‹ Guillestre et ses environs: aperçu historiqueChapitre 2 sur 68 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

Le bassin de Giiillcslrc avant Tère tienne. — Voies et chemins. — Troui areliéolo;^iqiies. — Lig^nres. — Beliov( Annibal. — Catiirig^es et Gapillati. — et Donnus. — Auguste et Cottius.

Bien que le nom de Guillestre n'apparaisse d documents qu'à une époque tardive (en 1118;, c dire que son histoire commence avec celle de^ Occidentales. A cause de sa silualion, au point do des régions liisloriques de TEmbrunais, du Brianr du Queyras et de la vallée de Barcelonnetle, le ba Guillestre, dès l'antiquité la plus reculée, a été occ

traversé par des peuplades dont on rencontre les vestiges un peu partout. Le nom de ces peuplades n'est pas facile à déterminer, mais leur existence ne saurait être mise en doute.

En général, ou peut dire que c'est par le bassin de Quillestre qu'ont eu lieu la plupart des grandes migrations ligures, celtiques ou gauloises, qui, à diverses époques anciennes, ont pénétré d'Italie en Gaule ou de Gaule en Italie.

Le territoire actuel de Guillestre était traversé, comme il l'est encore aujourd'hui, par plusieurs voies ou chemins très importants, savoir :

1° La voie de Milan à Arles ou voie de Cadix à Rome, par le Mont-Genèvre, dont le tracé est parfaitement connu, grâce aux Vases Apollinaires (PMI^ siècles), à la Table de Peutinger (id.), aux itinéraires d'Antonin (IP siècle), de Bordeaux à Jérusalem (333), à la Cosmographie de Ravenne (IX® siècle), etc. *). Les stations de cette voie, dans cette partie des Alpes, étaient : Briançon, Brignntiuyn, Briganlio, mansio Byrigantiumj Brincatione.,,;Rsime, Rama, i?ama^...; Embrun, Eburodunum, mansio Ilebridunum, Ebredunumy Ebruno, etc.').

20 Le chemin du Queyras, ouvert sur l'Italie par les cols d'Abriès, de La Croix, de La Traversette ou du Viso, deL'Agnel, et ceux de Ceillac. Il se détachait de la grande voie du Mont-Genèvre, sur le territoire de Guillestre, près du confluent de la Durance et du Guil, dont il suivait le cours, en le remontant.

30 Le chemin de Vars, qui, par Saint-Paul-sur-Ubaye, donnait accès, d'un côté, aux nombreux cols de Maurin (col Longet, col de Mary) et, de l'autre, au col de Larche ou de L'Argenlière.

4® Le cliemin de Freyssinières, qui, des environs de Rame, se dirigeait vers la vallée du Drac et le Ghamp-

*) Desjardins, Géographie de la Gaule romaine, t. IV, 1893, "passim^ p. l et suiv.

'j Dôsjardins, ibid. p. 208 ; Corpus^ t. xii, p. 646.

saur, eu passant par divers cols (des Terres-Blanches, des Eslaris, etc.), aboutissait au Forest-St-Julien, et, de là, se rendait dans la vallée de l'Isère.

Or, le long de ces voies ou chemins variés, et malgré les bouleversements causés par les torrents et les inondations, des débris archéologiques nombreux et du plus haut intérêt ont été recueillis à diverses époques, surtout au XIX« siècle; d'autres, d'une importance capitale, sont encore en place, telle la précieuse inscription des Escoyères. Il n'est pas hors de propos de signaler quelques-unes de ces découvertes archéologiques. Ce sont autant de matérinux de notre histoire primitive, autant de précieux documents que le sol nous a conservés, qu'il nous livre de temps à autre, et qu'il importe de faire connailre.

Non loin de Rame, à Freyssinières, M. le pasteur B. TouRNiER a recueilli une hachette polie en serpentine ; un épais bracelet en bronze, orné de stries en forme de chevrons ; un torques en argent massif, de la plus grande beauté, le seul aujourd'hui connu en cette matière*).

A Ghancella, M. Tournier a recueilli encore, trouvés dans une grotte : une hachette en serpentine ; une hache en bronze ; une lame de poignard ; une dent d'ours perforée ; un bracelet et un torques en bronze^).

