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l'esthétique de FLAUBERT 13
et leur fin se reculant pour nous, dans la substance inaccessible. Du coup, Tarliste est délivré de tous les préjugés qui peuvent troubler son regard.
Évidemment, on peut se placer à un autre point de vue, on peut mettre sa gloire à passer, comme on dit, de l'absolu au relatif. Au lieu d'ôtre le spectateur désintéressé, on peut prendre parti dans le spectacle et concentrer toute son attention, par exemple, sur des réalités sociales ou nationales, qui ont, en effet, une extrême importance, puisqu'elles sont nécessaires à notre vie. Mais Flaubert répond à cela: Vivre n'est point notre affaire. ^ Cela ne nous regarde pas. Notre affaire, à nous, c'est de contempler, de chanter la vie. De deux l choses l'une : ou bien vous accorderez à ces faits sociaux ou nationaux une valeur absolue, selon le sentiment populaire, — et, à la réflexion, vous vous jugerez ensuite bien naïfs ; ou vous plaiderez pour eux, en dilettantes de l'action, vous les justifierez d'après une certaine morale, ou une certaine philosophie. Que restera-t-il dcAotre plaidoyer, lorsque cette morale et cette philosophie seront devenues caduques, lorsque votre dilettantisme aura passé de mode ? Derrière les choses présentées par vous^ ce que j'aperçois c'est vous-
même, votre sentiment ou vos idées. Or, le moi est haïssable, les sentiments et les idées sont éphémères. Derrière les choses, il n'y a que le mystère qui les conditionne et qui, à cause de celte nécessité, les rend sérieuses.
La deuxième règle de l'esthétique de Flaubert, — qui n'est que le corollaire de la précédente, — c'est que l'art doit être impersonnel. 11 l'a écrit dans ses lettres et répété si souvent dans ses conversations que nous n'aurions que l'embarras du choix entre une foule de citations exprimant toutes la même idée. Mais, s'il est certain que, pour Flaubert, l'impersonnalité de l'artiste est un dogme capital, ce qui est moins sur, ce sont les interprétations courantes qu'on en a données.
Prendre au pied de la lettre ce précepte de l'impersonnalité, c'est se tromper p^randement. Pour Flaubert, l'esprit de l'artiste n'est pas qu'un miroir, ou, connue on s'est plu à le dire, une plaque photographique, qui reflète mécaniquement le monde extérieur, sans y rien ajouter. Pour lui, l'art, c'est toujours « l'homme ajouté à la nature »,
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— mais r/iomme littéraire, et non point le bourgeois ou le citoyen, l'individu avec ses affaires ou ses sentiments personnels, ses obligations ou ses préjugés de caste et de milieu. Il est trop évident que cet homme littéraire, avec ses aptitudes, ses tics de métier, ses dons supérieurs, ses lacunes et ses tares, marque son empreinte sur une œuvre. Bien loin de le nier, Flaubert reproche au contraire à la méthode critique de Taine de ne pas tenir un compte suffisant de la personnalité littéraire de l'artiste et de la sacrifier insensiblement ou de la réduire à son milieu et à son ascendance,
— c'est-à-dire à tout ce qui n'est pas proprement l'artiste dans un individu : « Il y a autre chose dans Fart que le milieu oii il s'exerce, et les antécédents physiologiques de l'ouvrier. Avec ce système-là, on explique la série, le groupe, mais jamais l'individualité, le fait spécial, qui fait qu'on est celui-là. Cette méthode amène forcément à ne faire aucun cas du talent K »
Mais, dira-t-on, la personnalité inférieure de l'écrivain, l'homme d'une certaine époque, d'un certain milieu, d'un certain tempérament reparaît