LIVRE IL
montagne pour aller gagner les étroits sentiers qui mènent en Underwald* Ils font un circuit au-dessus d'Altorf ^ yont frapper à la chaumière d'un pécheur ami de Tell, et lui de* mandent de les passer de Tautre côté du lac. . Le bon pêcheur, empressé d'être utile à des enfans, court détacher son bateau, leur tend la main , les reçoit ; et, saisissant les • deux rames, il frappe l'onde transparente à coups égaux et rapides. Descendus à la rive opposée, les deux enfans rendent grâce au pêcheur, et montent les roches arides qui de toutes parts enferment le lac. Glaire veut porter à . son tour le fardeau que porte Gemmi. Elle lui dispute cette douce charge, que Gemmi ne veut point céder. Enfin ils se la partagent ; et tous deux réunissant leurs mains sur l'anse de la corbeille, ils gravissent ainsi les sentiers en se parlant , en se regardant avec douleur, avec tendresse , en s'arrêtant quelquefois sous prétexte de reprendre hdeine, mais eh effet pour se parler, pour se regarder de plus près.
La lune a déjà disparu. Déjà l'aurore , n tardive dans oette froide ssôson, vient dorer la cime des neiges, lorsque les jeunes voyageurs arrivent au pied du Faigel. Ils montent, ils cherchent des yeux s'ils né découvriront point quelque chevrier, quelque pâtre qui puisse leur indiquer la solitaire caverne où Melctal s'est allé cacher. Rien ne parait daps ces rocs déserts. C'est en vain que les deux enfins promènent au loin leur vuef ils ne découvrent quedeï glaces, ils n'apèrçoivent'que des chamois suspendus sur les précipices, et fuyant avec la rapidité de l'oiseau dés airs aussitôt qu'ils sont regardés»
Enfin , vers la huitième heure j une légère fumée sor-
a8 GUILLAUME TELL,
tantiâtt Biilieadesix)e9foefes jeux dé Gemmi/ijaiOiaf fait remarqaer à Glaire : tous deux vt^enï Tèrs blette- fumëe , -franôbiftséiit deâ torrens glàcës, travement ^un bôîs-^de sa- ^pi&s y et piar?iennent à une caverne^ <Ài , dès^Fentrée^ ils •aperçoivent au fond une flamnie pétillante. Un botmioe était assis devant ce foyer, qu'il ranimait par des bMnches 'Sèehes. Au premier bruitïju'il entcndjcet bomme retoome la tête^ se Kve, saisit sa hache , et vient ^ en k tenantlevée, au*devant des jeunes voyageurs. Que demandez-vous? leur dit'ilavec un accent de colcire. Nous sommes- vos enfiins , mon père, répond Glaire en counint à^lui; c'est Gemmi , c'est votre fille , qui viennent vous porter des vivres , et vous serrer dans leurs bras.
Elle dit , s'ëlance au cou de Meletal , qui, jetant loin de lur sa bacbe , pousse un ori de joie , reçoit safille , la -presse contre son cœur, la couvre- de ses baisers. Aussitôt, courant à Gemmi, qui le regardait en silence, il l'embrasie^ le baigne de larmes , le confond avec Glaire dans ses- hras -, •prononce le nom • de son fére , odui de Tell son ami , précipite ses questions , et les interrompt par les tendres caresses qu'il partage aux deux enfens. Enfin, les ramenant près du foyer, il les fiiît asseoir à se» deux côtés, et les écouté en essuyant ses larmes.
Glaire l'instruit avec précaution du motif quiles amène, des ordres sacrés qu'elle vient porter de la part du vieillard Henri ; Inentôt la vdx de Glaire s^éteint , elle veut , elle ne peut dire le malheur aflfreux qu'elle pleure, le crime horrible de Gésier; trois fois el}e commence ce récit , trois fois elle est forcée de l'interrompre. Gemmi vient à son secours. Meletal ! lui dit^l , vois nos larmes, elles t'en-