LIVRE m. 6g
au trône du Tout-Puissant, sa justice va te frapper , ma patrie touche à sa délivrance : tels sont mon espoir, mes vœux, ma pensée. ïu me les demandes, je t'ai satisfait; je n'ai plus rien à te dire , car je ne veux pas dégrader ma raison au point de te dire un seul mot de l'ordre insensé , du délire qui fait aujourd'hui fléchir les malheureux liahitans d'Uri devant le bonnet qui couvrait ta tète. Tu sais tout , tu peux commander mon supplice.
Gésier écoutait en silence ; sa colère se contenait pour mieux assurer ses coups , sa rage était suspendue par l'espérance de trouver , d inventer un nouveau supplice qui le vengeât mieux de cet homme qui semblait mépriser la mort. Il songeait à ces deux enfans que la veille il fit mettre aux fers. Il se rappelle leurs discours hardis; et, les comparant il ceux qu il entend, son ingénieuse fureur soupçonne, pressent, devine que ces enfans , déjà si fiers , si pénétrés de la haine des tyrans , ne peuvent appartenir qu'à celui qui vient de le braver. II veut s'en éclaircir sur l'heure , et donne l'ordre secret qu'on amène les deux enfans.
Sarnem a couru les chercher. Pendant ce temps le fourbe Gésier , dissimulant sa colère, leignaut de n'être point ému, interroge fioi-
ro GUILLAUME TELL,
dément Guillaume sur son état , sur sa famille, sur le rang qu'il tient dans Uri. Guillaume ne cache point son nom ; et ce nom , fameux dans Altorf , frappe , épouA'antc le gouverneur. Quoi I dit-il avec surprise, c'est toi dont l'adresse est si renommée dans l'art de conduire une l)ar(juRl C'est toi dont les flèches toujours sûres n'ont jamais manqué le buti 3îoi-mème , lui répond Tell , et je rougis que mon nom ne soit connu que par des succès inutiles à ma patrie. Cette vaine gloire est loin de valoir la mort que je vais souffrir en prononçant le nom de liberté.
A l'instant même, Sarnem revient conduisant Claire et Gcmmi. Dès que Tell aperçoit son fils, il pousse un cri, s'élance vers lui : O Gcmmi , dit-il , ô mon fils ! je peux t'embrasser
encore! et dans quels lieux pourquoi
comment? Non, non, vous n'ctcs point
mon père, lui répond aussilùt Gemmi , qui voit le péril de Guillaume, qui sait le sort que Gésier prépai-e à ses malheureux parens ; non, je ne vous connais point; ma famille n Csi imiiii ici. Guillaume, étonné, demeure immobile, les bras ouverts, étendus; il ne peut comprendre pourquoi son fils se refuse à scsembrassemens et ose le méconnaître. Claire augmente sa surprise en confirmant ce qii'a