‹ Guillaume Tell, ou La Suisse libreChapitre 13 sur 52 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

bâton, tenait de la gauche le bras de l'inconsolable Claire. Il s'écriait à chaque pas : Tell, mon cher Tell, où es-tu ? et ses mains s'avançaient pour rencontrer Tell, et ses pieds heurtant contre les cailloux le forçaient de reprendre l'appui qu'il venait de quitter un instant.

Guillaume accourt, saisit le vieillard, le presse contre sa poitrine, le considère, jette un cri terrible ; ses cheveux se dressent, en ne retrouvant sur ce visage vénérable que la trace sanglante des yeux que ta fer vient de lui ravir. Saisi d'épouvante et d'horreur, Tell recule en chancelant ; il ne s'arrête qu'à un roc où il demeure à demi renversé. Edmée est évanouie ; Gemmi s'empresse de la secourir ; et Claire, rappelant Guillaume, lui montre le vieillard aveugle, et regarde le ciel en pleurant.

Tu t'éloignes, mon seul ami, s'écrie Melctal d'une voix défaillante, tu trembles d'être souillé du sang qui coule de mes plaies ! Ah ! reviens, reviens sur mon sein. Mon cœur, mon cœur me reste encore ; que je le sente du moins palpiter contre le tien ; que je puisse du moins m'assurer, en t'embrassant, en te

touchant, que les barbares qui m'ont privé des yeux ne m'ont pas ôté mon ami !

Pardonne, lui répond Tell en se précipitant dans ses bras, pardonne au premier mouvement de ma pitié, de mon horreur. O le plus vertueux des hommes ! ton malheur ne peut augmenter le respect que j'avais pour toi ; mais il augmente ma tendresse ; il rend plus fort, plus sacré le doux lien qui nous unit. Eh ! pourquoi, comment, dans quel lieu, ces méchans, altérés de crimes, ont-ils osé porter leurs mains sur la vieillesse, sur la vertu ? Que leur as-tu fait ? Melctal. Ton fils est donc mort en te défendant ! S'il voyait encore le jour, t'aurait-il abandonné ? t'aurait-il laissé sous la garde d'une faible et malheureuse fille qui ne peut, hélas ! que pleurer ? Mais c'est moi qui remplace ton fils ; c'est moi qui hérite aujourd'hui et de sa tendresse et de sa vengeance.

N'accuse point mon fils, répond le vieillard, ne juge point ton ami sans l'entendre. Asseyez-moi au milieu de vous ; que je te sente à mes cotés, Guillaume, que ma Claire ne me quitte pas, et que ton Edmée et Gemmi me prêtent une oreille attentive.

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Dinez-ruoi. le Mêlerai; retenez les

transports de votre tendresse, retenez :eu: votre ïolère. Ce matin, dans .e moment même tu. le dernier soleil jue mes yeux .raient : : es: venu dorer nos inontagnes, mon fils, el moi, nous étions aux chai

lier les zevï rs :' :- . : moisson \ m mi ri. s les entass le :u. r, tu deux génisses attelées levaient .es b

cet. un satellite eu cruel Gésier. Il v;en: koil à nous, foulent nos épis, arrive eu l'examine, et d'une insolente kacbe le

joug des génisses. De e r. droit, lui lit mon ri. s. m'enlèves-tti ces animaux, mon m rien, eue seule richesse, têtu: jui nourri

amille, et donnent à ton gouvernera le e que tu reçois ! Obéis, e pond .- soldat, et n'interroge pas tes maîtres. A ces

mots j'ai vu la fureur enflammer les yeux de mon fils. Il saisit le joug des ginisses détaché par le satellite, l'arrache de ses mains, le lève, et, retenu par mes cris : Barbare, dit-il, rends grâce à mon père ; sa voix, plus puissante sur le cœur d'un fils que la colère de la justice, m'empêche de purger la terre d'un ennemi de l'humanité ; fuis, lâche, hâte-toi de fuir ; tremble que ce champ ne soit le tombeau d'un vil agent de la tyrannie. Le soldat était déjà loin. Je tenais Melctal dans mes bras : Mon fils, lui dis-je, au nom du ciel, au nom de ton père et de ton enfant, dérobe-toi à l'heure même à la vengeance de Gésier ! je le connais, il est implacable ; il se baignera dans ton sang, il le fera rejaillir sur les cheveux blancs de ton père : épargne-moi, mon fils, mon cher fils, sauve-moi la vie en sauvant la tienne ?

Non, mon père, répondit-il avec l'accent de la piété, de la colère, du désespoir, non, je ne vous quitte point ! j'aime mieux mourir en vous défendant, que de trembler un instant pour vous. Gésier et toute sa puissance ne peuvent m'arracher des bras de celui qui me donna la vie. Je veux, je dois . M'o-

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