‹ Guillaume Tell [microforme]Chapitre 29 sur 37 · VE · texte numérisé non relu

VE

la haine. Ce n’est pas la volonté de l’empereur... J’ose le soutenir; mon peuple ne mérite pas une telle cruauté, et vous excédez votre pouvoir.

GESSLER

Ah! vous vous enhardissez!

RUDENZ.

J’ai longtemps gardé le silence sur les excès dont j'ai été le témoin, j'ai fermé les yeux sur ce que je voyais. J’ai contenu dans mon sein l’indignation dont mon cœur débordait; mais me taire plus longtemps, ce serait trahir à la fois et ma patrie et l’empereur. J’ai abandonné mes concitoyens, j'ai renoncé à ma famille, j’ai rompu tous les liens de la nature pour m'’attacher à vous. Je croyais, en fortifiant la puissance de l’empereur, assurer le bien de tous... Le bandeau tombe de mes yeux... Je vois en frissonnant que j'étais au bord d’un précipice. Vous avez égaré mon âme confiante et abusé de la sincérité de mon cœur... Et j'étais, sans le savoir, le complice de la ruine de mes compatriotes!

GESSLER

Téméraire! Parler ainsi à ton seigneur!

RUDENZ.

L'empereur est mon seigneur, et non pas vous. Je suis né libre comme vous, je suis votre égal en tout; et si vous n’étiez pas ici au nom de l’empereur que j'honore, même quand on lui fait injure, je jetterais ici le gant devant vous, et vous seriez tenu, d’après

eur...

ne telle

ès dont que je gnation 8 long- 2t l’emj'ai res de la en forbien de Je vois écipice.

6 de la savoir,

pus. Je tout ; r que terais ’après

soie DE

les lois de la chevalerie, de me rendre raison. Faites seulement un signe à vos gens! Je ne suis pas sans armes comme ce malheureux peuple; je porte une épée, et le premier qui m’approchera...

STAUFFACHER $’écrie.

La pomme est tombée!

Pendant que cette scène se passait sur un des côtés du théatre, entre Rudenz et le gouverneur, Tell a lancé sa flèche

ROSSELMANN.

L'enfant est sauvé!

PLUSIEURS VOIX

La pomme est abattue!

(Hedwig chancelle et paraît prêt à s’évanouir. Rudenz le soutient.)

GESSLER, surpris.

Comment, le démon a tiré!

RUDENZ.

L'enfant est sauvé! revenez à vous, bon père. WALTHER TELL revient portant la pomme.

Père, voici la pommel!... Je savais bien que tu ne ferais pas de mal à ton enfant.

(Tell, lorsque la fièche est partie, est resté le corps penché en avant comme s’il voulait la suivre. Il a laissé tomber l’arbalète. Quand il voit l’enfant revenir, il s’élance vers lui les bras ouverts, et le presse sur son cœur avec une vive tendresse. Alors la force semble l’abandonner, et il est prêt à s’évanouir. L’émotion est générale.)

ms 96 — RUDENZ.

Bonté du ciel!

HEDWIG, à T'ell et à son fils.

Mes enfants, mes chers enfants!

STAUFFACHER

Dieu soit loué!

LEUTHOLD.

C'était un coup! On en parlera encore dans les temps les plus reculés.

RODOLPHE LE HARRAS.

On célébrera la flèche de Tell aussi longtemps que les montagnes resteront sur leur base.

(I1 présente la pomme au gouverneur.) GESSLER.

Par le ciel, la pomme a été percée par le milieu; c’est un coup adroit, je dois l’avouer.

ROSSELMANN.

Le coup était parfait; mais malheur à qui l’a forcé à tenter Dieu! ‘

STAUFFACHER

Revenez à vous, Tell, reprenez vos sens; vous vous êtes courageusement racheté, et vous pouvez retourner chez vous en liberté.

lans les

mps que

milieu ;

l’a for-

vous pouvez

GESSLER

Tell, écoute.

TELL revient.

, 1 9 Qu’ordonnez-vous, seigneur:

GESSLER

Tu as caché dans ton sein une seconde flèche. Oui, je l’ai bien vue. Qu’en voulais-tu faire?

TELL, interdit.

Monseigneur, c’est l’usage ordinaire des archers. GESSLER.

Non, Tell, je ne te tiens pas quitte avec cette réponse; tu avais quelque autre intention; dis-moi la vérité librement et franchement. Quelle qu’elle soit, je te promets que ta vie est en sûreté. Pourquoi la seconde flèche?

TELL

Eh bien, monseigneur, puisque vous m’assurez de la vie, je vous dirai l’entière vérité. {11 tire la flèche de son sein et la montre au gouverneur en lui lançant un regard terrible.) Avec cette seconde flèche, j'aurais frappé... vous... si j’avais blessé mon cher enfant; et ce coup-là, certes, je ne l’aurais pas manqué.

GESSLER

Bien, Tell; je t’ai assuré de la vie, je t’ai donné

ma parole de chevalier, je la tiendrai: cependant, puisque je connais tes mauvais desseins, je vais te

Page 1