LIVRE III
reur involontaire , un piessentimcnt secret semblent l'avertir qu'il voit devant lui celui qui doit punir ses crimes. H craint de fixer sur lui ses regards , il hésite à l'interroger; eniln , d'une voix altérée ; Quel motif, dit-il , a pu te porter à désobéir à mes ordres , à refuser au signe, quel qu'il soit, de mon pouvoir, le respect, 1 hommage que tu me dois? Parle, défends- toi, je peux pardonner. A ce mot, Tell le regarde avec un sourire amer : Punismoi , lui répond-il , et ne me demande pas ma pensée. Tu n'entendis jamais la vérité, tu ne pourrais la soutenir. — Je veux l'entendre de ta bouche ; je veux que tu m'instruises toimême de mes fautes et de mes devoirs. — Je n'instruis point les tyrans ; mais l'horreur que m'inspire leur présence n'ôte rien à mon courage ; mais je leur rappelle leurs crimes , et je leurprédis leur sort. Écoute-moi donc . Gésier, puisque tu consens à m'entendre.
La mesure est bientôt comblée ; la coupe du malheur, que le ciel irrité contre nous voulut remettre dans tes mains , déborde de toutes parts. Dieu épuisa sur nous , par tes mains, t, us les traits de sa colère; sa justice va te frapper. Entends les cris des iunocens que tu retiens dans les cachots ; entends les cris des enfans , des veuves qui te redemandent
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leurs époux , leurs pères , expires pa.' ton ordre au milieu des tourmeiis. Vois leurs ombres sanglantes errer autour de ta demeure , te poursuivre dans ton sommeil, se présenler devant toi pour te montrer leurs largt:s blessures, leurs corps déchirés et palpitans. Leur sang jaillit sur tes mains et t'éveille au milieu de la nuit ; tu vois ce sanj; au milieu des ténèbres , tu le vois , et tes veux en vain se ferment pour ne pas le voir. Le peu qui reste de vivans , abandonnant ses héritages, ses biens, le fruit de son labeur à ton insatiable avarice, s'enfuit et va se cacher au fond des forets, dans le creux des rocs. Là, que fait ce peuple tremblant à qui ton nom seul cause plus d'effroi cpie le bruit des monceaux de neige descendant du haut des montagnes pour ensevelir nos villages , que lait-il ? A genoux sur les rocliers , il élève ses mains à Dieu , il lui demande vengeance , il le supplie d'exterminer l'exterminateur des humains.
Hé bien , Gésier, je te l'annonce, ces prières de tout un jieuple, c(!s cris de tant d'iunoceus persécutés , dépouillés , frappés , immolés par ton ordre , ce sang répandu sans cesse par tes mains, et dont la vapeur épaisse forme un nuage autour de toi , ce sang est monté jusqu'au ciel : nos voix plaintives sont arrivées