‹ Gustave Flaubert, avec des fragments inéditsChapitre 14 sur 63 · Id., p · texte numérisé non relu

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l'esthétique de FLAUBERT 2d

En définitive, ce sont ks mystiques qui onl rais^on contre les logiciens et les savants : « Si tu savais, — dit la Science à l'Orgueil àa-ns la Tentatio?i de saint Antoi fie, — si tu savais comme je suis malade!... Lèvent qui souffle éteint mon flambeau, et je reste pleurant dans les ténèbres... Et puis, j'ai peur ! Car je vois passer sur le mur comme des ombres vagues qui m'épouvantent. » Le sens du mystère est partout dans l'œuvre de Flaubert, môme dans ses romans les plus réalistes : « Je suis mystique au fond. — écrit-il à Louise Colet, — et je ne crois à rien ^ » 11 est un mystique bonteux, qui n'ose pas suivre son instinct, qui. par scrupule de bon ouvrier, ne veut pas engager son art bors des voies certaines de la réalité. Comme saint Antoine, après l'assaut des tentations, se remet en prières, il laisse pass€5r les suggestions de l'au-delà et il se remet au travail, qui est sa prière à lui. 3Iais toute son œuvre, pourtant si nette et si arrêtée dans ses contours, est une allusion perpétuelle à l'Inconnaissable. Cet homme, dont l'imagination était si concrète, a su trouver des mots qui effleurent l'inexprimable et qui ren-

■1. Correspondance, II« série, p. 101.

dent le son de rinfini : « On se précipite, — dit la Luxure, — à des rencontres qui effrayent. On rive des chaînes que Ton maudit. D'où vient l'ensorcellement des courtisanes, rextravagance des rêves, V immensité de ma tristesse?.. y »

Ayant ainsi reconnu les droits du cœur et fait sa place au sentiment, Flaubert n'en est pas moins convaincu que la faculté maîtresse de l'artiste, c'est l'intelligence qui représente et qui construit. La monde n'existe, pour nous, qu'autant qu'il est pensé. La sensation, l'obscur pressentiment n'ont de réalité qu'autant qu'ils se réduisent à une idée, ou qu'ils se rattachent à un système d'idées préalablement vérifiées. L'esthétique de Flaubert est, dans son fond, éminemment classique et cartésienne : « Ceci est pensé, donc ceci est. » L'art doit être intellectuel.

Bien plus : tout en sachant la fécondité orig-inelle de la sensation et de l'émotion, l'artiste sera constamment en e^arde contre leurs tromperies. Il évitera de céder en aveugle à son premier mouvemenl. Non seulement il s'efforcera de régler et de

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critiquer son émotion, mais il sera capable de Texciter au besoin. Cette domination sur le sentiment est le grand signe de sa maîtrise : « Arrêtant Tumotion qui le troublerait, il sait faire naître en lui la sensibilité qui doit créer quelque chose ^ » Flaubert va plus loin, il exagère sa théorie à plaisir. 11 ne lui suffît pas que rintelligence crée l'émotion, il faut encore qu'elle crée la réalité. L'univers conspire avec la pensée, ses lois sont identiques à celles de Tesprit. Suivant la formule aristotélicienne, la matière aspire à la forme, elle désire devenir pensée. Dans un des épisodes les plus singuliers de la première Éducation sentimentale^ il imagine qu'un des héros, par la seule force de sa pensée, arrive à donner un corps réel à une pure hallucination ^. Ce n'est là évidemment qu'un paradoxe romantique. Mais Flaubert est convaincu, comme Renan et comme Taine, que l'univers s'empresse de donner raison au savant, en vérifiant ses lois, ou en justifiant ses hypothèses. A propos d'un oiseau fabuleux, le Dinorius, qu'il voulait sans doute faire entrer dans ^di Tentât ion de saint Antoine, il écrit, quelque temps après, à son ami Bouilhet : « Sais-

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