IV. — Chemin de Vars
[)u route de Vars a eu, dès les temps les De réelle importance. C'est ce que prouvent trouvailles d'objets archéologiques faites , à Panacelle, à Maureisse, à St-Marcellin, le Vars. Ces précieux documents sont du X fer et de l'époque gallo-romaine. Comme ) route mettait en communication le bassin avec celui de la Haute-Ubaye, et, de là,
s-Alpes, série S 1, n» 16. Cf. G 8, no 8 a et b. Bourciep et Robert ViUan, Guide illustré du Brian- 2. p. 119.
pouvoit eslre surmonté par le courage, et par le travail et par Tindustrie de Fart ».
Le roi adjoignit à Trivulce le navarrois Odet de Foix, sgr de Lautrec, qui s'était couvert de gloire à Ravenne (1512) et qui mourut maréchal de France à Naples en 1528. Convaincu par les arguments de Trivulce, Lautrec approuva complètement les projets du « grand mareschal milanois ». Tandis que Bayard, par Guillestre, la Combe du Guil, le col Agnel et Château-Dauphin, avec son infanterie et 500 gendarmes d'ordonnance, pénétrait en Italie et allait surprendre Prosper Colonna à Villafranca, l'ingénieur espagnol Pedro Navarro, « l'inventeur de l'emploi de la poudre dans les mines »*), faisait exécuter, à Vars et dans la Haute-Ubaye, de grands travaux pour la conduite de Tartillerie').
La route de Vars présentait surtout de très grosses difficultés à la montée qui existe entre Peyre-Haute et Maureisse. Navarre fit miner le rocher connu sous le nom de Peyro Escricho (Pierre écrite), un peu avant d'arriver à Maureisse, et élargir le sentier afin de faciliter le passage des canons traînés par des attelages de 23 chevaux. A partir de Peyre-Haute, la roule s'élevait en ligne droite sur la croupe qui séi)are les abrmes au fond desquels coulent, à droite et à gauche, les torrents de Chagne et de Rioubel ou d'Escrens, à une profondeur de plusieurs centaines de mètres.
J'ai parcouru et suivi, maintes fois, dans ma jeunesse, celte roule très raide, très ardue, par laquelle passa la grosse artillerie de François I" et, plus tard, celle du duc de Savoie et de ses alliés, ainsi que celle des armées de la Révolution... J'ai examiné, maintes fois, avec curiosité, à Peyro Escricho, les traces, très remarquables, de ces gros trous de mines, qui ont parfois If^lO de long et qui sont encore parfaitement visibles aujourd'hui; mais sans me douter qu'elles sont peut-être
*) Perreau, Vépopée des Alpes, p. 185.
les premiers vestiges aul poudre dans les mines, e
D'après les documents le franchit le col de Vars le ii
Les archives de Guillesl ments, surtout anciens, rel l'indication de ceux, de pi cernent cette importante la vallée de l'Ubaye et niai
15?5, 14 déc. Les consuls ment de Grenoble et au | plaintes 1res vives au sujet santés qui, par ordre du imposées en 1524 et en 1525 de Vars, de Guillestre et d( (G. 3011).
1532. Antoine Pascal, évè( de St-Marcellin et de Ste-!
indulgences à la confrérie Marcellin, à Jacques Bellu( pelle de Ste-Groix,et autorij de réglise de Ste-Marie à ft (G. 11, p. 10).
1537, 11 nov. Biaise de l hissent, par le col de Varj qui est réunie momentanén 518).
1560. L'archevêque d'En laume d*Avançon, visite les faire un tabernacle neuf i St-Marcellin, une clef au c peindre Farmoire de la eu (G. 11, p. 10).
1564, 7 et 8 sept. Guillaui vans et Senas de franchir des protestants de Dauphi 150).
il. Dans le « récit de ce qui s'est passé en puis le mois de mai dernier [1589] par le res coulre le duc de Savoie », on rappelle') de Savoye, accompaj^nié d'environ trois mille pied et trois cens chevaux, vint assiéger ti'ois canons une église nommée St-Faul, que iguières avait légèrement fortifiée sur les c... Ce même jour aussi, le s'' des Diguières, i siège de St-Paul, partit en diligence pour le in intention de combattre le Duc, usant, à ces
célérité que, le 3« septembre, il se trouva à trois lieues de Tarmée de Son Altesse, qui 5, sur le soir, de retirer sa personne de la 3 Larche et s'en alla toute la nuit, aux tant suivi, le lendemain, de son armée, dont
furent pris sur la queue et entre autres irges, espagnol, alfler (lieutenant) des gardes Le jour suivant, qui fut le 5 septembre, le 3res se résolut de forcer St-*Paul, et encore on canon, il ne laissa de l'investir, força coups de mains et, à Faide de quelques greards, enfonça la porte en plein jour, et fit ces deux cens hommes de guerre qui étoient jmeurant prisonniers que le capitaine S/ra/a^ lu lieu, et son alfier nommé Hevcole Caula, tte place ne demeura que quatre jours entre ) l'ennemi et fut reprise par un combat de ra trois heures, sans qu'il y ait été perdu, du qu'un capitaine nommé Bellevue et quelques ;ez, encore que le lieu fut flanqué et fos-
ittre au roi Henri IV, datée d'Oulx, 14 sept, lières rappelle lui-même cette affaire, la preut avec le duc de Savoie. Il raconte, d'abord, Q du Briançonnais, des vallées de « Sézane, lont et Bardonnesche, qui avoient toujours
rrespondance du Connétable^ t. III, p. 213-14.
