LIVRE III. 6i
frent de la soif de lindépendance : ils feront un joui', mon cœur le prédit , un même corps avec nous, une seule république i-edoutée et respectée de tous les rois de l'univers. Avançons ces temps de gloire, envoyons des députés sûrs à Lucerne , à Zug , à Zurich ; rendons générale la conjuration; fixons un jour, un jour sacré, où, à la même heure, dans toute la Suisse, tous les amis de la liberté attaquent à la fois leurs tyrans. Alors nous éclaterons ; alors Altorf se déclarera , et le gouverneur troublé , environné de peuples en armes , succombera sous nos efforts avant que ses courriers , pai'tout ai'rètés , puissent porter à l'empereur la nouvelle de ses périls.
Vcrner se tait, et Melctal mui-mure. Melctal va combattre Yerner, lorsque Guillaume prend la parole , et tous deux 1 écoutent dans le silence. J'aime ton audace , dit-il à Melctal , j'excuse ta bouillante ardeur, mais elle nous serait fatale. J'honore ta prudence, Vcrner, mais elle aurait aussi ses dangers. Malheur aux saintes conjniations à qui le temps est nécessaire, et dont le secret n'est pas concentré dans un petit nombre de cœurs fidèles ! Une seule eri'eur, un seul mot, les plus légers accidens , renversent l'ouvrage de plusieurs années. II ne faudrait trouver qu'un traître dans
Cy>. GUILLAUME TELL,
lus villes nombreuses que tu nous proposes d'associer à nos dessi-ins , pour remettre la patrie aux fers, pour voir périr dans les supplices l'élite de ses plus dignes enfans. Non , ne coulions à personne nos généreux, nos sublimes desseins. Nous suivrons, je l'espère, pour fonder la liberté; et lorsqu'Uri, Sciiwitz, Underwald , auront planté sur leurs montagnes le drapeau de lindépendance , nous on nos (ils verrons les Cantons venir combattre sous cet étendard , ou se reposer à sou ombré.
Ycrner , il est temps d'éclater ; mais je le demande, Melclal , de me donner encore quelques jouis. Voici le plan que je vous soumels.
Underwald et Scliuitz sont armés. Trois cent cinquante guerriers de ces deux braves cantons sont prêts, dites-vous, à suivre vos pas : assignez-leur, non pas une ville, non pas un village, mais un vallon, un endroit désert , où , se rendant ])ar diverses routes , ils puissent tous se réunir et se mettre en marche à la fois. Tandis que vous prendrez ce soin , je retourne daus Uri ; et, secondé par le brave Furst , le seul de mes compagnons à qui j'ai confié mes projets, je vais rassembler, s'il se peut, les ceut ennemis de la tyrannie, (juc leurs murmures , leur courage m'ont lait juger