‹ Guillaume Tell, ou La Suisse libreChapitre 49 sur 52 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

approcher cette troupe armée jusqu'à la juste distance où le trait qu'il tient peut donner la mort. Il regarde, fixe Gésier, pose sa flèche sur sa corde, et, l'adressant au cœur du tyran, il la fait voler dans les airs. La flèche vole, siffle, frappe au milieu du cœur de Gésier. Le tyran tombe, vomit un sang noir, bégaie sa fureur, sa rage ; et son âme atroce s'exhale au milieu des imprécations. Guillaume a déjà disparu ; Guillaume, plus léger que le faon, s'est précipité du sommet du roc ; il court, il vole sur la glace ; il gagne, traverse des sentiers déserts, et prend le chemin d'AltorfF.

Bientôt il trouve dans la neige les traces récentes des nombreux amis que Verner, dans cette nuit même, a fait partir avec lui de Schwitz. Guillaume les suit, il court, il approche, et le tumulte, les cris, le bruit éclatant des armes, viennent de loin frapper son oreille ; il vole, arrive sur la place ; elle est pleine, elle est occupée par trois bataillons de héros. Verner, à la tête des guerriers de Schwitz, veut que l'on s'assure des portes avant de commencer l'attaque du fort ; Furst, avec les braves d'Uri, sollicite le poste le plus dangereux ; Melctal, suivi des troupes d'Underwald, agite

dans l'air sa pesante hache, et demande à grands cris l'assaut. Gemini qui ne le quitte point ; Gemmi, armé d'une longue lance, prononce le nom de Guillaume, demande son père à tous les soldats, et montre de loin la prison où il croit encore qu'on retient Guillaume. Le vieux Henri, Claire, Edmée, se mêlent aux braves soldats, parcourent les rangs, les diverses troupes, et pressent l'instant de l'attaque.

Tout à coup Guillaume paraît au milieu des trois bataillons. Un cri général retentit et se prolonge dans les montagnes. Un silence profond lui succède. Tous attendent l'ordre de Tell, tous veulent obéir à lui seul. Amis, s'écrie le héros, Gésier n'est plus ; cet arc, cette main viennent de punir ses crimes. Le corps de Gésier, étendu sur le rivage du lac, est entouré de vils satellites que la terreur disperse déjà. Rien n'est à craindre du dehors. La patrie est vengée, mais elle n'est pas libre. Elle ne le sera jamais tant qu'il restera une seule pierre du fort qui frappe vos regards. Attaquons ce fort redoutable, seule espérance, seul secours des féroces Autrichiens. Que nos trois troupes montent ensemble ; que les plus braves marchent les premiers.

Page 1