LIVRE II
sissant sa hache, il sort de la caverne à pas précipites, et prend le chemin de Stantz.
Les deux enfans, demeurés seuls, n'osent d'abord lever la vue l'un sur l'autre. Immobiles, la tête baissée, et se tenant encore la main, ils éprouvent un frémissement mêlé de joie, de bonheur, de crainte. Leurs âmes, agitées d'une foule de sentiments divers, ont peine à se remettre de tant de secousses ; leur pudeur naïve, enfantine, leur fait craindre pour la première fois de se trouver. ainsi solitaires. Gernmi, rassuré le premier, dit enfin d'une voix tremblante : Claire, vous êtes à moi ; depuis long-temps vous êtes instruite que Gernmi n'appartient qu'a vous. Mais le moment où nous sommes, les dangers que vont courir nos pères, nous défendent de nous occuper de nous-mêmes ; c'est a eux seuls que nous devons toute notre âme et tous nos momens. Partons, Claire, rejoignons ma mère, rendons-lui compte de notre voyage ; et lorsque mon père et votre vénérable aïeul auront confirme la bénédiction que vient de nous donner MelctaL alors j'oserai peut-être vous dire combien je suis heureux.
Claire, sans repondre, lui serre la main, 6*
sort aussitôt de la caverne, et tous deux reprennent la route qu'ils avaient déjà parcourue. Mais le soleil, quoiqu'à peine à la moitié de son cours, ne jetait plus qu'une lueur pâle à travers des nuages sombres. Un voile grisâtre dérobait partout l'azur du ciel, et des flocons de neige voltigeant dans l'air, semblables à la toison des agneaux que leur ont arrachée les ronces, venaient en s'augmentant du côté du nord. Bientôt un vent froid s'élève, et amène plus forte et plus rapide cette neige éblouissante. Elle tombe comme la pluie d'un violent orage. Elle remplit les sentiers, comble, dérobe les précipices, et fait baisser la paupière des malheureux voyageurs qui ne peuvent soutenir son impétuosité. Claire et Gemmi, forcés de s'arrêter, cherchent un abri sous des rochers. Le neige les atteint partout, la neige tombe sur leurs têtes. Gemmi s'alarme pour Claire ; celle-ci, pour le rassurer, sourit en se voyant couverte des flots qu'elle secoue et renvoie aux vents. La tempête s'apaise enfin ; les rayons d'or de l'astre du jour percent le voile qui le couvrait, et viennent se réfléchir sur les diamans de la neige. Les deux enfans se remettent en route,