‹ Guillaume Tell.Nouv.édChapitre 17 sur 38 · LIVRE II. 3i · texte numérisé non relu

LIVRE II. 3i

vous aimer toujours^ detivre^de mourir l'un pour l'antre, de confondre tous vos sentiœens dans votre amour ardent et por. Vous êtes rfpoux ^ mes enfans , je vous bënis au nom de mon père, au nom de mon digne ami.

Glaire et Gemmi tombent à genoux , baissent la tête en se tenant la main, et reçoivent avec respect la bénédiction paternelle. Les pleurs coulaient sur leurs joues ; Melctal lui-même était baigné de larmes , et ses yeux, animés de tons les transports qui remplissaient son âme ardente, brillaient de feux à travers ses larmes. Il relève ses enfans, il les embrasse de nouveau, leur dit adieu /leur répète encore ce qu'ils doivent rapporter à Guillaume ; et, saisissant sa faacbe , il sort delà caverne li pas précipités/et prend le cbemin de Stantz.

Les deux enfans , demeurés seuls , n'osent d'abord lever la vue l'un sur l'autre. Immobiles , la tête baissée , et se tenant enccre la main, ils éprouvent un frémissement mêlé de joie , de bonheur, de crainte. Leurâ âmes, agitées d'une foule de sentimens divers , ont peine à se remettre de tant de secousses : leur pudeur naïve , enfantine , leur fait craindre pour la première fois de se trouver ainsi solitaires. Gemmi , rassuré le premier , dit enfin d'une voix trem- Mante : Claire , vous êtes à mm ; depuis longtemps vous êtes instruite que Gemmi n'appartient qu'à vous. Mais le moment oii nous sommes , les dangers que vont courir nos |Mbres , nous défendent de nous occuper de nous-mêmes ; c'est à eux seuls que nous devons toute notre âme et tous nos momens. Partons, Glaire, rejoignons ma mère, rendons-^lui compte de notre voyage ; et lorsque mon père et votre vénérable aiéul auront confirmé k bénédiction que

yient de nous donner Melctal, alors j'oserai peut-être tous dire combien je suis heureux. .

Glaire ; sans répondre , lui serre la main ^ sort aussitôt de la caveme, et tous deux reprennent la route qu'ils avaient déjà parcourue.

Mais le soleil , quoiqu'à peine à la moitié de son cours , ne jetait plus qu'une lueur pâle à travers des nuages sombres. Un voile grisâtre dérobait partout l'azur du ciel , et des flocons de neige voltigeant dans l'air ^ semblables à la toison des agneaux que leur ont arrachée les ronces ^ venaient en s'augmentant du côté du nord. Bientôt un vent froid s'élève, et amène plus forte et plus rapide cette neige éblouissante. Elle tombe cdmmela pluied'un violent orage. Elle remplit les sentiers, comble, dérobe les précipices , et fait baisser la paupière des malheureux voyageurs qui ne peuvent soutenir son impétuosité. Gaire et Gemmi, forcés de s'arrêter, cherchent un abri sous des rochers. La neige les atteint partout , la ndge tombe sur leurs têtes. Gemmi s'alarme pour Glaire ^ celle-ci, pour le rassurer, sourit en se voyant couverte des flots qu'elle secoue et ; renvoie aux vents.. La tempête s'apaise enfin; les rayons d'or de l'astre du jour percent le voile qui le couvrait , et .viennent se réfléchir sur les diamans de la neige. Les deux enfans .se remettent en route, mais ils ne trouvent plus leurs sentiers. Un tapis épais et blanc couvre Ie& rochers et les précipices* Gemmi tient Glaire par la main, et s'avance avec précaution. De son bâton il sonde la neige; il ne permet à Glaire

de faire un pas qu'après s'être, assuré qu'il n'y a point de péril. Glaire, qui ne craint que pour lui, qui ne marche que sur ses traces., lui serre plus fortement la main^ prête

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