‹ Guillaume Tell; ou, La Suisse libre (volume 2)Chapitre 32 sur 57 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

cjuelle il distingue un riche bonnet Liodé d'or. Autour de la pique des soldats nombreux se promènent en silence , et semblent garder avec respect ce nouveau signe de puissance. Guillaume s'avance étonné; bientôt il voit le peuple d'Altorf se prosterner bassement devant ce bonnet , devant cette pique , et les satellites armés courber plus près de la terre, avec le fer de leurs lances, les fronts de ceux qui s'humilient. Maitre à peine de son indignation, Tell s'arrête à ce spectacle : il n'en peut croire ses yeux, il demeure muet, immobile , appuyé sur son grand arc , et regardant avec dédain ce peuple lâche et ces vils soldats.

Sarnem , qui commande la garde , Sarnem , dont le zèle féroce se plaît à surpasser les ordres qu'il a reçus du tyran , distingue bientôt cet homme , qui seul, au milieu d'un peuple courbé, lève une tète droite et hère. Il vole , le joint , et le regardant avec des yeux brîilans de fureur : Qui que tu sois , lui dit-il , tremble que je ne punisse ta lenteur à obéir aux ordres de Gésier ! Ne sais-tu pas la loi proclamée , qui oblige tout habitant d'Altorf à saluer avec respect ce signe de sa puissance ? Je l'ignorais, répond Guillaume, et je n'aurais jamais pensé que l'ivresse du pouvoir suprême piiten

venir à cet excès de tjrannie et de démence : mais il est justifié par la lâcheté de ce peuple. J'excuse , j approuve Geslcr ; il doit nous traiter en esclaves ; il ne peut pas assez mépriser des hommes assez bas pour se soumettre à des caprices aussi dégi-adans. Quant à moi , je ne baisse mon front que devant la Divinité. Témé^ vaire , reprend Sarnem , tu vas expier tant d'audace. Tombe à genoux , et désarme le bras qui va te punir. Le mien me punirait mnimême , lui dit Tell en le regardant, si j'étais capable de t'obéir.

A ce mot, à un signe qu'a fait le cruel Sarnem, une foule de ses satellites se jettent aussitôt sur Guillaume. On lui arrache son arc , on le dépouille de son carquois. Environné de glaives brillans dirigés tous contre son sein , on le conduit, on l'entiaîne au palais du gouverneur.

Tranquille au milieu des soldats, souvd à leurs menaces grossières, les bras croisés sur sa poitrine , Guillaume paraît devant le tyran. Il le considère d'un œil dédaigneux, laisse parler sans l'interrompre celui qui se hâte de l'accuser, et, dans un silence impassible, attend que Gésier l'interroge.

Son air , son front , son A'isagc calmes , étonnent, troublent le gouverneur. Une ter-

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