CHANT
Elle se tait. Eliezer la contemple sans ponvoir répondre; son cœur était trop ému par les accens de cette voix. Immobile d'admiration , frappé d'un trait qui brûle ses sens , il aime à sentir sa blessure , il éprouve un trouble inconnu qui l'inquiète et qui fui plait; il pressent , souffre des tourmens , et leur trouve déjà des délices.
Enfin, tendant une main tremblante à la modeste Rachel : fille d'Abdias , dit-il , vcnez, assister à votre sacrifice; votre pi-ésence le rendra plus pur. J'immolerai vos victimes, j'ofiVirai moi-même vos dons; mais, afin que mes vœux ardens puissent s'unir à vos vœux , répondez avec confiance : Que demandez-vous au Seigneur?
Rachel rougit de nouveau ; ses yeux de nouveau regardent la terre : Enfant de Lévi , répond-elle , le pur sentiment qui m'anime nie doit ni ne peut se cacher. Je viens implorer le Très-Haut pour le mortel à qui je dois la vie. Je ne puis le secourir , et ses jours sont en danger. Que le Tout -Puissant détourne sur moi les maux qu'il souffre en cemomenti voilà mon vœu , mon désir, et l'objet de mon sacrifice. La reconnaissance , qui nous vient du ciel , peut s'avouer dans le lieu saint.
En prononçantcesparolcs, quelques larmes
4î ELIEZER.
Ijoi'dent la paupière de la touchante RacJicI. Eliezer sent couler les siennes. 11 retourne vers le sanctuaire, se lave les mains et les pieds dans la grande cuve d'airain , prépare ensuite le feu sur l'autel des holocaustes. Les lévites viennent s'offrir pour l'aider dans ses apprêts , Eliezer les refuse ; il craint de partager ces soins : tandis que Rachel , à genoux dans le parvis du tabernacle, tenant la main droite étendue sur la tète de son agneau , présentant de la gauche ses colombes , attend l'instant du sacrilice.
Bientôt le feu sacré s'allume el brûle devant le Seigneur. Eliezer saisit les victimes; leur sang est répandu sur l'autel, du côté de l'aquilon. Le sacrillcateur y joint un (pi de farine pure, les arrose d'huile nouvelle; la flamme s'élève en les enveloppant. La jeune Rachel , prosternée , invoque à voix basse le maître du ciel. Eliezer, d'une voix plus haute, lui démande d'exaucer les vœux de la jiieusc Benjaminite, de sauver les jours de celui qui l'intéresse si vivement. Il ne doute point, d'après ses paroles , que ce ne soit pour son père qu'elle éprouve tant d'intpiiétude : cette idée, qui vient se mêler au souvenir du danger de sou frère, rend sa piière plus tendre; et la ressemblance qu'il trouve entre son propre
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cœur et celui de Rachel augmente , s'il sp peut, l'amour dont il se sent consumer pour elle.
Le sacrifice à peine achevé, tout à coup Eliezer se lève rajonnant de Joie. Il court à Rachel , il s'éciùe : Voici ce que dit le Seigneur : lletournez dans votre maison ; l'objet de votre inquiétude a recouvré la santé. Remerciez le Dieu de vos pères , et souvenez-vous du lévite qui vous rend grâce de l'avoir choisi pour votre sacrificateur.
Rachel s'incline et adore. Bientôt elle se relève en essuyant les larmes qui couvraient ses joues. Elle jette sur Eliezer un regard de reconnaissance, et disparait aussitôt.
Le fils de Sadoc n'ose l'arrêter. Il soupire en la suivant des yeux; mais le souvenir de son frère l'arrache à ses tendres pensées. Il se hâte de retourner auprès de ce frère si cher. Il trouva sa maison parée de guirlandes : Nephthali est hors de danger, Nephthali convalescent demande à grands cris son frère , et s'avançant , malgré sa faiblesse , jusque sur le seuil de la porte , il reçoit dans ses bras Eliezer , h qui la surprise et la joie ont prejque ôté l'usage de ses sens.