‹ Gustave, le mauvais sujetChapitre 28 sur 40 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Duel. — Le petit Savoyard.

Gustave se rend chez madame Fonbelle en sortant du spectacle; il espère l'apaiser et se justifier. Mais la femme de chambre lui apprend que sa maîtresse ne veut

recevoir personne. — Quoi! pas même son futur époux?

— Personne, monsieur, tels sont les ordres de madame.

— Ah ! dit notre héros en revenant près de son oncle, je ne suis pas encore marié!... Eugénie est d'une jalousie... Se fâcher pour des choses qui se sont passées avant notre liaison!... c'est être trop susceptible... Je l'aime cependant et je sens que je lui serais Adèle : elle n'en croit rien, parce que j'ai la réputation d'un volage... mais je ^ aux mieux que ma réputation.

Gustave ne dit rien à son oncle de sa dernière aventure, et le lendemain, au point du jour, il se lève pour se rendre à son rendez-vous.

Pour éviter le bavardage de Benoît, Gustave est décidé à ne point l'emmener. Mais comme la chance peut lui être contraire et qu'il est bon d'avoir près de soi quelqu'un qui puisse nous rapporter à notre demeure, Gustave se propose de se faire suivre par le jeune commissionnaire, dont le zèle pour lui ne s'est jamais démenti.

Gustave prend ses pistolets et sort de son appartement. Tout le monde dort encore dans l'hôtel, dont la grande porte est fermée. Il faut réveiller le portier, cela contrarie Gustave; cependant il s'avance et frappe contre le carreau en demandant qu'on lui ouvre la porte cochère.

Au lieu de tirer simplement le cordon, le portier se lève en chemise, passe la tête à sa fenêtre et regarde qui est-ce qui sort de l'hôtel de si bon matin.

— Comment!... c'est vous, monsieur Gustave?

— Oui, c'est moi, monsieur Benoît; ouvrez-moi, je vous prie...

— Monsieur sort de bien bon matin!... Est-ce que monsieur le colonel serait indisposé ? Est-ce que sa goutte aurait remonté? Est-ce que...

— Mon oncle dort, je l'espère, et vos questions m'ennuient beaucoup. Ouvrez-moi vite, je suis pressé.

— Mais je ne vois pas mon fils pour accompagner monsieur ! Benoît ! . . . Benoît ! . . .

— Eh, morbleu ! si j'avais eu besoin de votre fils, i'au-

rais bien su le réveiller... Ouvrez cette porte... Votre bavardage me lasse en lin...

Le ton de Gustave n'admettait pas de réplique. Lo portier ouvre la porte en se confondant en excuses. Notre jeune homme est dehors; il craint que le petit Savoyard ne soit pas encore arrivé; il jette les yeux sur sa place ordinaire... Le petit bonhomme est déjà assis sur la borne : il mange un morceau de pain qu'il arrose de larmes ; Gustave s'approche doucement et lui frappe sur l'épaule; le Savoyard, troublé à la vue de Gustave, s'empresse d'essuyer ses yeux.

— Quoi, mon ami, je te vois toujours pleurer?... pourquoi ne pas me conter tes peines? Si tu es dans la misère, si tes parents sont malheureux, prends cette bourse et ne la ménage pas! J'ai souvent prodigué l'argent pour des folies, mais je n'en suis point avare pour secourir les infortunés.

— Je n'ai besoin de rien, répond à demi- voix le petit Savoyard en repoussant la bourse que lui offre Gustave.

Celui-ci éprouve un sentiment qu'il ne peut définir. Les accents du pauvre petit sont doux comme ceux d'une femme; ils retentissent jusqu'au fond de l'âme de Gustave, qui cherche à se rappeler à quelle époque de sa vie une voix aussi douce a déjà fait palpiter son cœur.

Mais le temps s'écoule, et il ne faut pas faire attendre M. Dubourg.

— Suis-moi, dit Gustave au commissionnaire, j'ai besoin de toi.

Celui-ci se lève aussitôt et marche sur les pas de notre héros, qui se dirige vers l'allée des Veuves, aux Champs- Elysées : c'est là que M. Dubourg doit se trouver, Gustave l'aperçoit en effet, se promenant sur la chaussée. Il fait arrêter son petit compagnon à une ceutaine de pas de M. Dubourg, et lui ordonne d'attendre à cette place qu'on vienne le chercher. Le Savoyard fait ce qu'on lui dit. et Gustave s'avance vers M. Dubourg,

— Je suis désespéré, monsieur, de vous avoir fait attendre.

