‹ Gulnare ou L'Esclave PersanneChapitre 201 sur 203 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

DUBREUIL, écrivant, EDMOND, CAROLINE,

entrant sur la pointe du pîed^ EDMOND, bas.

Il écrit.

DUBREUIL , à part.

Suivons mon plan, et voyons coxnme il réussira.

EDMOND, bas à Caroline.

Je suis curieux de savoir Tefiet qu^aura produit notre visite.

CAROLINE , bas.

Moi, j^en espère beaucoup.

DUBREUIL

Ah ! C^est vous , enfin. ( 11 appuie exprès sur les mots. )

Arrivez donc, Monsieur et Madame Lucas; je vous attends avec impatienoç. pom: novs donner mes dernières instructions.

OPÉ R A-COM IQU È. 469

EDMOND

Vos dernières. . .

DUBRËUIL.

Oui , je pars danç jme heure.

EDMOND

Dans une heure! cette idée-là vous est venue bien subitement, notre maître ?

DUBIIEUIL.

Ah! j'en conviens, j'aurais peut-être dû vous consulter ; mais vous n'e'tiez pas là ; des affaires très importantes vous retenaient sans doute , puisqu'elles vous ont empêché de paraître quand je vous ai appelés ; mais à présent , je vais vous apprendre de quoi il est question. Edmond m'a écrit ; mais sa lettre n'aura pas le sort des autres... Je ne l'ai pas lue et j'y réponds.

( MouTement cl*£draond et de Caroline , qui se regardent)- EDMOND , comnie s*il ne concevait pas.

Ah! ah !

pUBREtJIL.

Oui , je lui réponds ; et comme vous lui êtes très attachés , je veux vous mettre dans la confidence.

EBi^OND.

Vous êtes bien bon , not' cher maître !

DUBREUIL

, Vous verrez, par ce papier, que ceux qui se permettent de m'accuser d'injustice , de barbarie , devraient plutôt se féliciter de mon indulgence et de ma modération.

EDMOND

Je le crois ; (Basa Caroline.) il nous Connaît.

GAHOIINE , bas à Edmond.

J'en ai peur , mais ne nous décourageons pas. TOM. II. 3o

DtJBRÉtJIL.

Écoutez donc ce que je lui écris.

feDMOKD.

Nous écoutons , not' maître.

DUBREUIL y passant au milieu d'pux; Edmond à sa droite , Caro-

* line & sa gauche.

« Monsieur et cher neveu > » forme polie , et qui n^engage à rien ; il saura ce que cela veut dire.

(Mourement d'inteDigence des deux jeunes gens, qui se poussent et se

foBt signe. ) <t Yous De TOUS étes pas soucié de vivre » avec moi quand cela pouvait me convenir : au- 9> jourd'hui , vous avez Tair de le désirer beaucoup ; » mais cela ne me convient plus. Je vous sais gré » pourtant de Tintention , que je veux bien croire » sincère ; je prétends même la récompenser. Je suis » riche ; vous nej'êtes pas : cette terre vaut dix millcv » livres de rentes; elle a fait long-tenvps le bon- » heur de votre mère. Je vous la dotlne ; et , pour » que vous en jouissiez tout de suite , et sans au- » cune gène , je pars à Tinstant , et vous dis adieu » pour toujours. » Eh bien ! vous avez entendu ? Vous gardez le silence... es^ce que vous n^approuyeriez pas? ^

EDMOND , sans se trahir.

Ma fine , non.

DUBREUIL, étonné.

Non ! ah ! ah ! pourquoi ? Cette lettre pourtant.. .

CAROLINE

Ah ! il y a du bon dans cette lettre ; mais c^est la fin qui gâte tout.

DUBREUÏt.

La fin? il me semble poùrtâfnt que le don de cette terre ...

OPERA-COMIQUE. ijt

EDMOND

Il ne l'acceptera pas.

CAROLINE

Il ne doit pas l'accepter : il y a dans cette générosité un air de punition qui afflige , qui humilie ; ce n'est pas votre cœur qui vous a dicté ça ; vous Tavez écrit , vous ne Tavez pas pensé !

DUBREtTIL.

Comment! je ne l'ai pas pensé! je saîs bien cependant. . .

EDMOND

Et moi , je sais aussi que , si vous voulez qu'il Taccepte ^ il f^ut , à Ja place de cette phrase , où vous lui dites adieu pour toujours, en substituer une autre plus douce.

CAROUNE.

Plus amicale.

DUBREUIL

Et cette phrase plus douce , plus amicale , c'est vous peut-être qui me la dicterez ?

CAROLINE

Ma fine, j^en aurai le courage si vous m'en bail-» lez la permi^ion.

DtlBREIÎIL.

Ah! parbleu ! pour la rareté du fait , j'y consens : ' sachons...

CAROLINE, punanlla leltx:^.

Et tout de suite ! où ce que c'est ? m'y voilà : « Je vous donne ^ » d'abord vous mettrez : « Je te » donne , » c'est plus naturel ; plus d^un oncle et plus d'un père,., vous m'eiHende».

itya EDMOND ET CAROLINE,

« Je te donne , » soit !

GA.ROLINE.

Ça va déjà mieux.

EDMOND

je continue : « Je té donne cette terre en te » promettant d'y passer le reste de mes jours entre » ta femme et toi , et de vous chérir tous deux » comme si vous étiez mes enfans. »

CABOUNE.

Oui, c'est ça ! c'est là ce qu'il faut dire. Ecrivez i Monsieur, écrivez.

DUBREUIL

Et vous croyez que cette clause est absolument hécessaitè pour lui faire accepter...

TOUS DEUX

Indispensable !

DUBREUIL

Et si je ne voulais pas , moi , de cette clause ?

. BDREOND.

Eh bien ! il ne voudra pas , lui , de votre bienfait ; dam ! c'est qu'il tient de vous, vot' neveu ;- ^ quand il a mis une chose dans sa tête, rien ne peut.«.

et quoiqu'il n'ait pas été marin... il a de ça... allez;

d;ubreuil.

C'est incroyable ! comment, je n'obtiendrai pas

q\ii\ m'obéisse une seule fois !

Mais il ne s'agit que dé bien choisir. Ordonnezlui , par exemple , de vous aimer, de vous servir^ de vous consacrer sa vie entière !...

DUBREUIL

Eh bien ! eh bien ! c'est assez ; et , puisqu'on ne

veut pas lui porter mes ordres , je les lui signifierai

moi-même.

EDMONI).

Vous le verrez donc ?

DUBREUIL

Morbleu ! il le faut bien à présent ; mais plus de ruse , de stratagème, de déguisement ; c'est lui^ ce sont eux que je veux voir.

EDMOND

Mais ces pauvres jeunes gens , de grâce , n'allez pas les faire venir pour les désespérer encore plus-

CAROliNE.

Ils ont été étourdis , mais ils sont repentans...

EDMOND

Soumis...

Corrigés...

Ils espèrent leur pardon, et je vous avoue même ique c'est cet espoir seul qui va les ramener à vos pieds.

( Ils se laissent tomber à geDOux. ) CAROIJNE.

Ou dans vos bras , si vous voulez nous rendre tous bien heureux.

DUBREUIL , avec Tair de la cx>Ière.

Ah ! c'est donc 'vous !

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