LIVRE I
que la veitu; Gesleu peut m'en anachcv; et cet £nfant que j'adore, cette portion de toi-même, qui , en s'emparant de tout mon amour, le redouble cependant pour toi, cet enfant dépend de Gésier. Ma terre , ma femme , mon fils , jusqu'au tombeau de mon père , rien n'est à moi , tout est au tyran ! L'air que nous respirons à son insu est un vol fait à sa puissance. O comble de l'ignominie! un peuple entier, une nation est soumise aux caprices d'un homme... Qu'ai-je dit? d'un homme... ô mon Dieu! pardonne -moi d'avoir profané le nom de ton plus bel ouvrage. L'humanité ne peut avoir rien de commun avec les tyrans. Elle doit être leur victime jusqu'au moment où, reprenant ses droits, elle venge dans un seul jour les outrages de mille siècles. Ce désir, cet espoir m'animent. Toute mon âme ne peut suffire à la grandeur de mes desseins. Gardetoi âe m'en distraire, garde -toi de vouloir m'attendrir en m'occupant de toi, de mou fils. Un esclave n'a point d'enfant ; un esclave n'a point de femme. Je le suis, toute la nature a cessé d'exister pour moi. Tes yeux , aveuglés par l'amour, se promènent avec complaisance sur cette chaumière , sur ce beau pajs , oii jadis nous fûmes heureux : les miens , ouveru par la vertu , ne peuvent rien voir que ce fort
i4 GUILLAUME TELL.
tfiiihle Làti sur le haut de ce roc pour tenir
Uri dans les iers.
As-tu pensé , lui dit Edmée , cjiie mon cœur indigne du tien n'était pas flétri dès lontrtemps par le seul nom de la servitude? As-tu pensé que je pouvais aimer Tell sans détester les tjrans ? Ah! gard^'-toi de mépriser ces âmes douces et naïves qui semblent ne se nourrir que de tendres sentimens I Va , la sensibilité, quelquefois mère des faiblesses, l'est plus souvent d«s grandes vertns. Celui qui pleure à l'aspect du malheur, au récit d'uiK belle action, prouve qu'il veut soulager lii'.i et qu il est capable de l'autre. Juge ta femme par toi-même : est-il deux êtres en nous? Ta adores ta patrie; juge si je dois la chérii-, puisqu'elle est à la fois ta patrie et la mienn<-. Toutes les qualités de ton âme ont à mes yeux y par-dessus leur beauté, celle de t'ap partcnir. Sans toi, j'eusse été vertueuse; en t'aimant je le suis deux fois. Parle donc avtt conliance, dévoile-moi tes desseins. Mon sexi; m'ôte l'espoir de t'offrir un secours utile; mai. mon sexe ne m empêclie point de mourir poin le seconder.
Tell , à ces mots , embrasse Edmée, et s. prépare à lui ouvrir son âme, lorsque des cris mclô» de sauî'Iolj Si; loiit entendre du côté de