‹ Guillaume Tell; ou, La Suisse libre (volume 2)Chapitre 35 sur 57 · LIVRE III. ;i · texte numérisé non relu

LIVRE III. ;i

dit Gemmi , en répétant avec lui cjue G uillaume n'est point leur père. Le cœur de Tell en murmure , il commence à s'en offenser; et Geslcr , dont les yeux farouches observent tous leurs mouvemens , Gésier , qui vient de pénétrer le mystère qu'il voulait connaître , jouit à la fois de la crainte , de la surprise , des douleurs et du père et des enfans.

Une horrible joie se peint sur son front ; ses regards brillent d'un feu r.pmbre. On ne m'abuse point, dit-il; Guillaume, voilà tou fils , et ce iils m'a offensé ; ma patience , depuis long-temps, a souffert ici tes outrages : afin de trouver une peine qui fût égale à ta témérité , je vais la prononcer, écoute:

Je veux, même en te punissant, rendre hommage à ce talent rare que vante ton heureux pays ; je veux qu'en contemplant ma justice le peuple d'Altorf admire ton adresse : on va te rendre ton arc ; on placera ton fils devant toi , à la distance de cent pas ; une pomme sera sur sa tète , et deviendra le but de ta flèche.- Si ta main , sûre de ses coups , enlève avec le trait la pomme , je vous fais grâce à tous deux, et je vous rends la liberté; si tu reluses cetU épreuve , ton fils , à tes yeux , va mourir. Barbare , lui répond Tell, quel démon sorti de lenfer peut t'inspirer cette affreuse idée? 0

Dieu juste , qui nous enten;ls , souffrirez-vous cet horrible excès du génie de la cruauté ? Non , je n'accepte point l'épreuve; non, je ne m'expose point à devenir le meurtrier de mon fils; je te demande la mort, je l'implore de tes bourreaux; ils sont tous ici ; tout ce qui t'entoure a trempé cent fois ses mains dans le sang. Qu'ils tournent leurs glaives sur moi, qu'ils les dirigent sur mon cœur : je te le demande , je t'en conjure; mais que je meure innocent , mais qae je meure homme et père. Econt(; , Gésier, tes gardes nombi'euK, l'exemple de tout un peuple, la certitude, la vue du supplice, n'ont pu me faire fléchir devant toi ; j'ai préféré la mort à cette bassesse; hé bien , pour obtenir cette mort , pour écliapper à l'affrcïux danger de percer moi-même le cœur de mon fils , je vais plier le genou devant toi , promets-moi le trépas , Gésier , et je m'abaisse devant ton orgueil.

Non , s'écrie aussitôt Gemmi , dont la voix touchante émeut de pitié les satellites qui l'environnent, non, ne vous rendez point à ses vœux , j'accepte , j'accepte l'épreuve. Quoi qu'il arrive, tu l'as promis, mon ])ère st ra délivré; rassure-toi, mon digne père; va, le ciel guidela ta main, va, ton fils est en sùleié : pardonne-moi si ma tendresse a voulu

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