A Réotier, lors des travaux de l'établissement du chemin de fer, dans la tranchée des sources de la Pisse, on rencontra un grand nombre de monnaies romaines, en partie conservées au musée de Gap. Elles sont de Tibère (14-37 après J. -G.), d'Antonin (138-lGl), de MarcAurèle (161-180), de Commode (180-192), de Gallien (-^60-268), de Numérien (284), de Maximien -Hercule (286-292), de Maxence (306-312), de Constantin (306-337), de Crispus (312-326), de Magnence (350-353), etc.»).

*) B. Tournier, Essai d'un inventaire d*archéologie préhistorique du dép, des Hautes-Alpes. Toulouse, 1878, in-8% p. 145-162; — *Ern. Chantre, Premier Age du Fer, Paris, 1880, in-4», passim^ surtout pi. VII.

*) Tournier et Chantre, locis cit.

3) Dupont-Delporte, Bull, soc, d'étUd, des Hautes-Alpes, 1890, p. 105-6 et p. 218-9.

A St-Glément, dans une vigne de ma famille, une hache en bronze.

A Risoul, des tombes en pierres brutes, renfermant des squelettes portant des anneaux nombreux aux bras et aux jambes.

Mais c'est surtout dans le territoire de Guillestre que les trouvailles en objets archéologiques ont été abondantes. Pendant plus de 25 ans, le cimetière ou nécropole de Panacelle a produit un nombre extraordinaire d'objets variés : bracelets, fibules, chaînettes, boutons plats ou coniques, épingles, pendeloques, perles et anneaux en verre. La plupart de ces objets, découverts, tout d'abord fortuitement, par le père Pascal, de Peyre-Basse, et par divers membres de sa famille, et recueillis par le professeur Edward Barry, sont aujourd'hui au musée de Toulouse*). Deux tombes, retrouvées par M. Chantre, avec leur mobilier funéraire, ornent le muséum d'histoire naturelle de Lyon*). Quelques bracelets et autres débris recueillis par M. Tournier et faisant partie de sa riche collection, ont été récemment légués par lui au musée de Gap 3), ou bien sont restés à Genève.

Un certain nombre d'objets, en tous points semblables à ceux de Panacelle, ont été mis à jour à Peyre-Haute, à Maureisse, à La Madeleine et tout le long de la route de Vars. Us sont aujourd'hui confondus, avec ceux de Panacelle, dans les collections de Toulouse, de Genève ou de Gap. De plus, vers 1845, les frères Garnier, de Maureisse, ont rencontré, sous des amas de pierres ou clapiers, quatorze vases en terre ou toupinSy remplis de cendres et de débris de bronze, parmi lesquels des bracelets et un torques en bronze semblable au torques en argent, trouvé quelques années après à Freyssinières. Vers 1856, ils

*) Cf. p. Guillaume, La station préhistorique de Panaclle... Bordeaux, 1878, in-8», de 56 pag^.s, p. 51-2.

2) Cf. Chantro, Premier âge du Fer^ 1880, planche du frontispice.

^) LcUre adressée, le 15 sopt. 1901, par M. Tournier à « MM. l'abbé Guillaume et D. Martin, conservateur du Musée, à Gap », ot Ijste des objets donnes, dressée par M. Tournier, à la même date.

rencontrèrent encore, dans les champs situés au-dessii^ de leur habitation, un certain nombre de monnaies romaines. Celles-ci furent alors remises, partie à M. Bert conseiller général, et partie à M. Garnier, curé prêtre de Guillestre. J'ignore ce qu'elles sont deven

Plus récemment, lors des nombreuses rectificati( la route de Vars, des monnaies romaines ont été tn aux abords du hameau de St-Marcellin et le long de Vars, près des petits lacs.