— Il n'y a pas de mal, monsieur; je ne fais que d'arriver... Avez-vous des pistolets?...

— Oui... Mais éloignons-nous encore un peu, je vous prie; je suis bien aise que cet enfant, qui m'a suivi, ne puisse nous apercevoir...

— Comme vous voudrez, monsieur.

On fait quelques pas dans une autre allée. Gustave s'arrête; les deux adversaires s'éloignent:

— ■ Tirez, monsieur I crie Gustave, vous vous croyez offensé, c'est à vous de commencer.

M. Dubourg ne se fait pas prier; il ajuste Gustave, qui est atteint au côté droit ; il tombe, et M. Dubourg court à lui : — Eh bien ! monsieur, conviendrez- vous enfin que vous m'avez fait cocu?...

— Non, monsieur, non, je ne conviendrai point d'une chose qui n'est pas, et près de mourir je vous affirmerais encore que vous vous trompez.

— En ce cas, monsieur, je suis désespéré de ce qui vient de se passer... Je vais vous envoyer une voiture et votre petit bonhomme.

M. Dubourg s'éloigne, et trouve le petit Savoyard fort inquiet : le bruit du pistolet était parvenu jusqu'à lui, et il allait courir chercher Gustave, lorsque M. Dubourg vient lui dire que son maître est blessé. Le pauvre garçon vole aussitôt vers l'endroit où Gustave est resté... 11 l'aperçoit couché à terre et couvert cle sang ; il s'approche de lui, il veut le secourir, mais il n'en a pas la force, et il tombe sans connaissance près du blessé.

— Parbleu! dit Gustave, j'ai eu là une belle idée d'emmener avec moi cet enfant que la vue d'une blessure fait trouver mal!,.. Si je pouvais le secourir!... mais je n'ai rien sur moi... Je sens que je ne puis marcher... et personne ne passe... Il est de bonne heure : si M. Dubourg ne trouve pas de voiture à m'envoyer, nous resterons longtemps sans secours!...

Gustave appelle... Personne ne paraît; il veut marcher et chercher du monde, mais ses forces l'abanion nent, et il tombe lui-même Bans connaissance4 près du petit Savoyard.

Heureusement pour notre héros et son compagnon que M. Benoît, le portier de l'hôtel, était aussi curieux que bavard. Après avoir ouvert sa porte coehère, il avait appelé bien vite son fils : celui-ci venait de se lever: il accourt près de son père, qu'il trouve se promenant en pet-en-1'air dans la cour et allant de temps à autre regarder au travers de la fenêtre de sa loge qui donne .sur la rue.

— Qu'est-ce donc qu'il y a, papa?... — Do mystère. mon garçon... du louche dans la conduite de M. Gustave... Il vient de sortir de l'hôtel comme un furieux... sans daigner me répondre... Tiens... il est là-bas... qui cause avec le petit commissionnaire... — Ah! pardi! c'est son favori, vous le savez bien... — Attends... le v'ià qui s'en va... et le Savoyard le suit... Benoît, c'est ton maître... tu dois le suivre aussi... mais de loin... —Je n'ai pas de chapeau... — Prends mon bonnet de soie noire... Va vite... ne les perds pas de vue .. Tu me diras tout ce que tu auras appris. — Soyez tranquille.

Benoît avait donc suivi de loin Gustave et le Savoyard. 11 s'était arrêté lorsque son maître avait fait attendre le petit bonhomme; il avait entendu le coup de pistolet; il avait vu M. Dubourg s'éloigner, et avait couru après lui pour savoir si son maître était blessé; sur la réponse affirmative, il était allé chercher une voiture, et il arriva sur le champ de bataille quelques minutes après que Gustave eût aussi perdu connaissance.

Benoît, aidé du cocher, place son maître dans la voiture; il se met près de lui, et fait partir le fiacre sans s'inquiéter du petit bonhomme, qu'il laisse sans secours. M. Benoit est vindicatif; il est bien aise de se venger de quelqu'un qu'il n'aime pas. Les sots sont d'ordinaire rancuniers : il n'appartient qu'aux grandes âmes de par-

donner les offenses et de rendre lé bien pour le mal.

On arrive à l'hôtel. Gustave a repris ses sens ; il est reçu par son oncle, qui se promenait dans son appartement, fort inquiet de son neveu (car le portier avait eu soin de lui annoncer, en les amplifiant, tous les événements du matin), et jurant après sa goutte qui l'empêchait de sortir.

