CHAPITRE V
n Age (470-1 000). — Les Goths»
lignons et les Francs. — Les et la bataille de Mustias Calmes, é de Maurlenne et Rame. — la \ovalaise. — S. EIdrade. — Ins.
rs la fin du V« siècle, la Gaule était par- )ths, les Bourguignons et les Francs*), mieux Visigoths d'Kspagne, sous Euric, ), sVtaient emparé des provinces mériile; ils étendirent leur domination juss Alpes, implantant partout l'arianisme.
Hst. du Languedoc^ t. 1, p. 106; Lonenon, Géogr.
'ècle, 1878, p. 42-43.
tm, ch. 31.
iris militibat et in Alpinis acueral ingenium
^asii, p. 66; Promis, op. cit.^ p. 99).
éogr. de la Gaule au TV» siècle, Paris, Hachette,
. et il cartes, p. 39 et suiv.
Après Ingénuus (441-467), un évêque arien, dont le nom n'est pas connu, occupa, pendant plusieurs années, le siège d'Embrun. L*évèque Catulin (507-520) fut même chassé d'Embrun par les Ariens et contraint de se réfugier près de Sigismond, roi de Bourgogne (516-524).
Les autres évêques d'Embrun, après Catulin*), furent S. Gallican pr (524-529), S. Pelade (529-539), S. Gallican II (541-549) et Salonius (567-579). Leurs noms se rencontrent parmi les signataires des actes des conciles burgondes ou francs de leur époque, mais en général les actions de leur épiscopat sont peu connues').
Pendant ce temps, Théodoric, roi des Ostrogoths (487, f 526), après avoir conquis l'Italie sur Odoacre, roi des Hérules (493), et épousé la sœur de Glovis, roi des Francs (465-511), étendit son influence en Gaule. Devenu, en 507, tuteur de son petit-fils Amalaric, rui des Visigotlis (511- 531), il régna en fait sous son nom. Amalaric lui abandonna même toutes les possessions des Visigotlis situées entre la mer, le Rhône et les Alpes, dont Jbbas, Tun de ses généraux, franchissant le Mont-Genèvre, vint prendre possession en son nom. Les diocèses d'Embrun et de Gap firent ainsi partie des états du grand Théodoric. La conquête fut consolidée en 523, par Tulus, Tun des plus valeureux capitaines de Théodoric et d'Athalaric, son successeur*).
D'autre part, une lutte violente avait éclaté entre les Burgondes et les Francs. Après la mort de Gondebaud, roi de Bourgogne (516), Sigismond, son fils, fut égorgé, avec sa femme et ses deux fils, par ordre de Glodomir, roi franc d'Orléans (524). Glodomir périt, à son tour (526)
*) W assista, le 15 sept. 517, au fameux concUe d'Epaone (Albou) : Catulinus^ episcopus civitatis Ebredunensis, reîegi et swdscr/pji (Labbe, Concil., IV, col. 1582; Migue, Patr, lat. LXVII, 994).
*) Longnon, op. cit., passim ; Fornier, I, p. 450 et suiv.
') Cassiodore, Vat-iae^ liv. VIII, dans dom Bouquet, IV, p. 11 ; Longnon, p. 61, note 2 et carte II. Les signatures des évéques d'Embrun aux conciles ostrogoths d'Arles (6 juin 524', de Garpentras (6 nov. 527) ei d'Orange (6 nov. 529) corroborent celte conclusion.
à Vézeronce, près de Vienne, dans une embuscade dressée par Gondemar ou Godemar, roi de Bourgogne. Ce dernier fut, lui-même, quelques années après (534), défait par Ghildebert et Glotaire, frères de Glodomir*), et toute la région qui, dans la suite, portera le nom de Dauphiné, en particulier les diocèses d'Embrun et de Gap, tomba sous la domination de Glotaire (537-561).
