‹ Guillery comedie en trois actes, en proseChapitre 47 sur 55 · ACTE 111, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE 111, SCÈNE IV

Vous ferez un joli métier! vous, si bien faite pour aimer et pour être aimée, vous végéterez comme un rosier sur une fenêtre, à l'ombre d’un procureur! Vous ne connaîtrez jamais les folles escapades, la douceur du danger, la saveur (âpre et délicieuse du fruit défendu ! 11 est un monde charmant, en dehors des lois, des conventions et de la routine, un monde tout peuplé de plaisirs, tout frémissant de caresses , tout retentissant de baisers; un monde plus nouveau que l’Amérique, plus riche que l’Australie, un monde infini en étendue et en beauté ; et vous renoncez à le connaître, quand, pour y entrer de plein pied, vous n’auriez qu’à me suivre et me donner la main!

( La fenêtre d'Isabeau s’éclaire.)

GUI LLF.METTE.

Sans doute c’est un pays charmant, mais vous y feriez une étrange figure si vous vous y promeniez comme un anglais au bois de Boulogne avec une femme à chaque bras.

Mais, il n’y a pas d’autre femme que vous; vous êtes la seule femme! Depuis que je vous connais, je ne regarde les autres femmes que comme des curiosités d’histoire naturelle : des hommes femelles!

GUII.LEMETTE.

Et lsabeau!

Encore ! Pourquoi me parlez-vous d’Isabeau? quand je ne

parle que de VOUS? (lsabeau sort de chez elle et vient écouter.) Cette

petite main blanche est-elle la main d’Isabeau? Ce cou frissonnant qui rougit sous mes lèvres, est-ce le cou d'Isabeau? Cette taille, que je serre entre mes dix doigts, est-ce la taille d’Isabeau? Guillemette!

G U I LL EM ETJ.E, se défendant à peine.

Laisse-moi, Guillery!

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