LIVRE IV
11 dit, et, de sa main gauche saisissant le drapeau d'Uri, il prend de la droite une hache, et s'élance vers la montagne. Furst et sa troupe le suivent de près ; Schwitz et Verner se précipitent ; Melctal avec Underwald est déjà à moitié chemin, et Gemmi s'avance à côté de son père. Sarnem les attend ; Sarnem se prépare. Une nuée de flèches, de traits, part aussitôt du haut des remparts. Les braves assaillans méprisent ces flèches : elles n'arrêtent point leur course ; ils montent, sans y répondre, avec leurs arcs. Ils parviennent au pied des murailles. Alors le terrible Sarnem, à un signal qu'il donne aux siens, fait précipiter des créneaux une foule de rochers, de pierres, que suivent la poix et l'huile bouillantes. Les braves des trois Cantons sont partout atteints, renversés ; l'huile les consume sous leurs vêtemens. Us expirent au milieu des douleurs aiguës ; ils mordent la pierre en jetant des cris ; mais ces cris sont encore pour la liberté. Les mourans, malgré leur supplice, exhortent, excitent leurs compagnons, les encouragent à marcher sur leurs corps, à s'en faire des échelons pour arriver au haut des remparts. Les Autrichiens insultent à
leurs maux ; Sarnem, placé entre deux créneaux, rit de leurs impuissans efforts ; Sarnem anime ses soldats, et sa présence, son courage prolongent long-temps cette vive attaque.
Guillaume, au milieu des morts, des mourans, montait toujours d'un air intrépide ; mais, tout à coup alarmé du grand nombre de soldats qu'il perd, il s'arrête, appelle Melctal, et, se reprochant d'avoir trop écouté les conseils de la seule valeur en faisant une attaque unique, il l'exhorte, il lui commande de se retirer du combat, d'emmener avec lui ses braves, et d'aller attaquer le côté de l'est, tandis que Verner et lui-même redoubleront de fureur pour empêcher l'ennemi d'apercevoir ce mouvement. Melctal obéit ; Guillaume et Verner redonnent un nouveau signal, poussent des cris plus forts encore, et Sarnem et ses satellites, occupés du nouvel assaut, réunissent tous leurs efforts pour résister à Guillaume. Pendant ce temps, Melctal et les siens volent, arrivent à la porte de l'est, mal défendue par un faible poste. Melctal la frappe de sa hache ; Melctal fait apporter du feu : la porte brûle, et Melctal s'élance ; Melctal pénètre dans le fort avec ses amis d'Underwald. Tout