Dès lors (537), les Francs sont maîtres des Alpes. Après Glotaire (f 561), Gontran, son second fils, règne de longues années sur le sud-est de la France, sous le nom de roi de Bourgogne (561-593). De son temps, les Lombards pénétrèrent en Italie (568), où ils ont donné leur nom à la Lombardie. Peu après (571), ils franchissent, plusieurs fois, les Alpes et s'avancent,en 572'),jusqu*à Mustias Calmes, près d'Embrun, où le patrice Ennius Mummolus, général de Gontran, leur fit subir une défaite sanglante*).
La défaite des Lombards près d'Embrun, à Mustias Calmes, a souvent exercé la sagacité des critiques. Mais, pour qui connaît les environs d'Embrun, l'identification de Mustias Calmes*) avec le plateau de La Clialp et le Plan-de-Fazy, près de Guillestre, ne présente aucune difficulté.
') U paraît que Godemar, après sa défaite, se réfugia dans la vaUée reculée et solitaire des Alpes, qui fut appelée, de son nom, Valgodemar.
*) Quelques auteurs, au lieu de 572, adoptent la date de 574.
8) Grégoire db Tours, Hist. Francor., liv. IV, 42. — Paul Diacre dit de son côté : a Irrucntibus iterum Langobardis in Gallias, et tisque ad Mustias Calmes accedenlibt*$f qui locus Ebredunensi adjacet civitati, Mummolus exercitum movit, et cum Burgundionibus illuc profiscicitur ; circumdatisque Laogobardis cum exercitu, factis etiam concisis per dévia silvarum, inruit snper eos, multosque ex cis interfecit ; nonnullos vero crépit et régi suo Guntbramno (sic) direxit. Loogobardi quoque,his prostratis, ad Italiam sunt regressi ». (Paul Diacre, Hisioria Langobardorum, liv. III, 4, dans Soriptores rerum Langobardorum^ Hannovre, 1878, in-4», p. 94). Cf. Longnon, op, cit. y p. 457 et suiv.
*) Les variantes de ce nom, fournies par les manuscrits, sont très nombreuses : MusciascalmeSj 4 mss. ; Mustias-Calmes, 5 mss. et plus ; Mustiams-Calmesy 1 ; M us tria s- Calmes, 2 ; Mustiams^^Calmas^ 2; Musticamscalmes, 1 ; Musarias Alpes, 1 ; Brienturrit 1. (Script, rerum Langob. 1878, p. 94, note v).
Les Lombards venaient de Turin. Grégoire de nous apprend que Rufus, évèque de cette ville, à Vi che des I^ombards, se réfugia à St-Jean-de-Maur qui dépendait alors du diocèse de Turin*). Pour pé; de Turin à Mustias Calmes, proche d'Embrun, les hisseurs n'avaient d'aulre voie devant eux que la du Mont-Genèvre, ou, tout au plus, les divers cols v( de L'Échelle, de Bousson, ceux qui débouchent d vallée du Queyras, ceux de la vallée de l'Ubaye, qui s'ouvrent sur le bassin de Guillestre'), à quelques k très d'Embrun. Le patrice Mommol accourt au-deva Lombards, en passant par Grenoble, Gap et Embi prend, au passage, Sagittaire, évêque de Gap (560-5 Salonius, son frère, évèque d'Embrun (554-582). Ces prélats assistent au combat, Tun et l'autre, couve casque et de la cuirasse.
Seuls, dans les environs d'Embrun, le plateau Chalp^ la plaine de Barben ou le Plan-de-Fazy plateau de Bouchée ou de Mille Aures, sur leque ban, en 1693, élèvera les fortifications de Mont-Dai présentent un champ de bataille assez étendu pou mettre à deux grandes armées de s'approcher el combattre. On conçoit très bien que Mommol, en ces entourés de vastes forêts, ait pu envelopper les Lon et les tailler en pièces 3).
