‹ Guillaume Tell; ou, La Suisse libre (volume 2)Chapitre 40 sur 57 · LIVRE IV. 8i · texte numérisé non relu

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délivrer son père, est allé chercher 3Ielctal; Tell est menacé de la mort ; le gouverneur l'a jurée.

A et récit , Edmce , accablée , retombe presque mourante sur le siège qu'elle avait quitté; le vieillard aveugle, hors de lui-même, se met à pousser des cris lamentables. Il veut qu'on le mène à son fils, il veut aller combattre avec lui , périr pour délivrer Guillaume. La jeune Claire contient le vieillard , secourt Edmée évanouie , ne peut suffire aux tendres soins nécessaires aux deux infortunés.

Enfin , après les premiers instans d'une douleur si profonde et si vive, le vieux Henri , rappelant sa raison, son courage et sa prudence, saisit les deux mains d'Edmée , et le» serrant contre son cœur : INe pleure pas, lui dit- il, à ma vertueuse amie! ne perdons pas dans les larmes un temps précieux qu'il faut emplover. Gemmi est eu Uudervvald , peu d'heures doivent lui suffire pour se rendre auprès de mon fils. Je connais Melctal; dès cette nuit même , Melctal , suivi de tous ses amis , va prendre la i-oute d'Altoi'f. Il arrivera demain au matin, il tentera tout pour sauver Guillaume. Mais le peu d'amis qu'il doit amener ne peut suffire à ce grand projet. J'en ai quelques-uns dans la ville; je vais réveiller

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leur courage, les exciter, les encournger. Ils me conduiront sur la place; ils me conduiront au milieu du peuple aux premiers rayons du soleil. Là , je parlerai ; là, je montrerai les blessures encore récentes que j'ai reçues de Gésier; je montrerai la place de mes yeux arracliés par ses mains féroces. Mon grand âge, mes cheveux blancs, mon visage défiguré, mon sang qui souillt; encore mes habils, les pleurs de cette l'ailtle enfant, tout aidera mon éloquence : je res[)ère , j'en suis certain, le peuple ému vomira me venger; le peuple grossira la iuulc des amis que j'auiai assemblés. Mon (ils et le vôtre viendront; ils trouveront Mlle troupe prête à se réunir à eux. ]Nous attaquerons le fort. Je resterai au milieu des coups pour animer nos braves soldats; je leur crierai : Vengeance 1 .le ferai retentir sans cesse les noms de patrie et de liberté. Ils me porteront, si je ne ]))iis les suivre; ils me porteront jusqu'à ton époux, que nous ramènerons dans tes jjras. Oui, | en suis sûr. Dieu, qui m inspire, ni annonce déjà la victoire. \ icns , ma fiJlc , parlons à l'instant ; viens me donner mon bâton, et me prêter i appui de ton bras. La nuit ne doit pas être loin; viens, la nuit doit nous être utile.

J'approuve ce projet, dit Edméo, et c'est

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moi qui veux te coucluire:mais, avant de quitter ces lieux, daigne m'entendre et me donnev conseil. Je suis instruite, sans qu il me lait dit, que mon époux depuis long-temps, médite le grand dessein de délivrer sa patrie. Ses voyages secrets en Sclrwitz , en Underwald , dans rUrseren , l'amas d'armes qu il avait cachées , et ses absences nocturnes , et la préoccupation que je lisais sur son visage, tout ma conilrmé dès long-temps qu'une conjuration , dont Guillaume est l'àme, se ti-ame dans les trois Cantons. J'ignore les noms des autres chefs , mais crojez que ces chefs existent , et qu'un moment, un signal sans doute sont assignés, convenus entre eux. Je n'ai pu pénétrer quel est ce signal; mais il y a peu de jours que je fus frappée, comme d un trait de lumière, d'un mot échappé à mon époux. Ce mot et d'autres encore m'ont fait soupçonner, m'ont lait croire que le signal des conjurés est un bûcher allumé sur le haut de cette montagne. Le temps et les forces nous manquent pour élever, cette nuit même, pour embraser ce biicher. Mais une voix secrète me dit que , si nous pouvions parvenir à faire briller cette flamme, tous les amis de mou époux accourraient pour le délivrer. Je te consulte, Melclal; ma faible main suffit pour mettre le feu à la

maison qui nous sert d'asile. Elle est dans le lieu le plus élevé. Ce vaste incendie doit être aperçu de tous les liabitans des trois. Cantons. Que m'importent ma maison, mes- biens, lorsque mou époux va périr? Si je le sauve, tu nous recevras ; si je le jierds , il ne nous faut qu'une tombe.

Elle dit, et le vieux Henri l'encourage dans ce dessein. Edmée aussitôt va saisir un faisceau de branches sèches , l'allume dans le fojer, jette autour d'elle les bois enflammés, les répand, les attise elle-même, bride sans regret, sans douleur, et le berceau de son enfant, et le chaste lit de l'hymen, augmente partout la flamme ; et , lorsqu'elle s'est assurée que rien ne pourra l'éteindre, elle prend le bras du vieillard, qui de l'autre main s'appuie sur Claire , et , descendant avec eux de la monlaj^ue escarpée , elle prend le chemin d'Altorf.'

Pendant qu'an milieu du vaste silence ,que la terreur répand dans la ville, le vieillard , l'épouse, l'eniant malheureux, vont lra[)per à la porte de leurs amis; les feux alhunés par la main d'Edmée s'augmentent et gagnent le chaume qui formait seul le toit de la maisou. Le chaume s'alluiiu; et pétille; la flamme devient plus brillante, jette autour d'elle une

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