LIVRE III
sous ses remparts. Les trois Cantons sont trop faibles pour renverser cette puissance de Gésier, qui s'appuie sur le colosse de l'Empire, qui possède plusieurs places fortes, dont le siège, quelque rapide qu'il soit, laisse le temps à l'Allemagne d'enfanter contre nous des armées plus nombreuses que tout notre peuple. Croyez à mon expérience. Assurons-nous de nombreux secours avant de tenter aucune entreprise. Pensez-vous que nous soyons les seuls animés de l'amour de la liberté ? Pensez-vous que Zurich, Lucerne, les habitans des montagnes de Zug, de Glaris et d'Appenzel, ne frémissent pas comme nous de se voir accablés de chaînes ? ]Ven doutez point, ces généreux peuples souffrent de la soif de l'indépendance ; ils feront un jour, mon cœur el prédit, un même corps avec nous, une seule république redoutée et respectée de tous les rois de l'univers. Avançons ces temps de gloire, envoyons des députés sûrs à Lucerne, à Zug, à Zurich ; rendons générale la conjuration ; fixons un jour, un jour sacré, où, à la même heure, dans toute la Suisse, tous les amis de la liberté attaquent à la fois leurs tyrans. Alors nous éclaterons ; alors Altorff se S
déclarera, et le gouverneur troublé, environné de peuples en armes, succombera sous nos efforts avant que ses courriers, partout arrêtés, puissent porter à l'empereur la nouvelle de ses périls.
Verner se tait, et Melctal murmure ; Melctal va combattre Verner, lorsque Guillaume prend la parole, et tous deux l'écoutent dans le silence. J'aime ton audace, dit-il à Melctal, j'excuse ta bouillante ardeur, mais elle nous serait fatale. J'honore ta prudence, Verner, mais elle aurait aussi ses dangers. Malheur aux saintes conjurations à qui le temps est nécessaire, et dont le secret n'est pas concentré dans un petit nombre de cœurs fidèles ! Une seule erreur, un seul mot, les plus légers accidens, renversent l'ouvrage de plusieurs années. Il ne faudrait trouver qu'un traître dans les villes nombreuses que tu nous proposes d'associer à nos desseins, pour remettre la patrie aux fers, pour voir périr dans les supplices l'élite de ses plus dignes enfans. Non, ne confions à personne nos généreux, nos sublimes desseins. Nous suffirons, je l'espère, pour fonder la liberté ; et lorsqu'Uri, Schwitz, Underwald, auront planté sur leurs montagnes