« Heureusement la blessure de Gustave était légère, et ne devait causer aucune inquiétude. Ce ne fut qu'après en avoir reçu l'assurance que le colonel gronda son neveu. Celui-ci contait à son oncle tout ce qui lui était arrivé la veille, lorsqu'on lui apporta une lettre de madame de Fonbelle. Gustave la lit, puis la passe à son oncle... — Êtes-vous raccommodés? dit le colonel. — Lisez, mon oncle, vous verrez qu'il n'y a pas moyen de me marier. Le colonel lit la lettre suivante :

« En vous épousant, Gustave, je ne veux faire ni votre malheur ni le mien. Je sens que je vous aime trop pour être heureuse avec vous. Votre caractère léger et volage livrerait sans cesse mon âme aux plus cruels tourments. Depuis deux jours j'ai acquis les preuves de votre inconstance, et le passé me fait trembler pour l'avenir. Adieu. Les Julie, les Dubourg, les Lise, les jeunes filles de village vous consoleront de la perte d'Eugénie. »

— Que le diable emporte les femmes, les amants, les intrigues et les mariages! dit le colonel en jetant la lettre en l'air ; mais aussi, c'est ta faute, tu ne fais que des sottises!... — Mon cher oncle, cette fois, permettez-moi de vous dire que je ne suis nullement coupable; une méchante femme a tout fait. Madame de Saint-Clair a préparé toutes les scènes qui ont eu lieu : depuis longtemps elle cherchait à me faire perdre le cœur d'Eugénie: elle y a réussi. Mais si madame Fonbelle croit, avant d'être ma femme, tout ce qu'on lui dit contre moi, je ne dois pas regretter sa main. Pour vivre heureux, il ne faut pas avoir de secrets l'un pour l'autre; il ne faut pas surtout prêter l'oreille aux discours de ceux qui cherchent à troubler notre repos. — Si tu étais bien amoureux d'Eu-

génie, tu ne raisonnerais pas aussi froidement. Allons, je

vois qu'il est dit que tu mourras garçon. — Non, mou oncle, non... je me marierai; je veux vous donner cette satisfaction; et, puisque je ne trouve pas ici une femme qui veuille de moi, eh bien! je vais, dès que ma blessure sera guérie, me mettre en voyage. J'irai en Suisse, où Ton dit que les femmes sont sincères ; en Angleterre, ou elles aiment avec passion; je visiterai les quatre parties du monde s'il le faut, et je finirai peut-être par trouver une femme qui ne s'effraiera pas d'épouser un mauvais sujet. Mais à propos... je ne vois pas... Benoît!.. . Benoît !... — Me voilà, monsieur! — C'est toi qui m'as trouvé sans connaissance dans les Champs-Ély- — Oui, monsieur. — Tu as dû voir près de moi un petit commissionnaire?... le pauvre garçon s"est trouvé mal en me voyant blessé...— Ah!... le Savoyard du coin?... — Oui, le petit Savoyard... Eh bien, réponds, qu'en as-tu fait?... — Moi, monsieur, rien du tout!... — Comment, drôle que tu es, tu as abandonné cet enfant sans lui porter secours?... — Monsieur... il s'est sauvé dès qu'il m'a aperçu... — Sauvé! .. et il était sans connaissance... — Oh! pardonnez-moi, monsieur, il chantait quand je suis arrivé avec la voiture. — Il chantait... au lieu de me chercher du secours?... Benoît, vous en imposez... — Monsieur n'a qu'à demander à mon papa, il lui dira que je suis bien élevé, et que... — Benoît, si le Savoyard ne reparaît pas aujourd'hui devant l'hôtel, je vous chasse. — Mais, monsieur...

Benoît cherchait à se disculper, lorsqu'on entendit du bruit dans la cour ; un domestique vint dire que le petit Savoyard venait d'arriver à l'hôtel, et demandait avec instance à voir M. Gustave.

— Qu'il vienne, dit Gustave. Le petit bonhomme accourt ; il se précipite au pied du lit du jeune blessé, il saisit sa main et la couvre de larmes.

— Oh! le petit sournois! dit tout bas Benoît, comme il fait lecâlin! et tout ça pour tâcher d'être jockey démon maître.

Gustave rassura le petit commissionnaire sur sa santé, et le questionna pour savoir si Benoît avait dit la vérité. Pendant que Gustave interrogeait le Savoyard, et que Benoît cherchait un prétexte pour s'excuser près de son maître, le colonel considérait le petit bonhomme, et paraissait fortement préoccupé.

