LIVRE I
sa chaumière. Les deux époux se lèvent précipitamment ; ils aperçoivent leur fils , pâle, tout couvert de la; mes , les bras élevés au ciel , courant vers euK avec effroi : O mon père, disaitil d'une voix entrecoupée, venez, venez à son
secours Melctal, le vieillard Melctal
Les barbares I ils ont osé Comme il parlait,
Claire parait,, soutenant la marche tremblante de l'infortuné vieillard. Celui-ci , de sa main droite, appuvé sur un bâton, tenait de la gauche le bras de, 1 inconsolable Claire. 11 s'écriait à chaque pas : Tell , mon cher Tell, où estu ? et ses mains s'avançaient pour rencontrer Tcll , et ses pieds heurtant contre les cailloux le forçaient de reprendre l'appui qu'il venait de quitter un instant.
Guillaume accourt , saisit le vieillard , le presse contn- sa poitrine , le considère , jette un cri terrible ; ses cheveux se dressent en ne retrouvant sur ce visage vénérable que la trace sanglante des veux que le fer vient de lui ravir. Saisi d'épouvante et d'horreur. Tell recule en chancelant ;il ne s'arrête qu à un roc où il demeure à demi renversé. Edmée est évanouie ; Gemmi s'empresse de la secourir; et Claire, rappelant Guillaume , lui montre le vieillard aveugle , et i-egarde le ciel en pleurant.
Tu t'éloignes , mon seul ami , s'écrie Melctal
d'une VOIX défaillanl'e , tu trembles d'être souillé du sang qui coule de mes plaies! Ah! reviens, reviens sur mon sein. Mon cœur, mon cœur me reste encore ; que je le sente du moins palpiter contre le tien ; que je puisse du moins m'assurer en -t'embrassant , en te touchant , que les barbares qui m'ont privé des yeux ne m'ont pas ôté mon ami !
Pardonne , lui répond Tell en se précipitant dans ses bras , pardonne au premier mouvement de ma pitié , de mon horreur. O le plus vertueux des hommes! ton malheur ne peut augmenter le respect que j'avais pour toi ; mais il augmente ma tendresse; il rend plu ■ fort , plus sacré, le doux lieu qui nous unit. Eh! pourquoi, comment, dans quel lieu, ces méchaus , altérés de crimes , ont-ils osé porter leurs mains sur la vieillesse , sur la vertu ? Que leur as-tu fuit , P.IeIctal? Ton fils est donc mort en te défendant! S'il voyait encore le jour,, t'aurail-il al)audonné? t'aurait-il laissé sous la garde d'une laible et malheureuse fille qui ne peut, hélas! (jue pleurer? Mais c'est moi qui remplace ton lils ; c'est moi qui hérite aujourd'hui et de sa tendresse et de sa vengeance.
Ixaccuse ])oint, mon fils, répond le vieillard, ne juge point ton ami sans l'entendre.