Du reste Mustlas Calmes est rappelé par les sou topographiques les plus précis. Les montagnes qui rent le bassin du Guil et de la Durance de celu Haute-Ubaye ont été appelées, pendant tout le 1 Age, Alpes de Mutins, ou Muscius^)^ et, plus
*) De gîoria Confessorum^ liv. I, 14.
«) Cf. ci-dessus, p. 10.
•*) Cf. Fornier, Hist, génér. des Alpes, I, p. 489-92 et notes.
*) Colles et Alpes de valle de Mucio, 28 avril 1127 (Fornier 206); « liCS montagnes qui, depuis St-Faul ou Barcelonne [B; uetle], viennent se terminer à Noslre-Dame do Chalmes, sont a Alpes de Mutins » (id. I, p. 490), « Alpes appellées de Mutius c dus, dont a parlé St-Grëgoirc [de Tours], qui est la montagne d depuis St-Paul en Valdcmonls » (id. p. 689), etc.
Monts, d'où Val de Monts, nom donné à la vallée de rubaye, et celui de Monts, attribué à St-Paul-sur-Ubaye, pendant la Révolution.
Pareillement le nom de Calmes est porté, encore aujourd'hui, par le vaste plateau de La Chalp — LaChalp supérieure ou Chalp-Dessus, et La Glialp inférieure ou Chalp- Dessous. — Il est rappelé aussi par un ancien monastère de la dépendance de la prévôté d'Oulx, Notre- Dame de Calme, qui se trouvait au confluent du Guil et de la Durance, sur le territoire de Guillestre'), et dont nous reparlerons.
Une localité de la Combe du Queyras, Montbardon^), semble même conserver le souvenir des Lombards. Cette localité, ordinairement unie aux hameaux de Bramousse et des Escoyères, pour former la paroisse du Veyer, a été, de nos jours (20 févr. 1846), jugée assez importante pour constituer, à elle seule, une paroisse à part. Or, dans cette gorge, dans cette cluse, comme en nombre d'autres, les Lombards ont probablement élevé des forteresses, des retranchements*) ou fortalitia ; d*où le nom si caractéristique de Monthardon, vivant souvenir des Bardi, des Langohardi^).
Quoiqu'il en soit, dès 572, le roi Gontran possédait la vallée de la Maurienne. Ce fait est certain. D'après Frédégaire, les Lombards lui abandonnèrent encore, en 574, la vallée de Suse^), et c'est précisément alors que Gontran constitua le nouveau diocèse de St-Jean de Maurienne, qui comprenait les vallées de la Maurienne et de Suse et le Briançonnais. Ce diocèse fut rattaché à la métropole de Vienne*).
<) Cf. Fornier, I, p. 489, note 4.
*) Hameau de la com« du Chàteau-Ville-VimUc.
3) Par exemple, Bavd, en Val d'Aoste ; Bard, au pied du Mont Genis ; Bardonnèche, au pied du Mont Fréjus.
*) Celte remarque inlérossante est de M. Georges de Manleyer {La Marche de Provence, en cours d'impression, févr. 1906).
S) Frédégaire, Chronique^ cl). 45; Longnon, p. 431.
6j L'cvéché de Maurienne était constitué en 578 (Longnon, p. 431).
— saune question intéressante est celle de savoir de qnel diocèse dépendit le bassin de Guillestre du VI« au XI« siècle.
Il semble bien élabli que le Briançonnais fut alors sourais à la juridiction de l'évèque de St-Jean-de-Maurienue. L'on a même cru pouvoir étendre cette juridiction jusqu'aux portes d'Embrun. Suivant une charte de l'an 588, publiée par labbé Besson en 1754*), Tévèque de Maurienne et ceux de Turin et d'Embrun se disputaient alors plusieurs paroisses limitrophes de leurs diocèses. Le roi Contran nomma des commissaires pour terminer le différend ; des limites furent établies, du côté de l'Italie, à Vologia^ et, du côté de la Provence, à un mille de la petite cité de Rame'). A mon avis, la limite placée à un mille de Rame doit se rechercher non point en aval de Rame, vers Ghâteauroux et Embrun, mais en amont de cette petite ville, vers Briançon, c'est-à-dire aux environs de PertuiS'Rostan^ entre L'Argentière et St-Martin-de- Queyrlères. C'est là qu'exista, pendant tout le Moyen Age et jusqu'à la Révolution, la limite précise et historique du Briançonnais et de l'Embrunais*). Par conséquent tout le bassin de Guillestre jusqu'à Pertuis-Rostan relevait alors de l'évéché d'Embrun.
