DÉLY, OSMIN, OMAR, SEID
DÉLY.
£h bien ! Seid, Omar est venu me dire. . .
iSEID.
Et TOUS allez juger , Seigneur , de la fidélité de son récit ; remarquez , s^il vous plaît , la tête bien placée , les yeux ...
DÉLY-
Finis , Seid , ton impertinente énumération , à mon âge on voit tout cela du premier coup d'œil.
GULNARË , à Dély.
Je te remercie de m'avoir épargné de nouveaux affronts.
DÉLY.
Tu ne dois jamais en éprouver, et f ai trop de plaisir à découvrir les perfections d'une jolie femme pour souffrir qu'on me le ravisse en me les indiquant.
GULNARE
Je dois tout craindre d'un pareil examen .
DÉLY.
Toi , craindre !... J'aperçois des choses qui , en vérité , n'ont pas besoin d'indulgence.
&ULNAR£ , à Seid.
Il est galant !
36 GULNARE
DELY, k Seid.
Elle est jolie !
SEID, à tous deux.
Bon !
DELT 9 montrant Osmin.
Quel est cet homme ?
SEID
Le marchand.
DÉLY.
Le nom de cette esclave ? . . .
SEID
Gulnare.
DÉLY.
Elle parait timide.
SEID , bas à Dély.
Encouragez-Ia.
GULNARE
Vous me regardez , Seigneur , mon embarras ne peut qu'en augmenter... je n'ai jamais beaucoup compté sur mes charmes; aussi ai -je tâché de joindre aux attraits, qui passent, lestalens, les qualités , qui restent toujours ; esclave , malheureusement destinée à appartenir au premier à qui je saurai plaire , j^en conviendrai pourtant. . . en vous voyant , je suis tentée d'oublier tout ce que ce moment a de fâcheux, pour ne penser qu^au plaisir de mériter votre suffrage.
DÉLY.
Mon suffrage! peut-on être juste et te le refuser? (A Seid.) Je n'ai jamais entendu d'esclave s'exprimer comme elle.
SEIIV) à Dëty, bas.
Ah ! ah ! je le savais bien ; c'est votre fait. ( Bm ^ Gulnare. ) Continuez.
GULNARE
Hëlas!
DELT, yhremeiit, et lui serrant la main.
Tu soupires !... je t^ai entendu soupirer ?
GULNARE
Tu vois le lieu ou nou$ sommes ? peux-tu m Vn blâmer?
df.lt.
Ah ! quel que soît le maître que le ciel te destine , sois sûre d^élre distinguée , sois-en sûre , Gulnare , je m'y connais.
GULNARE
Ah ! Dély , Dély ! ne juges pas de tous les hommes par toi , tu leur ferais trop d'honneur.
SEID , bas à Dély.
Seigneur , elle s'y connait aussi , comme vous voyez.
DÉLT, à Gulnare.
Tu me flattes*, Guhiare ; mais je Tavoue , mon destin est de croire à ton sexe. Je Tadore, je l'idolâtre ; je fais plus ; trompé par lui , je l'estime encore ; si je n'ai pas trouvé de femmes sensibles, délicates, sincères, je m'en console en pensant qu'il est impossible que le ciel , qui créa ce sexe enchanteur , se soit plu à lui accorder tous les charmes , sans y joindre aussi toutes les vertus. Je ne sais s'il en est beaucoup comme
38 <iUj:-N4RE,
je le désire; je nen trouverai peut-être qu^une dans toute ma yie..^ mais que ^p la rencontre, je pardonne à toutes les autres , an fayeur de celle qui m'aimera de bonne foi.
Chaque mot , chaque regard redouble ma confiance ; tu rends à mon âme toute son énergie , je m'anime , ma démarche est plus libre , ma vqix plus hardie ; il n'y a que mon oceur qui bat .cn^ core de façon à me faire craindre, si jeu'ayais la vanité de croire que le tien n'est pas tout-à-fait tranquille.