‹ Guillaume Tell; ou, La Suisse libre (volume 2)Chapitre 56 sur 57 · CHANT TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHANT TROISIÈME

i jE soleil s'était plongé dans la grande mer; les troupeaux déjà rassemblés descendaient à pas lents des montagnes, lorsque Abdias , sa tille et IVephthali , en ajiprochant de Silo, aperçurent la tente violette qui couvrait le lalîernacle. A celte vue, ils s'arrêtent, s'inclinent devant le lieu saint; et, continuant leur route , après une courte prière , ils arrivent bientôt aux portes.

Là , Sadoc , Eliezer, suivis de leurs parens, de leurs amis, les attendaient depuis plusieurs heures. Là, une troupe choisie de jeunes filles de Silo, vêtues de robes traînantes, portant à la main des bouquets de lis, vient au-devant de Rachel , l'entoure , la couronne de fleurs , et la conduit, comme en triomphe, au pontife qui s'avançait. Rachel se jette à genoux ; Sadoc la relève, l'embrasse, lui présente Eliezer palpitant d'amour et de joie. La modeste Kacliel garde le silence. Son époux, plein de son bonheur, ivre du plaisir de la voir, n'en cherche pas moins sou frère. 11 l'appelle, lui te;;d les bras , quitte Rachel pour ^ oler à lui ;

02 ELIEZER.

et, lu lamciiant prjs de son épouse, il joint, il presse leurs mains, qu'il réunit sur sou cœur. Ainsi marche Eliezer au milieu de tout ce qu'il aime. Le pontife suit avec Abdias. Les jeunes filles sont devant eux; et les liabitans de Silo, rassemblés sur leur passage, célèbrent cette douce union par mille cris lancés vers le ciel.

Arrivés à la maison du grand-prêtre, Sadoc annonce que le lendemain un sacrifice d actions de grâces sanctifiera rh ymen de son fils. Le peuple se sépare alors, et laisse en liberté les époux.

Sadoc s'empi-esse d'offrir à ses liôtes les fruits, les rafraîchissemens qu'il a préparés pour eux. 11 s'occupe surtout d'Abdias, lui propose de finir ses jours avec sa fille chérie , tli- venir habiter Silo : Uéuni'ssons-nous , lui <lii il , la vieillesse a besoin d'amis. 11 n'en est plus |iiinr notre âge que dans le sein de sa famille. Le nom de père, qui rend indulgent , attire la même indulgence. Avec ce nom, si doux à porter, on vieillit im])unément. Les tendres soins qui pourraient échapper à votre' Haehel vous seront rendus par Eliezer; ceu.t qu'Klie7.i;r pourrait oublier, je les recevrai de li.K-licl. T'Jos (-œurs confondront nos enfans : nous aurons doublé tous deux nos richesses.

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Abdias promet de ne plus le quitter; RacheJ lui rend grâce de cette promesse. Elle reçoit avec reconnaissance les empressemens attentifs de l'amoureux Kliezer; et Nephthali , cachant ses douleurs , composant avec soin son visage, sourit à Rachel , à son frère , et les félicite tous deux.

Ainsi se passe le reste du soir. Lorsque les lampes sont près de s'éteindre , Sadoc ordonne à ses fils d'aller attendre le jour dans la maison d'un de leurs parens. Tous deux s'en vont chez Phanuel se livrer au sommeil ensemble. Mais le sommeil , pendant cette nuit, n'approche point de leurs paupières. Eliezcr , qui démêlait la tristesse de Nephthali , ne l'attribue qu'à son amour pour l'Israélite qu'il cherche. Il croit soulager ses chagrins en lui parlant de cette inconnue , en lui répétant que bientôt il veut la chercher avec lui. Mephthali tente vainement d'éloigner ces tristes idées, de n'entretenir l'époux de Rachel que du bonheur dont il va jouir; Eliezer revient toujours au sentiment qui occupe son frère , Eliezer ne peut être heureux tant que son fi'ère ne le sera point : il cherche à calmer sa blessure , il ne fait que la déchirer.

Enfin l'aurore brillante vient enflammer l'orient. Le nouvel époux se prépare et choisit

6\ ELIEZCR.

