LITRE I
voulut devenir époux, et la jeune Edmcc attira ses vœux. Edmée était la plus ohaste, la plus belle des filles d Lri. L'air qui vient avant la lumière agiter les feuilles des arbiisseaux, la source qui filtre du roc, et dont chaque goutte brillante réfléchit les premiers rr.'vons , étaient moins purs que le cœur d'Edmée.. La paix , la douceur , la raison , l'avaient choisie pour leur sanctuaire. La vertu, qu'elle possédait sans en connaître même le nom , était pour elle l'existence. Son âme n'aurait pas compris que l'on put cesser d'ctre sage autrement qu en cessant de vivre.
Orpheline et sans fortune , éb vée depuis son enfance chez un vieillard , dernier parent de son indigente famille , Edmée gardait les troupeaux de ce vieillard vertueux. Avant que l'aurore vînt éclairer la cime des sombres sapins, Edmée était sur les montagnes, environnée de ses brebis , et faisant tourner le fuseau "qui filait l'habit de son bienfaiteur. Elle revenait, avec l'ombre, ranger, disposer la maison , pi-éparer le repas du soir et celui du If.-ndemain , épargner au faible vieillard le souci de rien désirer tandis qu'elle serait absente. Elle se livrait ensuite au sommeil, satisfaite de sa journée , heureuse d'avoir acquitté la douce dette de la reconnaissance, et sAre
lo GUILLAUME TELL.
que le lenrlfin in lui donnerait le mûne plaisir.
Tell la connut, il l'aima. Tell n'employa point auprès d'elle ces soins attentifs^ cette complaisance, cet art inconnu de son cœur, qui profane souvent l'amour en le mêlant à la (inçsse, qui sait presser ou retarder l'aveu d'un tendre sentiment. Étranger à cette étude, ignorant que le don de plaire pût être distinct du plaisir d'aimer, Tell ne chercha point l'oc- (asionde voir plus souvent Edmée; il n<; l:i suivit point aux montagnes, il ne l'attendit pas le soir lorsqu'elle ramenait son troupeau. Guillaume , au contraire , pendant son absence, allait visiter son vieux bienfaiteur. Là , dans de longs entretiens ou présidaient la franchise, l'épanchement , la vérité, Guillaume écoutait le vieillard, qui se plaisait à parlci d'Edmée, rapportait ses moindres actions, répétait toutes ses paroles, rendait compte, les larmes aux vcux,(de la ])atience,de la douceur, de l'inépuisable bonté qui lui rendaient chaque jour cette orjiheline plus chère. C(;s louanges, qui retentissaient au fond de l'ànie de Tell , angnn niaient plus son amour que la vue de son aman le. Elle arrivait pendant ces récits ; et Tell lisait sur son front , dans ses regards , dans son air modeste , tout ce qu'il vc-