LIVRE III. S
terribles ; et toute la Suisse, émue par cette première victoire, viendra nous demander l'honneur de s'associer aux futurs combats.
Il dit, et Melctal se jette dans son sein, et baigne le héros de larmes de joie. Verrier luimême est persuadé ; Verner adopte son avis. Les trois libérateurs, sans se lier par de nouveaux sermens, inutiles à leurs grandes âmes, les trois héros se séparent, après s'être répété qu'ils ne se mettront en marche qu'au moment où le signal du feu leur sera donné par Guillaume. Melctal retourne dans Stantz se préparer avec ses amis ; Verner et Tell retournent à leur barque, traversent le lac ; demeuré paisible, et, parvenus sur l'autre bord, Verner prend la route de Schwitz, et Guillaume celle d'Altorff.
Il marche, en suivant la rive du lac. Il veut, avant de retourner auprès d'Edmée, visiter ses amis d'Altorff. les instruire de ses grands desseins. Le soleil brillait déjà, lorsqu'il arrive dans la ville. Il s'avance jusqu'à la place, où le premier objet qui frappe sa vue est une longue pique élevée, au haut de laquelle il distingue un riche bonnet brodé d'or. Autour de la pique des soldats nombreux se pro- S *
mènent en silence, et semblent garder avec respect ce nouveau signe de puissance. Guillaume s'avance étonné ; bientôt il voit le peuple d'Altorff se prosterner bassement devant ce bonnet, devant cette pique, et les satellites armés courber plus près de la terre, avec le fer de leurs lances, les fronts de ceux qui s'humilient. Maître à peine de son indignation, Tell s'arrête à ce spectacle ; il n'en peut croire ses yeux, il demeure muet, immobile, appuyé sur son grand arc, et regardant avec dédain ce peuple lâche et ces vils soldats.
Sarnem,6 qui commande la garde, Sarnem, dont le zèle féroce se plaît à surpasser les ordres qu'il a reçus du tyran, distingue bientôt cet homme, qui seul, au milieu d'un peuple courbé, lève une tête droite et fière. Il vole, le joint, et le regardant avec des yeux brûlans de fureur : Qui que tu sois, lui dit-il, tremble que je ne punisse ta lenteur à obéir aux ordres de Gésier ! Ne sais-tu pas la loi proclamée, qui oblige tout habitant d'Altorff à saluer avec respect ce signe de sa puissance ? Je l'ignorais, répond Guillaume, et je n'aurais jamais pensé que l'ivresse du pouvoir suprême pût en venir à cet excès de tyrannie et de démence.