire de la participation de la France à Vétablissemeat des États- Unis d'Amérique^ t. III, p. 570.

2. « En traçant ce tableau d'un monde sauvage, en parlant sans cesse du Canada et de la Louisiane, en regardant sur les vieilles cartes l'étendue des anciennes colonies françaises dans l'Amérique, j'étais poursuivi d'une idée pénible : je me demandais comment le gouvernement de mon pays avait pu laisser périr ces colonies, qui seraient aujourd'hui pour nous une source inépuisable de prospérité... Nous possédions au delà des mers de vastes contrées qui pouvaient offrir un asile à l'excédent de notre population, un marché considérable à notre commerce, un aliment à notre marine... Nous sommes exclus du nouvel univers, où le genre humain recommence. » Chateaubriand. Voyage en Amérique. — Voyages en Amérique, en Italie, au Mont-Blanc. Nouvelle édition, Garnier, pp. 230-231.

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