‹ Gustave Flaubert, avec des fragments inéditsChapitre 39 sur 63 · Correspondance, t. II, p. SI · texte numérisé non relu

Correspondance, t. II, p. SI

2. « Flaubert, que je rencontre allant faire exemi)ter da service militaire son domestique à propos d'une varicocèl<\ me dit: « Moi je préférerais être militaire à avoir une infirmité... à savoir même tout soûl qun j'en ai une... Oui, j'ui-

La morale et la politique de FLAUBERT 189

où il fut atteint il crut fermement que la vie qu'il avait rêvée était finie. Lui qu'une de ses amies d'enfance comparait « à un jeune Grec... grand, mince, souple et gracieux comme un atldète * », lui qui avait eu une adolescence si robuste, qui avait caressé tous les rêves d'une vie héroïque et splendide, il allait prendre rang parmi les infirmes. Pour se rendre compte de l'espèce de terreur devant la vie, de découragement irrémédiable qui s'empara de lui à cette époque, il faut lire la page où Maxime Du Camp nous raconte une des crises dont il a été témoin : « Toujours elles se produisaient de la même façon et étaient précédées des mêmes phénomènes. Tout à coup, sans motif appréciable, Gustave levait la tête et devenait très roug-e ; il avait senti Vaura, ce souffle mystérieux qui passe sur la face comme le vol d'un esprit ; son regard était plein d'angoisse et il haussait les épaules avec un geste de découragement navrant : il disait : « J'ai une flamme dans l'œil gauche » ; puis quelques secondes après :

merais mieux servir sept ans que d'avoir la conscience que j'en ai une... d'infirmité. Journal des Goncourt, t. III, p. 32. 1. Cette admiratrice est Gertrude Collier, plus tard madame Tenmant. Cf. Correspondance de Flaubert, Introduction par madame Caroline Commanville, p. XV.

« J'ai aussi une flamme dans l'œil droit ; tout me semble couleur d'or ». Cet état se prolongeait quelquefois pendant plusieurs minutes. A ce moment, cela était visible, il comptait en être quitte pour une alerte, puis son visage pâlissait et prenait une expression désespérée ; rapidement, il marchait, il courait vers son lit, s'y étendait morne, sinistre, comme il se serait couché tout vivant dans un cercueil ; puis il s'écriait : « Je tiens les guides ! Voici le roulier, j'entends les grelots ! Ah ! je vois la lanterne de l'auberge K » Alors il poussait une plainte dont l'accent déchirant vibre encore dans mon oreille, et la convulsion le sou levait... -. »

J'ai rapporté ce passage et j'ai insisté sur le milieu de Flaubert et sur les chances mauvaises qu'il rencontra, pour expliquer davantage sa conduite et aussi pour le justifier d'attaques malveillantes ou inconsidérées. Avons-nous le droit de blâmer cet homme qui. convaincu qu'il est inutile ailleurs que dans l'art, qui. se considérant comme frappé

1. Sa première attaque avait eu lieu sur la route de Pont- Audemer en rencontrant un chariot de roulier, tout proche d'une auberge de Bourg-Achard. Cf. Maxime Du Camp, loc. cit., p. d8.

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