M. Benoît fut grondé, le Savoyard récompensé pour son attachement à Gustave, et on laissa le malade prendre un peu de repos.

Au bout de dix jours, la blessure de Gustave était fermée. Pendant ce temps, le colonel s'était informé de ce que faisait madame Fonbelle ; il apprit avec peine qu'elle venait de partir pour une de ses terres. Cette nouvelle lui ôta l'espérance de renouer l'hymen de son neveu et d'Eugénie, car Gustave n'était pas homme à courir sur les traces d'une femme qui paraissait le fuir.

Dès que Gustave fut rétabli, il songea à tout préparer pour ses voyages ; il était décidé à s'éloigner pour quelque temps' de la France où rien ne l'attachait ; il avait, pour plaire à madame Fonbelle, rompu avec toutes ses anciennes connaissances ; Julie avait dit adieu aux intrigues ; les danseuses de l'Opéra ne séduisaient plus notre héros ; la petite Lise venait de se marier à un chapelier^ et se contentait de faire enrager son mari ; Suzon avait disparu ; Olivier, continuant déjouer au lieu d'aller à son bureau, avait perdu sa place, et sa conduite était tellement dérangée, que Gustave, qui dans ses folies se respectait encore, ne pouvait plus faire sa société d'un homme qui ne fréquentait que les filles et les mauvais lieux ; Gustave n'avait donc plus rien qui le retînt à Paris. Il fit part au colonel de sa résolution ; et celui-ci l'approuva, espérant que les voyages mûriraient la tête c'e son neveu.

Gustave fit tous ses préparatifs, et consentit à emmener Benoît avec lui pour prouver "à son oncle qu'il n'avait pas l'intention de se livrer à de nouvelles intrigues, car . ■■ -dation de Benoît était faite : on savait qu'il

n'était bon qu'à servir à table et à panser un cheval.

Benoît était enchanté de suivre Gustave, ••ai- il avait craint d'abord qu'il ne prît envie à son maître d'emmener le petit commissionnaire : dans sa joie, il parlail il chaque instant à son père de ses prochains voyages, et il avait soin de corner cela aux oreilles du petit bonhomme, parce qu'il croyait s'apercevoir que cela le chagrinait. M. Benoît était essentiellement taquin.

Le jour du départ est arrivé. Le colonel veut accompagner son neveu jusqu'à Saint-Germain : il fait préparer sod cabriolet, et Benoît est envoyé en avant avec des chevaux, car c'est à cheval que Gustave veut voyager : c'est en effet la manière la plus agréable pour bien connaître le pays que l'on parcourt.

En montant en cabriolet, Gustave cherche des yeux son petit commissionnaire, auquel il veut laisser des marques de sa générosité ; mais le Savoyard n'est pas à sa place : on ne voit même ni sa sellette, ni son petit banc; Gustave est étonné de l'absence du 'petit bonhomme, et fâché de partir sans l'avoir revu.

Le cabriolet part. En deux heures on arrive à Saint- Germain. Le colonel se dirige vers l'auberge où l'on a donné rendez-vous à Benoît ; déjà on en approche, lorsqu'une voiture bourgeoise, allant comme le vent, vient contre le cabriolet du colonel ; celui-ci n'a pas le temps de l'éviter ; le cocher maladroit accroche le léger cabriolet, le renverse, et fouette ses chevaux pour se dérober à la colère du colonel .

Gustave et son oncle sont tombés de côté ; le colonel se relève en jurant, il n'est pas blessé. Gustave a un pied foulé : mais des cris plaintifs se font entendre derrière eux. La foule empressée entoure le cabriolet. Le colonel s'informe si sa voiture en tombant a blessé quelqu'un, et il aperçoit un petit Savoyard que l'on relève et que l'on porte dans l'auberge. Gustave jette un cri de surprise : il a reconnu son petit commissionnaire, et il apprend par les gens assemblés que le pauvre enfant

était monté derrière le cabriolet lorsqu'il avait versé.

— Par grâce, mon oncle, s'écrie Gustave, faites donner à ce pauvre garçon tous les secours possibles, pendant que je vais me faire panser le pied.

Le colonel cède aux désirs de son neveu, il va près du petit Savoyard. Gustave qui souffre beaucoup au pied, est conduit dans une chambre, et Benoît lui amène un dentiste, qui se charge de guérir les pieds foulés en vingtquatre heures.

Gustave, forcé de rester sans bouger dans une chambre, s'impatiente après son oncle, qui ne reparaît pas ; il brûle de savoir ô.es nouvelles du petit Savoyard ; il va envoyer Benoît en chercher... lorsque enfin M.Moranvai entre dans sa chambre.