Si l'on n'admet pas ce fait, il devient difficile d'expliquer pourquoi un grand nombre d'églises de cette région ont pris pour titulaires des évoques embrunais; telles les églises de Ghâteauroux, de Grévoux, de Vars, etc., qui, toutes, sont consacrées à S. Marcellin. Il est même très remarquable que les églises de Ristolas en Queyras, de La Salle et de Névache en Briançonnais ont également
*) Mémoires pour VHist. écoles, des diocèses de Genève^ Aoste, Mauriênne,., 1754, Q« GIX, p. 478; nouvelle édit. Moustiers, 1871/2, p. 283 et suiv.
<) « In partibus Italiae, in looo qui dicitur Vologia, usque in par» tibus Provineiae^ uno distans milliario a oivitacula nomen sibi impositum Rama » (Besson, loo. cit.; cf. Walckcnaer, II, p. 393; Bull, Soc, d'Étud, des H tes- Alpes, 1883, p. 268-269).
») Bull. Soo, d*Ét,y loc, cit.; Fornier, I, p. 520.
S. Marcellin pour patroD. S. Pelade fit construire à Rame une église qu'il mit sous l'invocation de S. Laurent*).
N'oublions pas, d'ailleurs, que l'acte de 588 est un document suspect, qui parait avoir été fabriqué pour soutenir les prétentions des évoques de Maurienneet qu'il n*a été conservé, en copie, que dans la Vie de Ste Thècle, de l'an 1060 environ'). Il n'a, par suite, qu'une valeur discutable.
Les évèques d'Embrun, au VII« et au VIII» siècles, furent S. Pierre (c. 600-610), Lopacliarus (614-C15), S. Élhère (631-653), Cliramlin (077 678), Walchin ou Valchin (726-739) ; Gerlovèse (c. 760); S. Alphonse (770-771); Possessor (776) et S. Marcel (791-810). Ces évèques, sauf qîielques-uns, n'ont pas laissé de traces bien marquées dans l'histoire. La présence de Lopacharus au concile de Paris, du 10-13 oct. 614'), confirme ce que déjà nous connaissions par ailleurs, la soumission de Tévèché d'Embrun au roi Glotaire II (613-628). Sous ce prince, un atelier monétaire existait à Embrun, et diverses monnaies y furent frappées vers 620*). La signature de S. Éthère se conserve en original aux archives nationales à Paris, au bas: d'un diplôme accordé, le 29 juil. 631 ou 632, par Dagobert 1«' (628-638) à l'abbaye de St-Denis»); d'une concession à la même abbaye, le le' juil. 652, par Landry, évêquede Paris, et dune confirmation des biens de l'abbaye de St-Denis, par Glovis II (638-65(5), le 22 juin 653«). C'est lui, très probablement, qui est l'auteur de la vie des saints Vincent, Oronce et Victor, martyrs, honorés à Embrun, et que les Bollandistes ont publiée^). S'il faut en
*) Foraier, op, cit., I, p. 461.
•) Acta Sanctorunit janvier, V, p. 72-5.
3) Ex civitaU Ebvitudino^ Lopacharus episcopus (J. Friedrich, DreiunderU ooncUieny Bamberg, 1867, in-4», p. 84).
*) LongDOD, p. IX, note 2, in fine.
*) J. Tardif, Monuments hislor. Cartons des Rois, 1866, u9 8, p. 6-7.