SL'S plus Lcaux habits. Neplithali se plaît à l'en revêtir. C'est Kephthali qui dispose le* longues tresses de sa clievelure , qui les relève avec grâce sous sa tiare éblouissante, et vient couvrir ses épaules d'un long manteau hyacinthe , qui jadis , dans les jeux guerriers d'Israël , devint le prix de l'adresse et du courage de Nephthali. Beau de sa jeunesse et de son bonheur , Eliezcr est encore embelli par les soins , par les dons de son frère. Tons deux retournent auprès de Sadoc. Ils trouvent les lévites en habit de fêle, les jeunes lilles, le peuple assemblé , attendant à la porte la nouvelle é[)oase. Elle paraît à leurs veux , vêtue d'une tunique blaiiclie, le fn.-nt couvcit d nu voile brodé. Craintive! , troublée, presque chancelante , elle marche auprès de son père , et refuse de s'appuyer sur le bras de Nephthali. l'.lic/.cr, transporté de joie, vole à la tèto clets lévites, arrive le premier an tabernacle, s'empresse, amène les victimes, les présente luimême à Sadoc. Douze béliers sont immolés. Le peuple s'unit aux vœux du pontife; le j)euple demande avec lui que la nouvelle liai;hel , aussi belle que la première , soit jéconde comme Lia ; que les deux époux vieillissent ensemble comme Sara et Abraham. Le mcmc cortège les reconduit, les promène par toute

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la ville en chantant des hymnes anliques, en jonchant le chemin de fleurs.

Après cette cérémonie, Sadoc fait signer aux époux rengagement qu'ils ont contracté. La main d'Eliezer treml)lait de joie, celle de llachel tremblait davantage. Neplithali s'était éloigné; son frère le cherchait déjà. Il le retrouve , le ramène assister au festin des noces, le place auprès de son épouse , et tandis que le vieux Sadoc fait les honneurs de ce repas à sa famille rassemblée, l'heureux, l'aimable Eliezer ne parle à Rachel et à INephthali que de son désir, que de son espoir de vivre toujours entre deux objets également chers à son âme, de voir son frère et son épouse s'aimer entre eux comme il sait les aimer.

Hélas ! Rachel et iNephthali rougissaient en le promettant. Tous deux tremblaient d'être coupables en sentant ce qu'ils exprimaient. Mais Neplithali compte sui- sa vertu , que l'amitié fortifie; Rachel, qui n'a pas ce double soutien , s alarme et veut fiiir le danger. Elle médite un projet hardi, qu'elle exécutera sur l'heure; et profitant d'un moment de tumulte, à la sortie du festin, elle demande un entretien secret au malheureux Neplithali.

Ils marchent, sans se regarder, vers le figuier solitaire planté sur le bord du torrent.

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Haclicl s'assied contre le vieux tronc, fait asseoir Nephthali pi-ès d'elle , et d'une voix qu'elle raffermit ;

Les momcns sont cbcvs , dit elle, ne les percions pas à dissimuler. Ne nous cachons point nos combats, mais assurons-nous la victoire. Je vous aime, et vous m'adorez. Je me hâte d'en faire l'aveu : votre vertu ne m'a laissé que ce moyen d être aussi vertueuse que vous.

J'ignore ce qui s'est passé depuis le fatal moment où je parus aux yeux d'Eliezer ; je veux l'ignorer toujours. Ce que je sais, ce dont je suis sûre , c'est c[ue vous sacrifiez à votre amour pour votre frère l'amour que vous avez pour moi. Ce sacrifice est noble et grand; mais la cause de vos douleurs en devient à la fois le prix. Vous immolez l'amour à l'amitié, l'amitié du moins vous reste. Ah! je sens qu'on n'est pointa plaindre, lorsqu'à la gloire de faire son devoir on peut joindre la consolation que nous donne un sentiment tendre.