de Geulis, partant de Guillestre et passant par Vars, va faire sa visite pastorale « eu la vallée de Barcelonnette »
1682-88. Les archives de Thôpital d'Embrun conservent divers documents intéressants sur les protestants de Vars qui émigrèrent en 1685-88» et sur les biens qu'ils possédaient h Vars. Il sera facile de les consulter, grâce à rinventaire qui a été dressé de ces divers documents *).
1692, 27 juil. L'armée du duc de Savoie et de ses alliés, Allemands et Espagnols, pénètre en Dauphiné par le col de Vars. L'avant-garde, conduite par le marquis de Parella, lieutenant-général piémontais*), se composait de 500 dragons et de ,4.000 hommes d'infanterie, parmi lesquels se trouvait le régiment Corneau, composé de réfugiés réformés. Venait ensuite Tarmée proprement dite, sous les ordres de Victor-Amédée II, généralissime des alliés, âgé de 25 ans (f 30 oct. 1732), du prince Eugène de Savoie-Garignan, commandant des Allemands. Elle comprenait plus de 25.000 hommes, 26 petits canons et 150 voitures de munitions. La petite garnison de Guillestre, formée seulement de milices dauphinoises (600 hommes) et de deux compagnies du régiment irlandais de Glan-Garthy (150 hommes), sous les ordres de M. de Ghalandière, se défendit vaillamment pendant trois jours, et, après avoir brûlé sa dernière cartouche, fut obligée de capituler le 30 juillet. Elle fut emmenée prisonnière de guerre, avec 50 hommes de milice de Guillestre, à Veillane en Piémont'). On sait que les « ennemis de TEtat », allèrent ensuite assiéger Embrun (4-15 août 1692), prendre et incendier Gap (12 sept.). Peu après, toute l'armée ennemie rebroussait chemin, repassait par Guillestre et par Vars (20 sept.), après avoir dévasté le Haut-Dauphiné. En se retirant, les ennemis incendièrent complètement tous les villages de Vars, à Texception d'une seule mai-
*) Inv. des aroh, des Hautes-Alpes, H suppl., p. 67, 69, 78 à 81. S) Ce général, blessé le 27 août 1692, à Tattaquc du pont d'Ubaye, mourut peu après.
>) Perreau, Épopée des Alpes, p. 252 et suiv.
son, qui avoisine le hameau de Ln Fortune ou de Ste- Calherine, et qui s'appelle le Preït, respectée uniquement parce que, à ce moment, un officier supérieur de Tarmée piémontaise y était gravement m^^^^*» '^'» ^« petite vérole*). Ils ruinèrent les églises de et de Ste-Marie de Vars, minèrent les cloc deux églises, brisèrent les cloches et en les morceaux à Turin, où ils servirent, de les cloches du Gapençais et de TEmbrunais cation des deux liards, qui ont eu cours jours.
1695, 11 mai. Le consul de Guillestre, Co parer le chemin de Vars, afin de permetti et à ses régiments de passer facilement poi dans la vallée de l'Ubaye (p. 168'). Le 41 aoûl était établi à Tournoux (p. 169').
1694, 19 août. En suite des ordres de G; bataillons irlandais vont camper à Vars (p. 4
1696, 29 août. Après le traité de Turin, qui la guerre avec le duc de Savoie, Vars, Guilles communautés de TEmbrunais, furent obligée d'énormes quantités de bois pour les travau entaient à Mont-Dauphin et pour le chauffage (Voir p. 45-48). La misère des habitants étai plusieurs d'entre eux moururent alors de faii
1705, 21 juil. Courses des Vaudois jusqu'à Guillestre, d'où ils emmènent des otages (p. ^
1707, sept. Pendant la durée de la guerre sion d'Espagne (1700-13), la route de Vars e lement parcourue par les régiments qui s Tournoux et dans la vallée do la Haute-Uba; reviennent. C'est par le col de Vars, en pai Berwick fit exécuter, le long de la frontièr< ses célèbres « navettes » qui assurèrent h intérieure de la province et de la France.