^) J. Tardif, ibid., p. 9 et 11. Dans ce dernier document, l'évéque d'Embrun signe : Aectherius peccator consenciens lubsoripsi.
^) Acta Sanctorum. Janvier, II, 1643, p. 391 et suiv.
- âf> -
croire le docte Mabillon, S. Marcelliu, dès le 1V« siècle, avait fait construire une basilique sur le tombeau des trois martyrs, laquelle, plus tard, fut occupée par des moines et devint un monastère important*).
Chramlin, évèque intrus d*Embrun, avait osé, sans avoir reçu la bénédiction épiscopale, monter sur le siège d'Embrun; le roi Thierry III lobligea, en 077 ou 678, à entrer dans l'abbaye de St-Denis, tout en lui laissant la disposition de ses biens*). Ce même personnage est mentionné dans le testament du patrice Abbon de Tan 739, comme le contemporain du grand-père d'Abbon^).
L'institution des patrices fut florissante dans les Alpes, sous les Burgondes et sous les Francs. On connaît au moins sept patrices, qui, tous, jouèrent un rôle plus ou moins considérable dans notre région : Cclsus, Ajnatus, Mummolus, Nemfidiv^, Aniener, Meiranus et Abhon^). Tous ces personnages occupaient la première dignité après le souverain.
Quant à Abbon, il possédait, surtout dans les Alpes, d'immenses domaines, que son testament nous fait asse;^ exactement connaître. Ils étaient situés, non seulement en Lombardie, dans la vallée de Suse, en Maurienne, en Tarentaise, aux environs de Grenoble, de Vienne ou de Dijon, mais sufIouI en Briançonnais, in pago Brianiino, en Ëmbrunais, in pago Ebredunense^ dans le Gapençais, in pago Vuapencense, en Ghampsaur, in Campania^ etc.*). La plupart de ces biens furent attribués, en 739, par Abbon, à Tabbaye de la Novalaise, en val de Suse,
^) « Eorum covpora translata stmt ao recundita per MavoeUinum episcopum prope muros Ebredunenses, in basilica ab eo constructa; quam monachi subinde occuparunt » (Âcta SS. ordinis S. BencdicU, t. I, p. 118, cf. Recheroh, hist, sur les Hautes- Alpes^ Oap. 1881, p. 9).
*) Tardif, op. oit., n© 21. Recherches hist., p. 63-5.
») Cart. de S. Hugues de Grenoble, 1869, p. 45.
«) Cf. Bull. Soc. d:Études des Hautes-Alpes, 1884, p. 418-443. A ce nombre, il convient d*ajouler Agnerio, dont on a retrouvé le missorium ou plateau de table, appelé à tort le bouclier d*Annibal (Revue des Questions hist., juil. 1879, p. 311-312).
») Cartul. de St-Hugues, p. 38-48.
abbaye qu'il avait fondée, en 726, sous Tinspiration de son oncle Valchin, archevêque d'Embrun 'j. Le territoire de Guilleslre et de son mandement faisait certainement parlie des domaines d'Abbon. C'est ce qui ressort, à mon sens, des parojes mêmes du testament d'Abbon*). Faruihe clause spéciale, Abbon déclare donner à Tabbaye de la NovalaifSe. tout ce qu'il possède; 1*» à Seillac ou Geillac Çctirte mea SalUaris); 2° au Veyer (Vendmiwn) ; 3^ k Molines en-Queyras, ou plus probablement à St-Glémeul (Mullinaricus^) ; 4» à Ville-Vieille en Queyras, ou mieux à Ville-Vieille, le bourg primitif de Guillestre (Viiilki: VHole) ; ô*» en Vallouise (in Valle Gereniœiica) ; G» à Rame ou à Risoul (m Ralis*).
Le testament du palrice Abbon du 5 mal 739 mériterait un examen plus minutieux. Nous ne pouvons le faire ici.