INephthali, je n'ai point de frère. Je suis l'épouse d'Kiiezer , et c'est vous que j'aurais choisi ; c'est à vous que je dois la vie. Pensezvous que votre hienlnit, l'admiration que m'inspire votre douloureux sacrifice, le spec-

tacle continuel de vos combats , de vos triomphes , n'augmenteront pas chaque jour le sentiment que je dois éteindre? Vainement vous serez vainqueur, vos victoires m'affaibliront. Plus je vous verrai malheureux, plus vous me paraîtrez aimable. Je me défendrai contre mes toui-mens , je ne soutiendrai pas les vôtres : c'est à vous de me secourir. Fuyez, fujez loin de ces lieux. Si votre vertu n'en a pas besoin , que ce soit du moins pour la mienne , que ce soit pour le bonheur de votre frère , dont , près de vous , je vous déclare que je ne puis m'occuper. Cherchez, inventez un prétexte, mais éloignez -vous de Kachel. Revenez , s'il se peut, guéri , ou bien ne revenez jamais.

Elle dit, et veut retourner à la maison du pontife. Nephthali, pour la retenir, fait un mouvement et saisit sa main. Mais à peine l'at-il touchée, qu'il retire la sienne avec eflroi , se recueille , cherche à rappeler ses forces qui l'abandonnent , et, sans lever les jeux sur Rach«l , prononce ces tristes paroles :

Ma sœur , ma sœur , ne craignez rien , je ne répondrai qu'à vos derniers mots. Je vous engage ma foi de partir dès cette nuit même, Je ne vous reverrai jamais.... . jamais je ne le-

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verrai mon frère Alil pardonnez à mes

pleurs , j'ai le droit d'en verser pour lui.

Je sens que j'aurais dû vous fuir sans vous avoir répondu; mais votre repos, celui de mon frère , me commandent de vous instruire qu'Eliezer , jusqu'à ce jour , n'a pas seulement soupçonné que j'avais pu vous voir avant lui. II l'ignore, et je l'ignorais, que Rachel était

cette Israélite Il suffit, ma sœur, que cette

entrevue demeure un secret éternel entre mon cœur et votre vertu; (ju'Eliezer ne pénètre point ce que (It pour lui l'amitié, il ne ])0urrait plus être lieureux , je perdrais le fruit de mon sacrifice.

Il me reste encore à remplir un devoir que votre gloire m'impose. .le veux , je vais lemettre en vos mains le seul bien que je possédais , le seul gage qui me soit resté d'un amour désormais coupa])le. Reprenez ce voile si cher que vous laissâtes tomber ;i mes pieds, ce voile qui, depuis ce jour, reposa sur mon triste cœur. Le voilà , Uaciu-i. . . . Uetournons, je tremble que cet entretien ne cesse d'être innocent. Qu'il soit du moins utile à mon frère: demain, quand cet infortuné, donnant des larmes à mon départ, n'aura plus que vous pour le consoler, dites-lui, ma sœur, diteslui : Nepluhali ma confié ses peines; il ne peut

vivre sans cette inconnue , qui lègne avec vous sur son âme ; il est allé mourir en la regrettant. Ma sœur, vous pourrez le jurer.

A ces mots , d'une main tremblante, Nephthali présente le voile. Rachel le prend sans réjpondre, et le jette sur son visage.

Ils retournèrent ensemble vers la maison : Sadoc venait au-devant deux. Il embrasse sa fille Kachel, il se plaint de sa longue absence , et la conduit vers sa famille , qui la redemande à grands cris. Nephtbali la quitte, s'éloigne, s'occupe de l'éviter, et cherche des ^ eux Eliczer.

Mais Eliezer s'était aperçu que son épouse et son frère avaient quitté la salle du festin. Cédant au besoin qu'éprouvait son cœur de se trouve*' toujours avec eux, il les avait suivis de loin; et, les voyant assis ensemble, il avait pris un long circuit, pour les rejoindre sans être aperçu. Ce n'était ni par méfiance , ni même par curiosité. Eliezer n'avait pas l'idée de surprendre les secrets d'un frère; il savait que ce frère si cher n'avait pas de secrets pour lui. L'heureux, le tendre Eliezer, sans projet , sans réflexion , se livrait à ce sentiment doux , à cette candeur confiante , aimable compagne de l'amitié , qui ne craint , jamais d'offenser parce qu'elle ne peut être

70 ELIEZER.

offensée , et se pormct iacilemcnt tout cequ tlle

pardonnerait.

