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pressément, son œuvre serait encore là pour nous prouver que nul n'a suivi en spectateur plus passionné l'histoire de son temps. Est-ce que Madame Bovary^ est-ce que l'Éducation sentimentale ne renferment pas toute une critique des mœurs et même de la politique du xix'^ siècle? Il serait surprenant d'ailleurs qu'un homme qui a eu la prétention de tout savoir, de se lier à toute chose par la sympathie désintéressée, eiit laissé en dehors de sa pensée la politique et l'ordre social, qui sont une part si essentielle des choses humaines.
A côté de son leuvre proprement dite, nous avons les quatre volumes de sa Correspondance. qui nous oflrent. au jour le jour, ses opinions sur les événements et les hommes, ses idées de derrière la tète sur la politique et la morale sociale. On le verra là au naturel, toujours indigné, rugissant, hurlant, — comme il disait. — chaque fois qu'une sottise a été commise, un crime contre Tart ou l'humanité. « llélas ! — écrivait-il à la honne (leorge Sand qui s'évertuait à le comprendre sans y réussir, — hélas î les convictions m'étoufTent * î » Et cela était strictement vrai. Les solitaires comme
lui ont des réserves d'émotions, des trésors de sympathie toujours prêts dont les gens d'action ne se doutent point.
Si la Correspondance de Flaubert ne nous présentait pas cet intérêt si hautement humain, quand elle ne renfermerait aucun des aperçus, aucune des vues profondes sur Fart, dont elle regorge, quand elle ne serait pas une sorte de journal des lettres françaises dans la seconde moitié du XIX* siècle, il faudrait encore l'aimer comme une des lectures les plus réconfortantes et les plus honnêtes. Il faudrait la chérir comme un livre de bonne foi, un de ces livres qui vous deviennent amis et auxquels on retourne sans cesse, dans ses heures de doute et de découragement. Aucune de ses œuvres ne fait mieux connaître et aimer Flaubert : c'est là surtout que l'on sent le grand cœur, l'ame généreuse qu'il a été.
C'est encore un préjugé très répandu que de considérer Flaubert comme une sorte de nihiliste, surtout en matière sociale et politique. Beaucoup de gens s'y sont trompés, George Sand la pre-
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mière^ qui cependant a vécu dans l'inlime confidence du maître. C'est parce qu'il a détesté le mensong-e de toutes ses forces, parce qu'il l'a attaqué avec une ironie féroce, mais détachée en apparence, qu'on l'a accusé de ne pas croire à la vérité. Pour les g'ens lég'ers, le mensonge conventionnel n'est-ce point la vérité et la nature ? Flaubert écrivait en 1870 à son ami Du Camp, comme s'il éprouvait le besoin de se justifier par avance: (( Oui, tu as raison ; nous payons le long- mensonge 011 nous avons vécu, car tout était faux: fausse armée, fausse politique, fausse littérature, faux crédit et même fausses courtisanes. Dire la vérité, c'était être immoral. Persigny m'a reproché tout l'hiver dernier (1(î manquer dHdcal * ! »
flanquer d'idéal ! Flaubert ne s'expliquait pas une si grossière méprise. En vérité, personne n'a eu d'idéal plus simple ni plus nettement formulé, personne n'a marché au but avec plus de rectitude, quelquefois même avec une raideur un peu stoïcienne. Toute sa vie porte le caractère d'une belle ordonnance esthétique et morale.
De même que, pour lui. le but suprême de l'art,