ACTE IV
La parole donnée aux ennemis, la tienne,
Les i>érils de l’Espagne et de la foi clirétienne ;
Et plus que tout cela... cet outrage souffert, '
Cet outrage récent dont 1e roi m’a couvert ,
Et je n’hésite plus! Tu connais ta devise.
Honneur de ton blason; elle te fut transmise.
Mon fds^ chacun de nous la reçoit en naissant Des mains de Dieu : le roi pèse plus que le sang !
DON PÈDRE
Oh! parlez-moi , mon père! oui, ma vertu s’enflamme A vos nobles accents! vous retrempez mon âme!
G us. MA N.
Et pourtant, tout espoir n’est pa.s encor perdu ;
Oui , j’ai foi dans l’émir* j’attends ce qui m’est dû Pour mon sang^u'odiguc dans leur cause en Afrique; Mais le meilleur espoir est toujours chiméri(iue Quand on attend le bien; le mal plus aisément Arrive sur la terre et trompe rarement ;
Donc , s’il s’évanouit , cet espoir que j’embrasse ,
S’il faut mourir , mon fds, meurs digne de ta race;
Ta gloire , après ta mort , partout va retentir ;
Meurs trois fois ; meurs chrétien, chevalier et martyr!
DON PEDR Ej sorrant la main do son p<^re«
Oh ! c’est vous maintcoant qui tremblez , vous !
Silence !..
Voilà pourtant de nous, oui, voilà -ce qu’on pense!... Nous n’avons rien d'humain; par orgueil nous donnons Le sang de nos enfants pour illustrer nos noms!
Oui , je tremble, mon fils, et Gusman je me nomme ;
GÜSMAN LK BRAVE.
Lo héros est toujours l’enveloppe de l’homme;
Notre cœur snis'ue aussi , par la blessure ouvert On ne voit pas le sang, l’armure l’a rouvert!...
Devant ta mère encore , à cette terrible heure ,
Je dérobe avec soin ma plaie intérieure ,
Et quand elle me croit froidement odieux,
Toute mon âme pleure et sans mouiller mes yeux.
DON PkDRE.
Oh ! ces touchants secrets qu’à tous vous voulez taire, J’en suis le confident et le dépositaire.
Quelle gloire pour moi !
(IVSM A.N.
Mon fils, parle plus bas!..*- Le courage qui brille au soleil des combats,
C’est la vertu do tous ; vertu des nobles r^ces ;
Mais il est des combats où le fer des cuirasses Est inutile au cœur , et le courage aussi ;
C’est un de ces assauts que je soutiens ici.
Oh! qu’il serait aisé, mon fils, de toujours vivre Dans l’air de la bataille, où lo soleil enivre,
Où le noble triomphe appartient au plus fort !
Où la gloire est partout, dans la vie et la mort!
Mais l’homme ne fait pas toujours ce qu’il envie ;
Dieu nous donna deux biens, deux, l’honneur et la vio ! La vie, on la prodigue, on la prend à deux mains.
Par lambeaux, on la jette aux buissons des chemins; Mais l’honneur, on le garde, on en est économe.
Car c’est le seul trésor qu’à Dieu doit rendre l’homme. Et devant la rigueur du céleste héritier Ce trésor est perdu, s’il n'est pas tout entier!