‹ Guillaume Tell; ou, La Suisse libre (volume 2)Chapitre 26 sur 57 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

(cependant Tell, long-temps avant l'aurore, est arrivé dans les murs de Schwitz. Il va frapper à la maison de Vcrner ; les dogues , veillant dans la cour, font retentir l'air de leurs aboiemens. L'inquiet Yerner, déjà debout devant un chêne brûlant, se bâte d'aller à sa porte , l'ouvre à la voix de son ami , l'embrasse , le mène près de son foyer; et les dogues menaçans n'ont pas plus-tôt reconnu le fidèle ami de leur maître, qu'ils l'environnent en le caressant, et viennent cacher leiui tètes énormes sous les mains engourdies de Guillaume.

Ami, dit le héros à Verner, il est enfin venu l'instant qui doit délivrer la patrie ou terminer nos malheureux jours. Ce n'est plus ta prudence que je viens consulter, ce n'est plus à ta sagesse que je viens demander des conseils; c est ton courage que je réveille, c est à lui que je porte des armes. Plus de conseils ; il faut agir : les nouveaux crimes de Gésier nous ont donné le dernier signal.

A ces mots, il dépose devant Verner un

pesant faisceau de lances, de flèches, d .ii]),ilètes, depées tranchantes, qu'il' a porté sur ses épaules. Vcrner les regarde avec une joie tranquille. Avant de t'enttuidrc , répond-il, allons cacher ce trésor précieux dans un asile Secret ; l'on peut ici nous surprendre : lorscjue l'on dépend d'un tyran, le citoyen n'a point de maison.

Tons deux alors reprennent l'es ai'mes, descendent, les portent dans un souterrain; et, re\enant s'asseoir près du foyer , Guillaume raconte à \ erner la barbarie du gouverneur, le mallieur du vieillard Henri, la retraite de son lils Melctal , le voyage du jeune Gemmi , qui doit l'avertir, il cette heure même, de se rendre h Grutti , le soir , pour assurer leur vengeance. Vcrner écoute avec attention , se fait répéter les détails des grands desseins de GuiLlaiime , les pèse , les discute avec lui , oppose, invente les obstacles qu'il est possible de rencontrer ; et , satisfait des réponses de Tell , qui a tout prévu , qui répond à tout , il l'embrasse en lui disant ces paroles : Ami , commençons , je suis jirèt.

Aussitôt, séparément et par des cliemins opposés, ils vont porter une à une les armes f)u ils ont en dépôt, à leurs amis de la ville , à leurs amis des villages dont Schwitz est envi-

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