‹ Gustave Flaubert, avec des fragments inéditsChapitre 16 sur 63 · Correspondance, W série, p. Î · texte numérisé non relu

Correspondance, W série, p. Î

l'esthétique de FLAUBERT 33

que ses idées semblaient venir de son cœur y tant elles avaient de chaleur et d'audace ^ . »

Il n'en est pas moins vrai qu'il existe une antinomie gênante entre la pensée et la réalité, entre l'art et la vie. Comment résoudre cette antinomie? Pour Flaubert, la conciliation des deux termes s'accomplit dans l'œuvre de beauté. La beauté est quelque chose de parfait, de fini, qui satisfait complètement l'intelligence, et qui, pourtant, laisse le champ libre au rêve, ouvre à la pensée des perspectives sans limite. Elle est un symbole de l'absolu. Devant elle, l'esprit abdique, la logique perd ses droits, comme devant l'émotion et ; devant la vie.

En cela, Flaubert se sépare absolument des romanciers anglais, narrateurs d'aventures ou chantres de l'action, — pour qui le fait brutal, la tranche de vie, la thèse sociale ou religieuse sont la grande affaire. Pour lui, il faut que la réalité se compose et se traduise sous les espèces de la beauté. La beauté avant tout, tel est le grand précepte de son art. A la veille de sa mort, iFécrivait encore à George Sand, à propos d'Alphonse Daudet et de Zola : « Aucun d'eux n'est préoccupé avant tout de

ce qui fait pour moi le but de l'art, à savoir la beauté ^ » De là, chez lui, l'importance capitale qu'il attribue à la composition\'t au style.

Maintenant, quelle sera la matière de l'art ainsi conçu ?

Ce n'est pas seulement une question de préférences personnelles. Flaubert se rendait bien compte qu'il existe une sorte d'harmonie préétablie entre le sujet et le talent de l'écrivain. La rencontre d'un sujet parfaitement approprié à un tempérament est une chose très importante à ses yeux. On s'est mépris, cependant, sur sa pensée. De ce qu'il accordait au style une attention extrême, on en a conclu que, pour lui, le style est tout et que la matière est indifférente. Peu importe le sujet, disait-on : tout dépend de l'exécution. C'est une erreur. Un écrivain ne peut pas traiter n'importe quoi.

En ce sens, on peut affirmer que le vrai sujet de Flaubert, c'a été l'antiquité, dans ce qu'elle a de romantique, de passionné et de décoratif. Voilà ce

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