‹ Guillaume Tell; ou, La Suisse libre (volume 2)Chapitre 37 sur 57 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

if-, yeux vers la terre. On lui présente son arc avec une seule flèche ; après en avoir essayé la ïjointe , il la brise , la rejette et demande son carquois : on le lui apporte; il le vide à ses pieds , cherche , choisit parmi tous ses traits , demeure long-temps baissé, saisit un instant favorable , et caclie une flèche sous ses vètcmcns ; il en tient une autre à la main, c'est celle qui doit lui servir. Sarnem fait enlever les autres , et Guillaume , avec lenteur, bande la corde de son grand arc.

Il regarde son. fils, sarrùle , lève les yeux vers le ciel, jette son arc et sa flèche , et demande à- parler à Gemmi. Quatre soldats le mènent vers lui : Mon fils, dit-il, j'ai besoin de venir t'embrasser encore , de te répéter ce que je t ai dit. Sois immobile , mon fils ; pose un genou en terre, lu seras plus sûr, ce me semble, de ne point faire de mouvement : tu prieras Dieu, mon fils , de protéger ton malheureux père. Ah! ne le prie que pour toi , que mon idée ne vienne pas t'attendrir, affaiblir peut-être ce mâle courage que j'admire sans l'imiter. O mon enfant ! oui , je ne puis me montrer aussi grand que toi. Soutiens, soutiens cette fermeté dont je voudrais te donner l'exemple. Oui, demeure ainsi, mon eiïfant, te voilà comme je te veux.... Comme

;6 GUILLAUME TFLL.

je tcTeux! malheureux que je suis! et vous le

souffrez, ô mon Dieu!... Écoute Détourne

la tète Tu ne sais pas, tu ne peux prévoie

l'eflet que produira sur toi cette pointe, ce fer brillant dirigé contre ton front. Détoui-nc la tête, mon fils, et ne du: rc^;irile pas. Non, non, lui répond l'enfant, ne craignez rien, je veux vous regarder, je ne verrai point la flèche , je ne verrai que mon père. Ah ! mon cher fils , s'écrie Tell , ne me parle pas , ne me parle pas! ta voix, ton accent m'ôterait ma force. Tais-toi , prie Dieu , ne remue pas.

Guillaume l'embrasse en disant ces mots, veut le quitter, l'embrasse encore, répète ces dernières paroles , pose la pomme sur sa tète , et se retournant brusquement , regagne sa place à pas précipités.

Là, il reprend son arc, sa flèche, reporte ses yeux vers ce but si cher, essaie deux fois de lever son arc, et d('u\ fois ses mains paternelles le laissent retomber. Enfin , rappolant tonte son adresse, toute sa force, tout son courage, il essuie les larmes qui viennent toujours obscurcir sa vue; il invoque le Tout- Puissant, qui du haut du ciel veille sur les pères ; et , roidissant son bras qui tremble , il force , accoutume son œil à ne r»:garder que la pomme. Profitant de ce seid instant , aussi ra-

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