1710, juil. A ce moment, une armée de 40
^) Cf. le préambule des cadastres de Vars de 1700.
tais menaçait la France. Berwick va s'établir au Château de Vars et charge Chamarande de défendre le camp de Tournoux et le lieulenant-colonel Gabriel de Rochon La Motte de Lapeyrouse (né h Gap en 1607, f en 1738), alors commandant du rég< de La Coicronne, de garder les cols voisins de Crachet et de Crévoiix ou de Chaftieil, d'où Ton pouvait apercevoir « les mouvements des ennemis » *). Peu après, le 10 août, quand des hauteurs du col de Vars, plongeant son regard au fond de la Vallée, ' rouse voyait les ennemis campés à de rubaye, Herwick lui écrivait a peine, s*il vous plait, de redoubler ils doivent marcher incontinent, au ».
tendant du Dauphiné, D'Angervillers, u camp du Château de Vars »*). Il Je Tarmée française et faisait envoyer Bs charges d'eau-de-vie aux bataillons e Crévoux et de Crachet. Le 10 août, La Motte-Lapeyrouse, « puisque les iuter le Castelet^), il n'y a quasy pas ils ne décampent demain ou après ) que vous m'en donnerez le premier iémontais, en effet, ne tardaient pas ck avait sauvé le Dauphiné d'une
IX années sont marquées par le pastroupes allant de Mont-Dauphin au •u vice versa. Souvent elles campent 'ars et y font une grande consommast une des causes de Tappauvrisse-
alêe du a Camp du château de Vars «, 28 juil. tud, des Hautes-Alpes, 1883, p. 121, cf. p. 199-
10 (Bull, soc, d'élud., p. 203-4).
r un rocher en amont de La Grande-Sérenne, ^e.
ment des forêts*) et peut être la cause principale qui a dépeuplé les hauteurs du col de Vars et les abords des cols (1a Crachfit. de Chafiieil. de Saluées, du Vallon, où
guerre » (p. 219'). De là des fournitures énormes en vivres, en fourrages, en linge pour les blessés fp. 221) ; des corvées sans fin pour enlrelenir les chemins (p. 221*).
1744 et 1745, mai-sept. C/est le passage de l'armée du prince de Gonty (p. 220"). Durant Télé de ces deux années, les corvées ne cessent pas un seul jour, soit pour réparer les chemins dégradés, soit « pour le transport de l'artillerie », des fourrages, des farines, des vivres de toule sorte h St-Paul, à Larche, à Jausiers (p. 221-2, 227). Les ordres se succèdent, infinis, dans les archives de Guillestre, ordres par les intendants Bertier de Sauvigny et de La Porte, par le lieutenant général de Lautrec, par le subdélégué Vial, par M. d'Argouges, commandant dans le Haut-Dauphiné, etc. (ib.).
1746, 7 sept. Nouvelles réparations au chemin de Vars, suivant les indications du « s»" Rivier, commis à la garde du chemin par M. l'Intendant », afin de pouvoir transporter six pièces de canon de Jausiers à Mont-Dauphin (p. 222').
1747, 12 juil. Le chev de Belle-Isle, frère du maréchal, à la tète de ses troupes, venant de Barcelonnette, passe le col de Vars et par la combe du Queyras, le col Izoard, se dirige vers le col de L'Assiette, où il devait bientôt trouver la mort*).
1752, 25 août. Le marquis de Paulmy, fils du marquis d'Argenson, ministre des affaires étrangères, accompagné des consuls et de tout le conseil de Guillestre, se rend « à la montagne du Mélezet,... pour la vérification des limittes entre les communautés de Rizoul et de Vars ». Au retour, à Peyre, on lui offrit une collation (p. 72).
1766, 3 sept. Le comte de Clermont-Tonnerre, commandant de la Province, se rend par Vars, dans la vallée de Barcelonnette (p. 76, cf. Annales des Alpes, VIF, p. 104).
1770, 31 juil. Le même devant se rendre à St-Paul et à
^) Bull, soc, d'Étuil, 1887, p. 218-20; 1890, p. 3 et stiiv. Foi-nicr. III, 132^3.
Barcelonnetle, ordre par le subdélégué Fac le cliemin de Vars (p. '247).
1776, 17 sept. Le môme doit aller coi le 19, et, de là, se rendre dans la vallée de viendra à Embrun par le col des Orres (p. !^
1780, 12 mai. L'Intendant accorde 500 I pour réparer le chemin de Vars (p. 257').
1785, 26 juin. Ordre par le subdélégué G rer la roule de Vars et les ponts emportés de Rlfbel, les 10 et 17 juin ; ils « interc( merce » sur « la grande route d'Embr (p. 261').