Comme il s'approehait derrière le feuillage, il voit iVephthali donner à Rachel le voile qu'il portait dans son sein , et qu'Eliezer connaissait pour être celui de l'Israélite; il entend les derniers mots prononcés par Nephthali. Ces mots, ce voile lui découvrent tout. Elie- 7.cr apprend à la fois et les tourmens et la vertu de son frère, et le mallieur de Rachel. Il demeure morne, immobile, la tête penchée sur sa poitrine, les hras étendus vers la terre, appuyé contre le figuier. 11 ne voit, il n'entend plus rien. Ses jeux sont couverts de ténèbres. Son âme a perdu l'existence par la force de la douleur. Semblable à l'homme frappé de la foudre , il a vu 1 éclair et senti la mort.

Pendant ce temjis , Raciiel et son frère avaient regagné la maison de Sadoc. Lorsque Eliezer revient à lui , ses regards les cherchent (^n vain. 11 éprouve une horrible joie de se voir libre et solitaire. Il se traîne au bord du torrent , considère son onde écumante, en mesure la profondeur , et , tout à coup , s'abaudounant à son afl'nnix désespoir :

Dieu de bonté, s'écria-t- il , )e n'implore que ta justice. Si j'étais seul à souffrir, mon

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respect pour tes saints décrets me ferait supporter mes mau-î. Mais mon épouse, mais mon fi'ère ne sont malheureux que par moi. Ils le seront chaque jour davantage ; ils le seront tant que je verrai la lumière. Il n'est plus en mon pouvoir de refuser leur sacrifice ; il ne m'est pas permis de l'accepter ; il m'est défendu d'en gémir avec eux. Tout ce qui console la vie, l'amour, l'amitié, lu vertu, se réunit et se divise pour multiplier mes tourmens. O Dieu puissant I sois mon juge : mon frère veut mourir pour moi , sa mort me rendra plus à plaindre; la mienne iui donne {a paix.

Eliezer, à ces mots , va s'élancer au milieu du gouffre. Mais, dans ce moment, ses yeux égarés se portent sur sa maison , sur cette maison qu'habite son père, où le bon vieillard réleva , où il entend les chants de joie , les vœux qu'on fait au ciel pour lui. A cet aspect , il s'arrête , saisit d'une main le figuier sauvage, s assure un appui contre lui-même, et, contemplant ce siège de gazon où tant de fois , depuis son enfance , il s'est assis avec Nephthali , où tant de fois ils se sont juré de vivre , de mourir ensemble , Eliezer sent succéder à ses transports une tristesse plus calme. Eliezer n'a^-ait pas pleuré, les larmes coulent

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de ses veux; et ces larmes, qui le soulagent, lui rendent ses facultés , sa raison , sa douceur naturelle : Non, non, dit-il en sanglotant, non, je ne puis mourir ici. Je ne profanerai point par un trépas volontaire lasile de la nature , la retraite de l'amitié. Ce lieu où m'embrassa mon père, où mon frère m'a tant aimé, c'est un lieu saint, un lieu redoutable. La douleur la plus légitime n'a pas le droit d'en troubler la paix. Fuyons , fuyons , allons clicrcher, pour me livrer au désespoir, une terre qui ne soit pas celle du bonheur et de la tendresse.

liliez.er, d'un pas rapide, remonlc alors la rive du torrent. 11 trouve des quartiers de roc qui rendent aisé le jiassage , gagne l'autro bord, gravit la monlagne, et s'enfonce dan» le tiésert.

