‹ Guillaume Tell, ou La Suisse libreChapitre 44 sur 52 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

bras du vieillard, qui de l'autre main s'appuie sur Claire, et, descendant avec eux de la montagne escarpée, elle prend le chemin d'Altorff. Pendant qu'au milieu du vaste silence que la terreur répand dans la ville, le vieillard, l'épouse, l'enfant malheureux, vont frapper à la porte de leurs amis ; les feux allumés par la main d'Edmée s'augmentent et gagnent le chaume qui formait seul le toit de la maison. Le chaume s'allume et pétille ; la flamme devient plus brillante, jette autour d'elle une vaste lumière, et se distingue au loin dans les airs. Verner l'aperçoit dans Schwîtz ; le bouillant Melctal, que Gemmi n'avait encore pu rejoindre, tressaille de joie à cette vue ; et Furst, au milieu d'Urseren, ne doute point que Guillaume, à la tête des braves d'Altorff, ne l'appelle à son secours. Ces trois chefs, dans le même instant, s'arment, sortent de leurs demeures, vont chercher leurs amis fidèles, les appellent à la liberté. Leurs amis s'éveillent, saisissent leurs armes, se rassemblent dans le silence, se forment en bataillons ; et, des trois côtés, presque au même instant, les trois chefs marchent vers AltorfF, suivis d'une troupe faible par le nombre, mais forte par le courage, mais résolue à périr ou à délivrer son pays.

Tous précipitent leurs pas ; tous retardés dans leur marche par les neiges, par les torrens, par les chemins non frayés, tremblent d'arriver trop tard à ce fort, ce fort redoutable qu'il faut attaquer à la fois, qu'il faut prendre avec le tyran. Mais le tyran, inquiet, alarmé des mouvemens qu'il a vus dans le peuple, craignant pour son prisonnier, tremblant pour sa propre vie, avait déjà pris de nouvelles mesures, dont une seule rendait vaines toutes celles des trois conjurés. Gésier, au déclin de ce même jour, réfléchissant que sa forteresse, remplie de nombreux soldats, n'avait pas assez de vivres pour soutenir un long siège, craignant, non pas de se voir forcé dans cet asile imprenable, mais de ne pouvoir communiquer avec le reste de son armée répandue autour de Lucerne ; Gésier avait fait appeler Sarnem pour lui donner cet ordre nouveau :

Ami, lui dit-il, je quitte ces lieux, où tu commanderas en mon absence. Je te laisse mes braves soldats, qui n'obéiront qu'à ta voix. Ce vil peuple, que je dois punir de son insolent murmure, sera bientôt écrasé par les renforts que je vais chercher. Fais-moi préparer une grande barque, où cinquante hommes,

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