‹ Guillaume Tell; ou, La Suisse libre (volume 2)Chapitre 14 sur 57 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

A'^sercz-moi an milieu de vous; que je te sente à mes côtés, Guillaume, f|ue ma Claire ne me quitte pas , et que ton Edmée et Gemmi me prêtent une oreille attentive.

On conduit alors le vieillard sur un tertre couvert de mousse. Il s'assied auprès de Tell ; Edmée , assise derrière lui , renverse , soutient sur son sein la tète vénérable de Melctal ; Claire et Gemmi , à ses genoux , baisent sa main qu'ils ont saisie, et la baignent de leurs pleurs.

Ecoutez-moi, leur dit Melctal; retenez les transports de votre tendresse , retenez ceux de votre colère. Ce matin, dans le moment même ou le dernier soleil que mes yeux devaient voir est venu dorer nos montagnes , mon fils , Claire et moi , nous étions aux champs. Claire m'aidait à lier les gerbes de notre moisson; mon fds les entassait dans le char , où deux génisses attelées devaient les traîner à notre chaumière. Tout à coup paraît un soldat, un satellite du cruel Gésier. Il vient droit à nous, foulant nos épis, arrive au char, l'examine, et d'une insolente main détache le joug des génisses. De qupl droit, lui dit mon fils, ra'enlèves-tu ces animaux, mon unique bien , ma seule richesse , ceux qui nourrissent ma farnille, et donnent à ton gouverneur le salaire

que tu reçois? Obéis, répond le soldat, ri n'interroge pas tes maîtres. A ces mots j'ai vu la fiireur enflammer les jeux de mon fils. Il saisit le joug des génisses détaché par le satellite, l'arrache de ses mains, le lève, et, retenu par mes cris : Barbare, dit -il, rends grâce à mon père ; sa voix , plus puissante sur le cœur d'un fils que la colère de la justipc , m'empêche de purger la terre d'un ennemi de l'humanité; fuis, lâche, hâte-toi de fuir; trcniljlc que c;' champ ne soit le tombeau d'un vil agent de la tyrannie. Le soldat était déjà loin. Je tenais Melctal dans mes bras : Mon (ils, lui dis-je, au nom du ciel, au nom de ton père et de ton enfant, dérobe-toi à 1 heure même à la vengeance de Gésier I je le connais, il est implacable; il se baignera dans ton sang, il le fera rejaillir sur les cheveux blancs de ton père : épargne-moi, mon fils, mon cher lils , sauve-moi la vie en sauvant la tienne !

Non, mon père, répondit-il avec l'accent de la piété, de la colère, du désespoir, non , je ne vous quitte point! j'aime mieux mourir en vous défendant (jue de trembler un instant pour vous. Gésier et toute sa Suissance ne peuvent m'arracher des bras de celui qui m« donna

la vie. Je veux, je dois M'obéir, interrom-

pis-je d'un ton sévère : rien n'est à craindre

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