‹ Gustave Flaubert, avec des fragments inéditsChapitre 17 sur 63 · Correspondance, IV<= série, p · texte numérisé non relu

Correspondance, IV<= série, p

l'esthétique de FLAUBERT 35

qui répond h son tempérament. Mais si, instinctivement, il situe son art dans le passé, peut-être, en cela, obéit-il aussi à une sorte de nécessité interne de son esthétique. Pour qu'un morceau de la réalité ait toute sa valeur représentative, ne faut-il pas que cette réalité se recule dans le passé, oii elle se dépouille de toutes ses contingences, pour ne plus manifester que ses caractères essentiels et permanents ? Cest la tendance de notre art classique du ?vVii^ siècle.

Quoi qu'il en soit, Flaubert a démesurément aimé l'antiquité. Il a commencé par en admirer le côté théâtral : le cirque. Tamphithéàtre, la pompe des triomphes, — Rome bien plus que la Grèce, et Rome de la décadence. Héhogabale et Néron sont les héros de ses enthousiasmes juvénile-s. Il écrivait, en 18i4, à Louis de Cormenin : <c J'admire Néron : c'est 1" homme culminant du monde antique. Malheur à qui ne frémit pas, en lisant Suétone. J'ai lu dernièrement la vie d'Héliogabale dans Plutarquei'^). Cet homme-là a une beauté différente de celle de Néron. C'est plus asiatique, plus fiévreux, plus romantique, plus effréné : c*est le soir du jour, c'esl un délire aux flambeaux. Mais Néron est plus calme, plus beau, plus antique^ plus

posé, en somme supérieur. Les masses ont perdu leur poésie depuis le christianisme. Ne me parlez pas des temps modernes, en fait de grandiose. Il n'y a pas de quoi satisfaire l'imagination d'un feuilletonniste de dernier ordre ^ » Et ailleurs, a Maxime Du Camp : « L'antiquité me donne le vertige. J'ai vécu à Rome, c'est certain, du temps do César ou de Néron. As-tu pensé quelquefois à un soir de triomphe, quand les légions rentraient, que les parfums hrùlaient autour du char du triomphateur et que les rois captifs marchaient derrière?... Et le cirque I C'est là qu'il faut vivre, vois-tu ! On n'a d'air que là, et on a de l'air poétique à pleine poitrine, comme sur une haute montagne, si bien que le cœur vous en bat ^ ! »

Tout cela est encore très jeune et passablemeni naïf. Mais les années assagiront ces emballements. Enfin, son voyage en Orient sera, pour Flaubert, le coup de la grâce. Ses yeux s'ouvriront tout à fait. 11 saura précisément pourquoi il aime l'antiquité, et il s'en fera une idée plus originale, en même temps que plus exacte.

Dès lors, il la conçoit en réaliste. 11 cherche à

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