Ce précieux document aidera encore à jeter quelque lumière sur les premières incursions des Sarrasins, dont le duc Mauronte se fit l'allié et qui envahirent « toutes les montagnes jusqu'aux frontières d'Italie ». Charles- Martel et Luilprand, roi des Lombards, furent obligés d'unir leurs armées afin de lutter contre eux, pour les en expulser').
Ainsi finissait dans les Alpes la période Mérovingienne et commençait la période Carolingienne, dont les représentants les plus illustres furent Charles Martel (715-74i), Pépin-le-Bref (741-768) et Gharlemagne (768-8i4).
*} Cf. Recherches hist.f p. 25 et suiv.
*j « Similitery curte mea SalUaris^ alpes^ prata^ ingenua ; Vendanum, Mullinaricus, Vuilla Vitole: isia omnia suprascripta^ una cuin libertis ac colonis, servis, vel omnes adjacentias earum ad ipsa loca aspicientes^ tu, hères m^a, ut habeas volo ac jubeo ; et coîonicas in valle Gerentonica et in lialis i> {Cart. de S. Hugues^ p. 38.
3) Cf. la Moulinière de St-Clément, la Mulimeria de Vultissa de 1310 (AA. 2, p. 2-3).
^} On peut, on effet, admettre ici une graphie défectueuse du testament, dont nous n'avons plus qu'une copie de 1Î30 environ (Itechevches, p. 31).
» Dom Vaisselle, Hist. du Languedoc , t. I, p. 405.
Quoi qu'en pense le père Marcellîu Fornîer'), Ghaiiemagne ne traversa pas en personne les AJpes Embrunaises en Tan 773. D'après Eginnard et Adon, il pénétra eo Italie par le mont Cenis. Seule une partie de son armée suivit la route du mont Genèvre, « plus douce incomparablement à sa cavalerie que les autres ». C'est ce que confirme le chroniqueur de la Novalaise, rappelant à ce propos qu'il existait autrefois, sur le col du Mont-Genèvre, uA temple d'une remarquable beauté, construit en grandes pierres de (aille, reliées entre elles par le fer et le piomb, fait que j'ai constaté au Monl-Genèvre même, le 18 juin 1881*).
Le 23 fôvr. 780, les Missi dominici de Charlemagne, dans un plaid (placUuw) tenu à Digne, confirmèrent à l'abbaye de St-Victor de Marseille, la villa de Chaudol, au pays de Digne, et tout ce qu'elle possédait alors au pays de l'Embrunais*).
En 794, le concile de Francfort eut à s'occuper d'un dift'érend existant entre les évêques de Tarentaise, d'Embriin et d'Aix. relatif probablement à des questions de délimations. Le concile prescrivit de s'en tenir à la décision du souverain Pontife*).
Le diocèse d'Embrun, au IX« siècle, fut gouverné par les archevêques S. Marcel (791-810), S. Bernard (811-826), Agéric (829). Arhert (853-850), Arpen (860), Bertmond (870), Aribert (877-879); Gerold, Ermold ou Arnold (883- 899). Le premier d'entre eux, S. Marcel, fut un prélat remarquable. Il était confesseur de Charlemagne et fut envoyé par lui en ambassade à Gonslanlinople auprès de l'empereur Nicéphore. Il assista au concile de Narbonne du 27 juin 791, et fut présent, le 10 oct. 804, à la consécration de l'église de Tabbaye d'Aniane, au diocèse de
<) Hist, génér, des Alpes, I, p. 519-550.
•) Chron. ncval., 1. III, 7.— Cf. Foroier, I, p. 85 et 550.
*) Nec non et Alpibus quod siium est in pag& Hebredunense (Garl. de Sl-Viclor, I, p. 44).
*; Cf. Fornior, I, p. 552. Dès celte époque, les prélats d'Embrun prounciit ordiuaircmeut lu titre d'arrhevéquc.
