‹ Gustave Flaubert, avec des fragments inéditsChapitre 22 sur 63 · Correspondance, III, p · texte numérisé non relu

Correspondance, III, p

3. Voici dans son entier le passage du Journal des Goncourl: * 29 mars 1862. — Flaubert est assis sur son divan, les jambes croisées à la turque. 11 parle de ses projets, de ses ambitions, de ses rêves de romans. Il nous confie le grand désir qu'il a eu, désir auquel il n'a pas renoncé, d'écrire un livre sur l'Orient moderne, sur l'Orient en habit noir. Il s'anime à toutes les antithèses que son talent trouverait

l'orient et l'aFRIQUE dans l'œuvre de FLAUBERT 81

Enfin, à la veille (le sa mort, il répétait à une de ses correspondantes : « Si j'étais plus jeune et si j'avais de l'arg-ent, je retournerais en Orient, pour étudier l'Orient moderne, TOrientisthme-de-Suez. Un grand livre là-dessus est un de mes vieux rêces. Je voudrais faire un civilisé qui se barbarise, et un barbare qui se civilise. Développer ce contraste de deux mondes finissant par se mêler! Mais il est trop tard... *. »

Ce qui le surprend quand il débarque à Alexandrie, ce n'est ni le pittoresque ni l'exotisme proprement dit, ce sont les hommes : a D'un mot, voici jusqu'à présent comme je résume ce que j'ai res-

dans le boucfuin. Scènes se passant à Paris, scènes se passant à Gonstantinoplft, scènes se passant sur le Nil, scènes d'hypocrisie européenne, scènes sauvages du huis-clos de là-bas et noyade et tête coupée pour un soupçon, une mauvaise humeur : une œuvre qui ressemblerait assez bien, selon sa comparaison, à ces bateaux qui ont, sur le pont, à l'avant, un Turc habillé par Dusautoy, et à l'arriére, sur le pont, le harem de ce Turc, avec ses eunuques et toute la férocité des mœurs du vieil Orient. — Flaubert s'éjouit et se gaudit à la peinture de toutes les canailles européennes, grecques, italiennes, juives, qu'il ferait graviter autour de son héros et il s'étend sur les curieux contrastes que présente, çà et là, l'Oriental se civilisant et l'Européen retournant à l'état sauvage, ainsi que ce chimiste français, qui, établi sur les confins de la Libye, n'a plus rien gardé des mœurs et des habitudes de sa patrie. » (P* série, II, p. 13), i. Correspondance, IV, p. 284.

senti : peu d'étonnement de la nature comme paysage et comme ciel, comme désert (sauf le mirage) ; étonnement énorme des villes et des hommes. Cela tient sans doute à ce que j'avais plus rôvé, plus creusé et plus imaginé tout ce qui est horizons, verdures, sables, arbres, soleil, que ce qui est maisons, rues, costumes et usages. C'a été pour la nature une [retrouvaille et, pour le reste, une trouvaille*. » Ailleurs il écrivait: « Mon genre d'observation est surtout moral. Je n'aurais jamais soupçonné ce coté du voyage. Le côté psychologique, humain, comique y est abondant. On y rencontre des balles splendides, des existences gorgede- pigeon très chatoyantes à Fœil, fort variées comme loques et broderies, riches de saleté, de déchirures et de galons. Et, au fond, toujours cette vieille canaillerie immuable et inébranlable. C'est là labase... -. » — Nous voilà donc avertis. Si Flaubert eût exécuté son projet, nous n'aurions plus retrouvé dans son livre ce facile et conventionnel Orient, quo lord Byron et ses imitateurs avaient mis à la mode. Plus de Sarah la baigneuse, plus de cheik à barbe blanche, plus de janissaire au sa-

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