Cependant 'Nephtliali , surpris, cherchait et demandait son frère. Kacliel, Sadoc , Abdias, voyant les heures s'écouler, croyaient Elic/.er au labcruade, occupé de prier le Seigneur. Le jour a fait place à la nuit; et Wepluliali , som- ])re , inquiet, est revenu du tabernacle. 11 rctourne parcourir le champ , s arrête au figuier sauvage , appelle à haute voix Eliezer : il n'entend que le bruit de l'onde qui roule en se précipitant. Plus alarmé qu'il ne veut le

paraître, il interroge son père, sa famille , ses amis, presse ses questions avec impatience, n'attend pas qu'on lui réponde, Il s'agite, il court , revient , découvre enfin qu'on a vu son frère s'avancer au bord du torrent. Aussitôt l'ardent Nephthali , qui oublie à la fois Rarhel , et son amour et ses projets', ]irend ime longue branche de pin , l'allume au milieu du fojer, et, s'éclairant avec sa flamme , il s'élance, il vole aux deux rives.

Les jeunes lévites, amis, compagnons du malheureux Eliezer, imitent à l'instant son frère. Tous , portant dos bois allumés , suivent fie loin Nephthali , se précipitent dans les sentiers , gravissant les i-oches désertes. Ils se répandent dans les montagnes ; ils se dispersent en jetant des cris. Sadoc , Abdias, Hachel , demeurés sur 1 autre bord, écoutent ces cris douloureux : et les échos qui les répètent, la profonde horreur des ténèbres , le spectacle <!e ces icux errans promenés dans l'obscurité, tout augmente le saisissement , la terreur qui ginec leurs âmes.

La nuit se passe dans ces tristes soins , Kiiezcr n'est point retrouvé. Long-temps après le lever du jour, Nephthali , les cheveux épars, couvert d'une pâleur mortelle, les pieds déchirés et sanglans , revient auprès de Sadoc.

Klia«r., n

î4 ELIEZER.

Il sene sa main ; sans prononcer une pai-ole , il ne regarde pas llacliel. Debout, immob le, muet, il présente à ses compagnons la nourriture qvi'on vient lui offrir , rafraîchit seulement ses lèvres, s'enveloppe d'une peau de loup, prend son arc, ses ilèches terribles, et veut repartir à linstiint.

Mais on voit paraître un vieux pâtre portant dans ses mains qiielques vèlemens souillés de sable et de limon. Neplithali jette un cri d'effroi; le vieux pAtre s adresse à Sadoc : Kcconnaissez-vous, lui dit-il, l'habit que portait votre fils? En disant ces mots, il pose à ses pieds la tiare d'Eliezer et le manteau hyacinthe dont son frère lavait revêtu. Sadt'c, en les apercevant, tondic dniis les bras d'Abdias. ?.'cphiliali se jette sur le niauteau , y attache ses lèvres pâles, s'écrie ; O mon Irèrc ! ù mon frère! et perd la voix et le sentiment, nieulôt , revenant à lui-même, il ])rise son aie , sou carquois , ilécllire eu l;uidi('.ui\. su limiqiu;, et se; rapprochant du vieux p.Urc : Réponds, dit- il d'un accent laroaclie ; dau'^ quels lieux, dans quels monicus as-tu trouvé ces dépouilles.'' Ce matin, à l'aube du jour, reprend le vieillard effrayé , auprès de celle voche nue, d'où l'on voit tomber les eaux du

torrent ; la tiare était sur le bord , le manteau plus Ipin au milieu des ondes,

Nephthali regarde le pâtre , et lui fait signe de se retirer. Les jeunes lévites s'empressent autour du sombre Nephthali ; mais Nephthali les repousse, il demande qu'on le laisse seul. Les lévites, en gémissant, s'éloignent, s'en vont dans Silo répandre la triste, l'affreuse nouvelle de la mort d'Eliezer. Le peuple entier, qui l'aimait, jette au ciel des cris de douleur, se couvre la tète de cendre, se condamne à dix jours de deuil. Tout Israël pleure le fils du bieulaiteur d'I.sraèl. Hélas 1 le malheureux Sadoc , que Rachel rendait à la vie, entend ces accens lamentables. Il tombe à genoux, élève ses bras , et s'écrie d'une iaible voix : Elie/er ! Eliezer ! o mon cher Eliezer ! A ce nom , Nephthali accourt , se précipite dans le sein du vieillard, veut parler, ses sanglots l'oppressent ; il ne peut , après de longs efforts, que répéter avec son père : Eliezer ! Eliezer ! o mon cher Eliezer !

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