‹ Guillaume Tell, ou La Suisse libreChapitre 23 sur 52 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

fils d'un laboureur, répond Gemmi sans le regarder ; mon père n'habite point la ville. — Et dans quels lieux est sa retraite ? — - Dans les montagnes, au milieu d'un désert, où il cultive son champ, où il pratique la vertu. La vertu ! reprend le chasseur avec un sourire ironique ; je n'aurais pas cru que ce nom fût connu de vous à votre âge. C'est le premier nom que j'ai bégayé, répond Gemmi d'un ton de voix ferme. — Vous savez donc ce qu'il signifie ? — Je l'espère au 'moins. — Expliquez-le moi. — Trois mots suffiront : la crainte de Dieu, l'amour des humains, et la haine de leurs oppresseurs. — Et quels sont ces oppresseurs ? Les tyrans et leurs satellites.— En Suisse il n'est point de tyrans. Claire ne peut retenir un cri. Gemmi ne répondit point ; et le chasseur, la tête baissée, marcha quelque temps en silence.

Ils approchaient des murs d'AltorfT; déjà l'on voyait reluire les lances des gardes qui veillaient aux portes. Le sombre inconnu tout à coup demande à Gemmi d'une voix farouche : Comment s'appelle ton père ? Claire, tremblante, serra plus fortement la main de Gemmi. Celui-ci, pour qui e mensonge était

impossible, hésite quelques instans ; enfin, pressé par l'inconnu, il le regarde d'un air assuré. Nous avons bien voulu, répond-il, vous remettre dans votre route, mais c'est à quoi se bornera la confiance que vous inspirez. Vous ne saurez point le nom de mon père ; il n'est connu que de ses amis. Jeune imprudent, s'écrie alors le chasseur avec l'accent de la colère, ton père ne peut m'échapper, tu ne sortiras toi-même des fers que je te prépare qu'au moment où je connaîtrai ta séditieuse famille. Va, je sais découvrir les coupables aussi-bien que les punir.

A ces mots il arrive aux portes, prononce le nom de Gésier ; et les soldats, sortant aussitôt, baissent devant lui leurs lances. Qu'on saisisse ces deux enfans, leur dit l'atroce gouverneur ; qu'on les traîne dans la prison, et qu'on ait soin de m'amener les premiers habitans d'AltorfF qui se présenteront pour les réclamer.

On obéit ; Claire et Gemmi sont environnés par la garde ; sans pitié pour leur âge, pour l'état de faiblesse où leur pénible route les avait réduits, on les conduit dans le fort, où un cachot devient leur demeure.

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