‹ Guillaume Tell, ou La Suisse libreChapitre 48 sur 52 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

qu'il retourne aux mêmes lieux d'où il est parti. Guillaume continue sa marche ; la nuit presque entière s'écoule ; mais il est rentré clans le lac d'Un, mais il aperçoit la lueur mourante du signal donné sur le mont d'Altorff. C'est cette lueur qui lui sert d'étoile ; il connaît le lac des long-temps ; il en évite les écueils, et s'approche pourtant du rivage qui borde le canton de Scbwitz ; il pense à Verner, il calcule que Verner doit être en marche, et que les chemins encombrés de neige le forceront de côtoyer le lac. Dans ce faible espoir, il navigue, en feignant d'ignorer les lieux où la tempête pousse la barque, en augmentant les terreurs de Gésier et de ses soldats.

Enfin l'orient se colore, et la tempête semble s'apaiser aux premiers rayons de l'aurore. Le jour naissant découvre à Tell les roches voisines d'Altorff, avant que le tyran, qu'il craint, ait eu le temps de les reconnaître. Guillaume y dirige sa barque et la fait marcher plus rapidement. Gésier, dont la férocité revient à mesure que le danger s'éloigne, observe Guillaume avec des yeux sombres. Il veut, il n'ose pas encore le faire charger de liens. Ses soldats et ses matelots reconnaissent bientôt où

ils sont, en instruisent le gouverneur, qui, s'avançant vers Tell avec colère, lui demande d'une voix terrible, pourquoi la barque qu'il a guidée a repris le chemin d'Altorff. Guillaume, sans lui répondre, pousse la barque droit à un rocher peu éloigné de la rive, saisit d'une main prompte l'arc et la flèche qu'un archer tenait à la main, et, rapide comme l'éclair, s'élance de la barque sur le rocher. Là, sans s'arrêter, il bondit comme le chamois des montagnes, saute sur un autre roc, qui le fait voler au rivage, gravit aussitôt la roche escarpée, et se montre sur le sommet, semblable à l'aigle des x41pes quand il se repose auprès des nuages, et qu'il promène ses yeux perçans sur les troupeaux des vallons.8

Le gouverneur, étonné, pousse un cri de fureur, de rage. Il commande aussitôt qu'on débarque, et que ses soldats dispersés environnent de toutes parts le roc où il voit le héros. On obéit ; les archers descendent et préparent déjà leurs arcs. Gésier, qui marche au milieu d'eux, veut que leurs flèches réunies s'abreuvent toutes du sang de Guillaume. Guillaume aussi a ses desseins. Il ne s'arrête, il ne se montre que pour attirer l'ennemi. Il laisse

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