Le colonel est pâle, troublé; sa figure exprime une telle agitation que Gustave en est effrayé.

— Qu'avoz-vous donc, mon oncle? qu' est-il arrivé?... ce pauvre garçon serait-il blessé mortellement? — Non... non... sa blessure est légère... ce ne sera rien... — D'où peut donc naître le trouble où je vous vois?... — Parbleu! notre chute a bien pu troubler un peu les sens!... — Mais vous n'étiez pas dans cet état avant de vous rendre près du petit Savoyard... vous me cachez quelque chose... au nom du ciel, parlez!... — Eh, morbleu! je ne te cache rien! que diable veux-tu donc que je te dise? Le petit bonhomme n'est presque pas blessé... mais la peur lui a l'ait perdre l'usage de ses sens ; demain il n'y paraîtra plus. — Pourquoi était-il monté derrière notre voiture? — Parce qu'il nous avait suivis, apparemment. — ■ Suivis... dans quelle intention? ■-— Eh: mille escadrons ! dans l'intention de se promener, sans doute. Ne sais-tu pas que c'est l'usage des petits polissons de monter derrière les voitures! — Cependant, mon oncle... — Ah çà, en voilà assez sur le compte de ce bambin ; je te dis qu'il n'a presque rien ; je lui ai donné de l'argent pour se faire guérir, tu ne dois plus t'inquiéter de lui. Pour toi, comme une foulure n'est pas dangereu s-, demain tu pourras te

rem étire en route. Adieu ; je retourne a Paris. — Quoi î mon oncle, vous allez me laisser m'ennuyer dans cette auberge?... qu'est-ce donc qui vous presse?... vous retournerez aussi bien à Paris demain. — Je te dis qu'il faut que je parte à l'instant: probablement j'ai <\v* payons pour retourner chez moi : lu peux bien rester un jour dans une auberge sans compagnie : puisque tu vas parcourir l'Europe, il est présumable que cela t'armera quelquefois. Adieu; embrasse-moi, Gustave: tu as de l'argent, des lettres de recommandation pour divers 1 1 et d'ailleurs tu sais que tu pourras, au besoin, tirer sur moi ; j'acquitterai tes lettres de change si tu te conduis bien. Voyage, tache de ne plus faire de folies, et si lu rencontres une femme sage, douce et fidèle, ramèno-1 1 avec toi, elle sera ta femme ; mais rappelle-toi que je tiens à ces trois qualités.

Le colonel embrasse tendrement son neveu et le quitte ; quelques moments après, Gustave entendit le cabriolet de son oncle qui sortait de l'auberge.

Gustave trouvait quelque chose d'extraordinaire dans la conduite du colonel ; son émotion visible en revenant parler à son neveu, cette résolution subite de repartir de suite lorsque rien ne le rappelait à Paris, tout cela semblait cacher quelque mystère. Gustave cherche à deviner, mais en vain il se creuse la tête pour découvrir le motif de ce prompt départ; il espère être plus heureux le lendemain en questionnant le petit Savoyard.

Dans l'aprôs-dîner, GustaTe ordonne à Benoît d'aller s'informer de la santé du petit blessé. Le domestique sort et revient bientôt près de son maître. — Eh bien, Benoît, comment va ce pauvre garçon? — Mais; monsieur, il paraît qu'il va bien, puisqu'il est parti!... — Parti!.., le commissionnaire qui a été blessé ce matin est parti?... Allons, cela n'est pas possible. —Monsieur, je ne vous dis que ce qu'on m'a affirmé... ça m'étonne bien aussi! — Tu es fou, Benoît! — Mais, monsieur, ce qu'il y a de plus drôle, c'est que la servante de l'auberge m'a assuré que

M. votre oncle l'avait emmené dans son cabriolet... — Mon oncle a emmené le Savoyard? — Oui, monsieur, oui ; il a eu pour lui tous les soins possibles.. . il n'a pas voulu que personne d'autre que luil'aidât à monter en voiture... enfin il faut que ce petit noiraud soit sorcier pour se faire comme ça des amis d'un colonel!...

Gustave était surpris de la conduite de son oncle ; mais il attribua cette dernière action au bon cœur du colonel, qui, sous des dehors brusques, cachait une âme sensible et compatissante.

Le surlendemain, notre héros se trouva assez bien pour monter à cheval, et il quitta Saint-Germain pour commencer ses voyages.

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