D'autres trouvailles ont été faites au-dessus du de Guillestre, dans la direction du Queyras, et maintes reprises. En 1857, les domestiques de M. 1 Court, en labourant, aux lieux dits Champ Cheva Gramison, ont rencontré des tombes en pierres, i mant des squelettes, dont les bras et les jambes ( c< chargés d'anneaux en bronze ». Semblables décou ont été faites, en 1860, par MM. Louis Court et L; Eyme, en creusant un canal d'arrosage, au quart Serre- Joug la7\

La grande quantité de ceè trouvailles s'explique ] tement, si Ton considère la situation topographie Guillestre, lieu de passage très fréquenté entre l'It la Gaule, centre stratégique de premier ordre et qn les époques les plus reculées, a joué un rôle anah celui que Mont-I)auphin a, de nos jours, sur notre tière du Sud-Est.

D'après les travaux de MM. Chantre, Tournier très, la plupart des objet recueillis à Panacelle, à 1 Haute, à Maureisse, à Champ-Chevalier, à Gramiso Serre Jouglar, datent de la première période de râj fer*), période généralement connue sous le n( IlalsicUiienney correspondant aux IXe-V« siècle J.-C.

Il est aujourd'hui généralement reconnu qu'à époque le sud-est de la Gaule était occupé par les

•) La station prêhist. de Pananelle^ p. 51 j Chantre, Premier Fer, 1880, n. 4-5.

res. « Les découvertes archéologiques, dit Oberzîner,

conduisent à cette conclusion que, dans la région des

Alpes Occidentales, les diverses étapes de la civilisation se

succédèrent dans cet ordre : civilisation Ibéro-Ligure ou

mnze ou Italique;.., premier âge du

et, enfin, Gallique, avec influence

le »*).De son côté, Ernest Desjardins,

t de leur séjour dans le sud-est de la

présence y est constatée dès le IX«

)•). Ils avaient dû y pénétrer par la

Elhôneou les défilés des Alpes') ».

s aux environs de Guillestre confir-

(VP siècle av. J.-C), les Gaulois, Bellovèse, envahirent Tltalie. « Ils des Tricastini (Drôme) et pénétrèi pays des Taurini et les cols de pes Juliennes ou Gottiennes*) ». Ils ce, suivre le cours de la Durance et uée actuelle de St-Glément, dans le Vfais, comme Oberziner le fait remar- Irent que traverser les Alpes, sans nt ligure continua à y dominer*), ant du passage des Alpes par l'ar- 'Annibal (218 ans av. J.-G.). Sans le question « dont on a déjà beauus pouvons affirmer, avec Cibrario, tentivement les récits de Polybe, de les autres historiens anciens, sera

) contre i popoli Alpini. Roma, Loescher, innales des Alpes, IV, nov.-déc. 1900,p. 115. s, cité par Strabon (VII, III, 7).

i>, hist. et admin. de la Gaule romaine^

Uusque Juliae Alpis transcendendo... (Tite- 'Alpis Julia^ plus tard Alpis Cottia, désigne s voisins, de l'Echelle, de Oranon nt autres , p. 202 et suiv.).

convaincu que le seul passage possible, à travers 1 de Tarmée d'Annibal a été celui du Mont-Genèvn pour arriver à ce col célèbre, Annibal n'a pas si tre chemin que celui de la Durance, et cela à c difficultés insurmontables qu'il aurait renconti tout ailleurs, surtout avec ses éléphants, soit le la vallée de la Romanche, soit le long de la -^ rubaye, soit, enfin, le long de la Combe du Guil *

Mais laissons cette question trop ressassée et aux Ligures.

Les peuplades Ligures des Alpes portent, di toire, différends noms, plus ou moins célèbres, maient souvent ensemble de petites confédérati exemple : la confédération des Caturiges, avecC Embrun pour villes principales ; celle des Capil Pline') et Dion') nous ont conservé le souvenir, niers, suivant Lucain *), étaient ainsi appelés, à la coutume, qui était spéciale à l'origine à tous le et fut ensuite particulière aux Ligures occide: laisser croitre leur chevelure ^).

