Préface du Mystère des foules
geois d'autrefois, nous divinisons, nous rendons presque sacrées des choses qui sont misérables en elles-mêmes et qui ne deviennent dignes de notre amour, ou de notre révérence, que dans leur rapport avec ce qui ne passe point.
Ces réserves faites, suivons Flaubert dans ses invectives. Ce qu'il reproche d'abord aux bourgeois, ce qui lui répugne instinctivement chez eux, c'est leur manque d'énergie, leur veulerie morale, leur nullité intellectuelle. D'où l'incohérence de leur conduite, mal dissimulée par la tenue extérieure, le vernis de l'éducation et des idées reçues. Ils ne savent pas agir; voilà le principal grief de Flaubert contre eux. Volontiers, il les appellerait, comme Théophile Gautier, « des néants fluides » ^. Cette incohérence de l'action due k la faiblesse de la volonté, c'est pour lui comme le stigmate du bourgeois, c'est à ce signe que l'on reconnaît tous ceux qu'il a dépeints, depuis Charles Bovary jusqu'à Bouvard et Pécuchet. Us s'agitent bien pour de petites satisfactions d'amour-propre ou d'intérêt* mais ils sont prêts à abandonner l'action commencée, pour peu qu'elle les engage trop loin, ou qu'elle les compromette. Ce seront des potdcciniers