I.EHÉMAK
Comme si j'avais le bonheur de vous avoir pour fils : nous avons parlé de nos dangers « venons à présent à nos ressources , c'est Farticlè essentiel ; d'abord , cette habitation écartée , ces vêtemens du pays , que le vieux chasseur riôus a procurés , et à la faveur desquels nous pourrons , j'espère , échapper aux yeux les plus cljirvoyans. Voilà pour la sûreté... et pour rentrer dans vos états, pas un soldat, pas une arme en état de vous servir ; mais un sac de pièces d'or, dont nous saurons trouver l'emploi ; notre traité d'alliance avec
lesTurçS ; ( I) montre un rouleau de papiers i{ui est dans son sèîn. )
le firman du grand-seigneur , sa promesse de vingt mille tom^ns ; le nom de tous lesseigneurs hongrois qui vous ont choisi pour chef; et enfin ^ si tout cela manque, pour dernière ressource, la mort, qui
est toujours là pour les braves , et qui les console s ils n*ont pu réussir.
FJËDERIC.
Mais « à la faveur de notre déguisement , nous auronis beau échapper aux recherches de Léopold ^ ces papiers suffiraient pour nous trahir.
AM£LtNA.
Et d'un autre côté , ces mêmes papiers sont bien précieux , indispensables même.
FEDERIC
Sans doute : surtout si nous nous trouvons obligés de quitter la Hongrie , de traverser la Pologne , de chercher un asile sur les terres de Soliman , ce seraient nos seules preuves , nos seules garanties!...
LEHEMAH.
Aussi les conserverons-nous avec soin jusqu'à rinstant où ils pourraient compromettre notre sûreté... mais n'oublions pas une de nos ressources sur laquelle je compte le plus.
AMELINA.
Expliquez-vous.
LEHEMAN.
Mon Amélina , je t'ai promis tout-à-l'heure une occasion de signaler ton zèle.
AMEUNA.
Pourriez- vous me la procurer ?
LEHEMAN.
A l'instant même. Écoute ! tu vas parcourir les villages qui nous environnent.
â6o LEHÉMAN,
FÉDÉRia
Quoi ! vous voudriez exposer votre fille ?
LËHÉMAN.
Ma fille.- oui , vous venez de le dire ; ne Toublîez donc pas, et souvenez-vous qu'il n'y a point de danger qui puisse arrêter la fille de celui qui vous a juré fidélité, et qui s'est juré, à lui, de vivre et de mourir pour vous.
AMEIJNA.
Je l'ai juré aussi , mon père»
O mes amis! . je m^oppose...
LEHÉMAN , gaiement.
Mon cher Çédéric^ j'en suis bien fâché,, mais ici vous n'êtes plus souverain , et je vous déclare que je vous désobéis. Ma fille ^ tu vas donc nous quitter ; ne pouvanf , par ton sexe ^ par ta jeunesse, faire naître de soupçons, soit parmi les habitans de ces villages ^ soit même parmi les sol- *dats de Léopold , s'il en pénétrait dans ces tristes climats... la seule enfin de nous trois qui puisse se montrer sans crainte, puisque personne ne te connaît ici , tu vas donc , dans les habitations voisines, t'informer adroitement si notre armée s'est ralliée , $i elle est bien éloignée de ces lieux , si Bérésini la commande , si , parmi les Hongrois de , ces contrées, il nous reste encore des amis... (Bas et en la tirant à part. ) Tu scns quel risquc tu courrais, si on venait à soupçonner le motif...
AMÉUNA , bas.
Oui , mais prenez bien garde que Fédéric n'entende.
OPÉRA-COMIQUE. 35i
LÉHÉMAK, bas.
Ne crains rien. (Haut.) Et , comme je te le disais , à la faveur de ton apparente misère , de ton âge , fait pour inte'resser , de tes prières touchantes , tu écouteras » tu «observeras tout, et personne ne se défiera d^un enfant abandonné , qui ne semblera demander qu'un asile et du pain.
AMÉLINA
Mon père , vous verrez que ma prudence égalera mon attachement pour... pour vous.
LÉHEMAN.
Pour nous... tu peux le dire en ce moment, et cela t^est bien permis.
FEDERIC
Mais n'appréhendez- vous pas sa timidité...
AMEIJKA. .
Soyez tranquille , je saurai prendre le ton , le langage... oui... voyez plutôt.