‹ Guillaume Tell, ou La Suisse libreChapitre 22 sur 52 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

mais il ne trouvent plus leurs sentiers. Un tapis épais et blanc couvre les rochers et les précipices. Gemmi tient Claire par la main, et s'avance avec précaution. De son bâton il sonde la neige ; il ne permet à Claire de faire un pas qu'après s'être assuré qu'il n'y a point de péril. Claire, qui ne craint que pour lui, qui ne marche que sur ses traces, lui sert plus fortement la main, prête à le soutenir s'il tombait ; et cette marche longue, pénible, ces dangers toujours renaissans spnt mêlés de charmes pour la tendre Claire.

Forcés de prendre des détours, de suivre les bords des torrens, où la rapidité de Tonde a laissé la terre à découvert, les voyageurs consument le reste du jour, et n'arrivent que vers le soir non loin du village d'Erfeld. Gemmi se reconnaît alors ; il est sûr, en remontant la Reuss, de rentrer le nuit dans Altorff. Il encourage sa compagne, et la lune, qui commence à paraître, lui ôte la crainte de s'égarer encore. Plus tranquilles, ils suivaient tous deux la rive gauche du fleuve qui traverse le canton d'Uri, lorsqu'ils sont joints par un homme armé d'une longue arbalète, couvert d'un large manteau qui l'enveloppait tout en-

tier. La neige et la glace se distinguaient seules sur le bonnet qui lui servait de coiffure, sur son manteau, sur ses cheveux attachés ensemble par les frimas. Cet homme vint droit aux enfans, qui s'arrêtèrent à sa vue, et d'une voix altérée :

Mes jeunes amis, leur dit-il, vous voyez un chasseur égaré. J'ai perdu de vue tous mes compagnons ; je ne puis retrouver le chemin d'Altorff, où je suis sûr que mon absence a déjà répandu l'inquiétude. Pourriez-vous m'y conduire ? enfans. Votre zèle et votre secours seront récompensés par moi. La récompense est dans le service, lui répondit aussitôt Claire ; nous savons le chemin d'Altorff, et nous aurons autant de plaisir à vous ramener à votre famille que vous en auriez vous-même à nous rendre à nos bons parens. Suivez-nous, vous êtes certain d'être à la ville dans une heure. Le chasseur alors joint les deux enfans, et, les observant avec attention à la clarté de la lune, il marche en silence auprès d'eux.

Bientôt le chasseur, s'adressant à Gemmi : Jeune homme, dit-il, quels sont vos parens ? où demeurez-vous dans Altorff ? Je suis le

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