LIVRE I. U
nait d'entendre. Il osait à peine, en tremblant, lui adresser quelques paroles, la quittait bientôt en baissant les yeux , la saluait avec respect, et se retirait à pas lents dans son asile solitaire , pour s'occuper d'elle mieux qu'en sa présence.
Enfin , après sis mois passés , Guillaume , sûr que son amour était une vertu de plus , résolut de le découvrir à celle qui l'avait fait naître. Seul devant elle , il n'eût osé ; mais , plus hardi devant tout le peuple , un jour de fête , au sortir du temple , il attendit la jeune Edmée. Edmée , lui dit-il, je t'aime, je t'honore encore plus; j'étais bon , tu m'as fait sensible ; si tu crois être heureuse avec moi, recois mon cœur et ma main ; viens habiter dans ma maison , viens sur La tombe de mon père m'eiiseigner les vertus qu'il m'aurait apprises. Edmée baissa les yeux , rougit pour la première fois. Bientôt rassurée et tranquille , certaine que ce qu'elle pensait pouvait et devait être dit : Guillaume , répondit-elle, je te rends grâce de m'avoir choisie ; satisfaite jusqu'à ce jour de ma paisible félicité, je sens qu'elle doit s'augmenter par le droit si doux de, te dire que c'est toi que j'aurais choisi. A ces mots elle lui tend la main , que le jeune Tell presse dans la sienne; ils se regardent ,
ut, sans se parler, tous leurs sermens furent prononcés.
Cet hjnien ilxa le bonheur dans la chaumière de Tell. Le travail eut pour lui plus de charmes , parce quEdmée en recueillait le fruit ; le bien qu'il faisait lui sembla plus doux, parce qu'Edmée en était instruite. Toujours ensemble , ou ne se quittant que pour se retrouver ]>ieiitôt , ils tempéraient , par leur caractère ami de la paix , de la réflexion , cette dangereuse ivresse tic l'amour satisfait sans cesse; ils modéraient ses transports par les plaisirs plus durables de l'amitié, de la confiance ; par ce respect mutuel , cette crainte tendre et modeste de ne devenir janiais assez diffues l'un de l'autre, celte certitude de rendre leurs âmes plus vertueuses, plus belles, en échangeant toutes leurs pensées , en confondant tous leurs sentimens.
Un fds vint Jjientôt serrer leurs liens, et ces noms si chers de père et de mère iurent une source nouvelle de délices encore inconnues, Lejeun<;, le cliarmant Gemmi lut confié d'abord à Kdmée; elle voulut être seule chargée des soins de sa prejniére enfance; mais, aussi-, tût qu'il eut atteint sa sixième année, Guillaume ne le quitta plus. Il le conduisait avec lui dans les chainj^.s , dans les pâturages; lui