1793, 21 avril. Crainto d'une invasion. La sera réparée, afin de pouvoir transportei l'artillerie, par un « chemin roulier » (p. 9i
1795, mars-avril. Les sapeurs ouvrent h montagne de Vars, en coupant la glace, afii le passage d une colonne de l'armée (p. 279'
1795. sept. En suite des réquisitions fai représentant du peuple en mission, la rout réparée. Les lransi)orls de (iuilleslre à lieu journellement. Les mulels ne suffiseï approvisionner Tournoux ».
1799, 8 juil. En suite des ordres du gé commandant en chef do l'armée d'Italie, génie Vallior de Lapeyrouse fait exécuter d multiples à la route de Vars (p. 100, n). Lg pantier, commandant à Mont-Dauphin, q\\\ tonnement à Vars 200 conscrits, avec des pioches, pour travailler sur les points déf nécessaire de réparer plusieurs ])onts ;),etc Alpes, IX, 1905-6, p. LSI).
Diverses rectifications eurent lieu sur la en particulier en ltS53 59, entre Peyre-Bî Escriche,
La route actuelle do Vars part de Guillcs comme autrefois, du pont Sl-Esprit, mais
porte de Goni, de Barcelonnelte ou de Fonlloiibe, à quelques pas en amonl de Téglis© de Guilleslre. Elle traverse le faubourg de Fonlloube et franchit le torrent de Rioubei sur un pont qui portait autrefois le nom de pont St- Honoré.
Ce pont, qui conduisait directement au château de l'archevêque d'Embrun, était très ancien.
Le 10 janv. 1622, en suite des bruits de guerre, les consuls font procéder à « raccommodage du pont de St- Honnora », afin de pouvoir procéder au « montage de 1q nipr>A Hp campagne » au château (p. 113).
. 1647, ils font travailler à divers ponts, parmi pont de « St Honnoré » (p. 137').
1674, le pont de St-Honoré étant tombé par iesbort des eaux », les consuls concluent, avec ierre Fabre, un prix fait pour le raccomuder
1 ce n'est que depuis 1853, que la roule de Vars ibe a été construite *). Elle va se réunir à Tane de Vars, un peu au-dessus de Tancien châ- •chevêque. Postérieurement d'autres améliora- ,é faites à cette route').
[uehjues années, la route de Vars, h partir tre jusqu'à iMaureisse, au lieu de suivre la montagnes qui siéparent les torrents de Gha- Rifbel, par suite des nombreux travaux exéa main d'œuvre militaire et, en particulier, par irs alpins, sous Tinspiration du général baron
10 ëpoquo fut exécutée une importante rectification au lieu du Pegicr. Los deux projets avaient été dressés par Céagcnt-voyer d'arrondissement, à Knibrun, le 16 déc. 1852
cs-Alpes, 8, n» 8, c).
{Jurandes inonilalions do 1856, qui causèienl tant do rava-
[autes- Alpes ri, en particulier, îi Vars, la roule fut peu à
I : en 1857, édification, non loin liu col de Vars, du refujro 1869, construclion <io ponts et ponceaux au village do
à La Rochotle ; en 1871, construclion du pont du Says^
rallo.
Berge et de ses collaborateurs, se déroule, par de nombreux lacets, sur la rive HrnitA Ha rhacmA nn HAii
au-dessous du vieux chemii au-dessus de la nécropole d ne sert plus guère que de : d'arriver. En revanche, la devenue carrossable et per facilement et en quelques \v St-Paul-sur-Ubaye.
Je ne doute pas que, da roule si intéressante ne i surtout si Ton exécutait le p en i851, par l'ingénieur en d'adoucir les rampes qui St-Marcellin de Vars. Le pr route nationale, longeant la Genève, route qui passerait Vars, la Combe du Queyras la réalisation de ce projet qu'après la construction \ de Chorges à Barcelonnotle gement A^ers les carrières on songera à relier celle li de fer de la Durance par de fer à voie étroite, pari passant par Vars et Guilles de Mont-Dauphin.
Pendant l'été, la course ment une des phis agréab cuter dans les Alpes du Da Vars, dit le baron de Ladr celles du Lautaret, les plus ]
*) Arch, des Hautes-Alp^s, 8.
•; On assure quo ces carrières récemment par M. Noblemaire, dir do for P.-L.-M.
') Histoire.., des Ilauus-Mpes, 2- édit. Paris, 1834, p. 67.
tapis de fleurs et de verdure ! Les coteaux et leurs sommités sont couverts de mélèzes. Par un grand chemin qu'à fait arranger le maréchal Kellermann, on se rend au camp de Tournoux, renommé dans les Alpes », etc.