LIVRE I. If
Fe peifectionner dans l'art de tourmenter les humains. Frémissant au nom de la liberté comme le loup poursuivi des chasseurs frémit au sifflement des flèches, il se promit, il se jura d'anéantir jusqu'à ce nom. Tout fut. permis par Gésier à ses infâmes satellites ; il leur donna lui-même l'exemple de la rapine, du meurtre , des attentats contre la pudeur. Le peuple se plaignit en vain , se plaintes furent punies. La vertu timide alla se cacher dans l'intérieur des chaumières. La jeune vierge trembla derrière sa mère elTrayée. Le laboureur maudit la terre qui lui pavait ses sueurs par une moisson abondante qu il n'espérait plus de recueillir. Les vieillards , heureux de leur âge , qui leur présentait la mort comme une libératrice, se joignirent aux vœux de leurs fils pour les voir mourir avec eux; partout enfin , dans les trois contrées , le voile épais du malheur fut éleudu comme un crêpe funèbre par la main du cruel Gésier.
Dès 1 arrivée de Gésier , Tell avait pressenti les maux dont sa patrie allait être accablée. Sans le dire même à Melctal , sans alarmer sa famille, sa grande âme se prépara, non à souffrir, mais à délivrer son pays. Les crimes se multiplièrent ; les trois Cantons , frappés dépouvante , tremblèrent aux pieds de Gésier;
Guillaume ne trembla jtas , Guillaujne ne fut point surpris. Il vit les forfaits d un tyran comme il voyait sur l'aride roc la ronce se couvrir d'épines. Bientôt l'impétueux Melclal exhala près de lui sa fureur. Guillaume l'écoutait sans répondre. Ses yeux ne versaient point de larmes; son front, son visage, impassil>les, ne décelaient point ses projets. Pénétré d'estime pour son ami, certain de lui, mais se défiant de sa fougue, il lui cachait sa douleur pour ne pas irriter la sienne; il lui déro})ait son secret jusqu'au moment de l'exécution. Sa prévoyance lui montrait ce moment encore éloigné. Tranquille, sombre, farouche, il passait les longues journées sans embrasset son enfant , sans tourner les yeux vers sa femme; avant l'heure accoutumée, il se levait, attelait ses taureaux , les conduisait dans son champ, qu'il labourait d'une main distraite; son aiguillon échappait de sa main; il s'arrêtait tout à coup au milieu d'un sillon mal tracé; sa tête tombait sur sa poitrine; ses regards se fixaient sur la terre; immobile, morne, respirant à peine, il mesurait, il calculait la puissance du tyian , les moyens de la détruire; mettait dans la balance de sa raison , d'un côté le cruel Gésier etitouré de ses satellites, armé d'un pouvoir sans bornes, appuyé par