*) Ost par QuUlcstre et le Queyras qu^IiiBBRT-DBsai entrer Aonibal ea Italie (Tite-Live, édition Didot, 1860, t. suiv.). Charles Ghappuis, par contre, le fait passer par le col de Maurin (Étude archéologique et géographique sur U Bareelonnette, Paris, Aug. Durand, 1862, in-S», de 92 p. et Le D^ Ollivibr (Étude géograph, sur quelques peuples Digne, Vial, 1870, in-8» de 32 p.) le fait franchir le col de de L'Argentière. D'autres font remonter à l'armée d'Annil de la Romanche, ou même celles de TArc et de l'Isère, Avec Polybe et Tite-Live, nous croyons que c'est la route de qu'Annibal a suivie, après avoir parcouru celle de l'Isère, franchi les Saltus Tricorios (col Bayard et col de Manse) ver à la Durance par Chorges. Gfr. Dbsjardins, t. I, 187( 295 ; Oberziner (19Û0), p. 152, note 7, et p. 160.

•) Populi Inalpini multis nominibits, sed maxime Capi nat. liv. III, 47); Capillatis, Alpium incolis {ïh. XI, 130).

8) Livre LIV, 24.

*) Livre I, 442 et suiv.

6) Par là, ils se distinguaient de leurs compatriotes de Ligures Montant, qui formaicut quantité de tribus établies littoral de la Méditerranée et des Apennins (Cicéron, A g Tite-Livo, XL, 41 ; Oberziner, op. cit,^ p. 117).

Le souvenir des Gaturiges est rappelé par Jules César, au début de ses Commentaires. Lorsque le célèbre général romain, en Tan 58 avant J.-C, voulut franchir les Alpes, à la tote de cinq légions, afln d'aller s'opposer dans la vallée du Rhône, à la marche des Helvètes qui prétendaient se rendre dans Touest de la Gaule, au pays des Sanlones.W rencontra, aux environs duMont-Genèvre,les Caturiges, les Graiocelli et les Ceutrones, qui s'opposèrent énergiquemeni à son passage et auxquels il fut contraint de livrer plusiers combats meurtriers*). Grâce aux secours que lui accorda, en cette circonstance, Donnus, souverain de petits états, situés dans la vallée de la Dora Riparia, sur le versant italien des Alpes, César put mettre les confédérés en complète déroute et se rendre ensuite, par la vallée delà Durance, au pays des Yoconces^).

César récompensa magnifiquement Donnus : « Non seulement, dit Oberziner*), il lui accorda le titre d'ami et d'allié du peuple romain et l'admit dans sa clientelle, jouissant, comme tel, du droit de citoyen romain ; mais il agrandit encore considérablement ses états : il lui donna la majeure partie de la Haute-Durance et de ses affluents, en sorte que les états de Donnus doublèrent alors d'importance et s'entendirent sur les deux versants des Alpes. Les Medulli (environs de Modane), Uceni (vallée de roisans), Bricianii (Briançonnais), Quariates (vallée du Queyras), Savincates (habitants du canton de Savines), Ca^wr^*^e5 proprement dits (Embrun et Ghorges), Avaniici (vallée de l'Avance et environs de Gap), Adanaies ou Edenates (environs de Seyne), Ne^naloni (environs de Méolans ?), Veamini (vallée de Fours ?), Esubiani ou Vesubiani (Haute-Ubaye) , Ectini (Ubayetle?) furent complètement soumis à Donnus. Cela résulte d'une façon à peu près certaine de l'étude attentive et comparée des

«) De bello gallico, I, 10. Desjardins, II, 603-4

*) Ab Ocello.». in fines Vocontiorum ulterioris provincice die septimo pervenit (César, loc. cit.).

3) Oborzincr, Le guerre di .-iugusio, p, 159.

célèbres inscriptions de Tare de Suse et du trophée d'Auguste ou de la Turbie*).

Évidemment les habitants du bassin deGuillestre furent alors (58 avant J.-G.) soumis, eux aussi, à Tautorité de Donnus. Nous en avons la preuve, à mon sens, dans le monument des Escoyères^), petit hameau de la commune d'Arvieux, presque limitrophe du territoire de Guillestre, dans la combe ou gorge du Queyras. L'inscription des Escoyères, aujourd'hui classée comme monument historique, et Tune des plus intéressantes existant en France, est d'une importance capitale pour l'histoire des peuplades des Alpes. Malheureusement elle est incomplète. Les seuls fragments qui en restent forment le linteau des deux portes de la chapelle de Ste-Madeleine des Escoyères. En rapprochant le texte fourni par les deux fragments, on obtient la leçon suivante 3) :

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