Maguelonne, par le pape Léon III (795-816). Ce pape, qui de Mantoue s'était rendu en France, traversa, dit-on, les Alpes au Mont-Genèvre et s'arrêta quelques jours à Embrun. En déc. 804, il était à Reims*). Il rentra en Italie par la Bavière Qanv. 805). C'est probablement grâce à la grande influence dont jouissait S. Marcel à la cour de Charlemagne que celui-ci, dans son testament (811), fit une part libérale à Téglise métropolitaine d'Kmbrun*), circonstance qui a souvent fail attribuer à Charlemagne la construction de régli.se actuelle d'Embrun. C'est h ces largesses sans doute que le pape Victor II fera allusion plus tard, dans une bulle célèbre (du 8 juil. 1057), quand, parlant de l'église d'Embrun, il dira d'elle : Opîbus mirabiliter erectam.
Au temps de Louis le Débonnaire (814-840) et de ses successeurs, l'Embruuais fut fréquemment traversé par S. EIdrade, personnage de tous points remarquable, originaire d'Ambel, sur les bords du Drac, longtemps abbé de la Novalaise (8i6-845j, auquel on doit la fondation du Monètier-d'Ambel (Isère), près de son pays d'origine, du Monètier-de-Briançon et autres').
L'année 886 fut marquée par des inondations extraordinaires qui, dans les Alpes, détruisirent toutes les routes*):
A ces ravages se joignirent, bientôt (889), ceux d'une nouvelle invasion de Sarrasins, qui dura près d'un siècle (889-983). Les chartes et les chroniqueurs sont remplis du
*) Jaffê, Uegesta Pontif. romun., 1851, p. 218.
«. Maiiaui ScolU Chvonicon, dans l»oit«, M. G. H. SS. V, 1844, | . 549; Sigiberti Ckronica, 810. tbid., VI, p. 337 ; Hugouis Floriacciisis Jlist, écoles,, ibid., IX, p. 362.
') a Ex Ambelli^ casuUo Galiiae, in ter Afp^'s ovlux Provinciœ, prope flumen de Derausum (M. G. Il, SS, Vil, p. 74. Cf. liecherches^ p. 72-80; Foinicr, 1, p. 562-563.
*) « Inter Alpes vero talis rupacitas aquarum et collisio lapidum fuit, ut flaxurax e». vestigia viaruni per dcvfxa nwntts lafei*a nullo wodo pi'ospici poterit » (Ann. FutdenscSj M. C. H. SS. I. p. i03).
récit des méfaits des Sarrasins dans les Alpes*). Qu'il suffise de rappeler ici la désolation de l'église d'Embrun*) et la destruction de l'abbaye de la Novalaise')etde renvoyer le lecteur aux ouvrages spéciaux qui s'occupent de cette question.
A cette époque désastreuse, Téglise d'Embrun avait pour archevêques : Théodulphe (912;, S. Benoit r916-926), S. Libéral (927-336), Boson (943-945), Ponce (992). Nous n'avons rien de précis à dire sur les événements dont ils furent les tristes témoins et souvent les victimes, et cela faute de documents. Ainsi qu'on l'a fait remarquer, maintes fois déjà*), les archives antérieures à Tan 1000 dans Tancienne province ecclésiastique d'Embrun font complètement défaut. Nouveau motif de « recueillir pieusement, comme des reliques de nos ancêtres les débris de toute sorte et de tout âge qu'un heureux hasard peut faire découvrir*') ».
*i Voy. Recherches^ p. 85 et s. ; René Foupardin, Le royaume de Provence sous les Carolingiens. Paris, 1001, in-S*», p. 257 et suiv. Cf. Annales des Alpes, VI, p. 46-47.
*) Ebredunensem fcclesiam inctirsione et pervasione Sararcenorum prostralam miserabiliter (Gallia Christ., lll, insli*. p. 178.
3) Chron, noval., liv. IV, 26. Cf. Recherches, p. 87 et suiv. ; Fornier, I, p. 573-608.
*) Cf. Poupardin, op. cit., p. 3i.
5) Reoherch. histor. sur Us Hautes- Alpes, 1881, p. 134,