LIVRE III
Mais il est justifié par la lâcheté de ce peuple. J'excuse, j'approuve Gésier ; il doit nous traiter en esclaves ; il ne peut pas assez mépriser des hommes assez bas pour se soumettre a des caprices aussi degradans. Quant a moi, je ne baisse mon front que devant la Divinité. Téméraire, reprend Sarnem, tu vas expier tant d'audace. Tombe à genoux, et desarme le bras qui va te punir. Le mien me punirait moi-même, lai dit Tell en le regardant, si j'étais capable de t'obeir.
A ce mot, et a un signe qu'a fait le cruel Sarnem, une foule de ses satellites se jettent aussitôt sur Guillaume. On lui arrache son arc, on le dépouille de son carquois. Environné de glaives brillans dirigés tous contre son sein, on le conduit, on l'entraîne au palais du gouverneur.
Tranquille au milieu des soldats, sourd à leurs menaces grossières, les bras croisés sur sa poitrine, Guillaume parait devant le tyran. Il le considère d'un œil dédaigneux, laisse parler sans l'interrompre celui qui se hâte de l'accuser, et. dans un silence impassible, attend que Gésier l'interroge.
Son air, son front, son visage calmes, eton-
nent, troublent le gouverneur. Une terreur involontaire, un pressentiment secret semblent l'avertir qu'il voit devant lui celui qui doit punir ses crimes. Il craint de fixer sur lui ses regards, il hésite à l'interroger ; enfin, d'une voix altérée : Quel motif, dit-il, a pu te porter à désobéir à mes ordres, à refuser au signe, quel qu'il soit, de mon pouvoir, le respect, l'hommage que tu me dois ? Parle, défendstoi, je peux pardonner. A ce mot, Tell le regarde avec un sourire amer : Punis-moi, lui répond-il, et ne me demande pas ma pensée. Tu n'entendis jamais la vérité, tu ne pourrais la soutenir. — Je veux l'entendre de ta bouche ; je veux que tu m'instruises toi-même de mes fautes et de mes devoirs. — Je n'instruis point les tyrans ; mais l'horreur que m'inspire leur présence n'ôte rien à mon courage ; mais je leur rappelle leurs crimes, et je leur prédis leur sort. Ecoute-moi donc, Gésier, puisque tu consens à m'entendre.
La mesure est bientôt comblée ; la coupe du malheur, que le ciel irrité contre nous voulut remettre dans tes mains, déborde de toutes parts. Dieu épuisa sur nous, par tes mains, tous les traits de sa colère ; sa justice va te