LIVRE I. i
montrait la terwj couverte d'épis, les montagnes , les eaux , les foi-êts , et , ramenant ses yeux vers le ciel , il lui faisait prononcer avec crainte le nom sublime de Dieu ; il lui disait que ce Dieu, juge et témoin de toutes nos ])ensées , ne demandait à l'homme que d'être bon pour le rendre à jamais heureux. Chaque matin et chaque soir il lui répétait ce précepte , lui expliquait par son exemple ce que c'est que d'être bon ; mais , sans égard pour la faiblesse , pour 1 âge du timide enfant , il le conduisait dans les neiges, le faisait gravir sur les glaces , exerçait ses jeunes mains à soulever le joug des taureaux , à caresser sans effroi ces animaux redoutables , à les lier à la charrue et la conduire avec lui.
Ce même enfant, grave, réfléchi, lorsqu'il travaille ou qu'il s'entretient avec Guillaume, n'est plus qu'un fils doux et timide , dès qu'en rentrant à la maison il court se jeter entre les bras de sa mère. Tendre, attentif, caressant, il cherche dans les yeux d Edmée le moindi'e désir qu'elle va former. 11 le pressent, le pénètre : Edmée ne l'a pas exprimé , il est accompli par Gemmi. O combien cet enfant si cher rendait heureuse sa'bonne mère! Combien de fois , en l'absence de Tell , dont le visage sévère désapprouvait tout excès d'un sentiment
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même légitime , Edmée , jiessant sur son cœur le jeune , l'aimable Gemini , lui répétait, avec le délire, l'ivresse de l'amour maternel : Mon lils , mon unique fils , c'est dans tes jour; que j'ai mis ma vie, c'est dans ton âme que mon âme existe. Sache-le bien , mon cher fils , sois-en sur, et, devant ion père, feins dr l'ignorer.
Tell joignait à tant de biens le bien le piu'nécessaire dans le boulienr et dans le malheur. Tell jiossédait un ami. Cet ami, ipresque de son âge, habitait parmi les rochers qui séparent Uri d'Underwald. La ressemblance de leurs coeurs , et non de leurs caractères , les avait unis dès l'enfance. Melctal , aussi pur, aussi brave , aussi généreux que Tell , aimait autant que lui la vertu , la liberté , la patrie ; mais son amour, moins réfléchi, moins concentré dans un foyer brûlant , était capable de grandes actions sans l'être de longues souffrances. Melctal, vif, bouillant, emporté, ne pouvait cacher un seul sentiment , exhalait dans ses jiaroles , épuisait dans un premier transport la passion ardente qui l'enflammail. Tell la réprimait au contraire, la nourrissait , l'augmentait, ne permettait pas à sa bouche , aux moindres traits tie son visage de l'exprimer, de la découvrir. Tous deux al)horraicnt